Bien manger, bien vivre 4 : la durabilité de l’agriculture biologique

L’avenir semble radieux pour l’agriculture biologique française puisque la demande est là. Ce serait plutôt du côté de l’offre que cela continue de coincer. De façon un peu incompréhensible, l’agriculture française semble avoir du mal à faire sa conversion : https://www.euractiv.fr/Les Français consomment toujours plus de bio, mais gare à la pénurie. Cela est effectivement difficile à comprendre sauf à considérer l’organisation de la profession, dominée par un syndicat qui a le productivisme comme religion, quitte à y sacrifier tout le reste.

Mais tout n’est pas forcément perdu puisque depuis quelques années, l’agriculture biologique française fait preuve d’un beau dynamisme : https://www.euractiv.fr/Le bio français rattrape son retard en EuropeIl semblerait que le discours des agriculteurs ait été entendu du reste de la profession qui, comme la grande distribution a également entendu que les Français, comme la plupart des Européens ont envie de manger sain et sûr. Mais alors où cela coince-t-il ?

C’est du côté des pouvoirs publics que cela commence à coincer. ET pourtant quand on lisait ce que le ministère de l’agriculture publiait en mars 2017, on pouvait se dire que l’agriculture biologique avait l’oreille des pouvoirs publics : http://agriculture.gouv.fr/Mesures agro-environnementales et climatique (MAEC) et aides pour l’agriculture biologique. C’était en fait une annonce en trompe-l’oeil puisque manifestement, les crédits budgétés ne pouvaient suffire à satisfaire à la fois l’ambition de doubler les surfaces cultivées en bio et à financer l’action des agriculteurs bio en faveur de l’environnement.

Du coup, le moins qu’on puisse dire est que l’humeur est morose dans les rangs des agriculteurs bio : https://www.euractiv.fr/L’agriculture bio progresse vaille que vaille Pour comprendre la gravité de la situation, je vous invite à lire l’opinion d’un très bon connaisseur de la question puisqu’il en est un des acteurs depuis déjà pas mal de temps : http://www.changeonsdagriculture.fr/Suppression des aides au maintien de la bio : une décision désastreuse Voilà, Jacques a tout dit. Il ne s’agit pas de mettre sous respiration artificielle une profession sinistrée comme c’est le cas pour d’autres segments de notre agriculture, réellement en état de survie, mais bien de reconnaître que les agriculteurs, du moins certains d’entre eux, rendent un service à la collectivité et à cet égard, j’apprécie à sa juste valeur l’exemple de l’agglomération munichoise, pris ici pour illustrer l’efficacité globale, systémique diront les puristes, de l’agriculture biologique. C’est d’ailleurs ce que réclament les agriculteurs bio en matière de politique agricole commune : https://www.euractiv.fr/Les agriculteurs bio plaident pour une PAC plus durable. A ce niveau aussi, il semblerait que les pouvoirs publics traînent les pieds.

Mais comme si cela ne suffisait pas, on commence à battre en brèche la notion de durabilité, en jouant sur l’ambiguïté de ce mot. Dans son acception « développement durable », nous savons que cela veut dire « soutenable », c’est à dire capable de durer sur le très long terme. Compte tenu de ce qui vient d’être écrit plus haut, on aura compris que la durabilité passe par une prise en compte de la dimension environnementale de l’agriculture biologique, dont le coût, s’il n’est pris en charge par la collectivité, vient grever les prix de revient. De ce fait les exigences posées par les coopératives bretonnes semblent un peu hypocrites : http://www.ouest-france.fr/Du bio oui, mais économiquement durable. La viabilité économique de l’agriculture biologique dépendra évidemment d’un amendement de la PAC , ce qui est un sujet de débat européen, mais aussi, d’une meilleure répartition de la valeur ajoutée au sein de la chaîne production-distribution, ce qui est un sujet de débat des Etats Généraux de l’Alimentation.Toutefois, on comprend mal pourquoi les coopératives bretonnes mettent ainsi en avant la durabilité, comprenez viabilité à court terme, de la filière. Mais on comprend mieux cette précision subtile si on lit cette autre information : http://www.ouest-france.fr/Syngenta veut tirer au clair ce qu’est l’agriculture « durable »

Or Syngenta, ce n’est pas n’importe qui. C’est de la même veine que Monsanto et le fait que l’entreprise suisse soit passée sous contrôle chinois n’est pas un indice d’amélioration de la situation. Ainsi donc, à coup de petites interrogations, on commence à remettre en cause le concept de développement durable, ce qui en soi ne me dérange pas trop, mais à travers cette remise en cause, cela vise à décrédibiliser la démarche qui il y a 25 ans, avait abouti à la définition de ce concept qui depuis à fait son temps. On a déjà testé « l’agriculture raisonnée », mais comme personne n’a compris comment elle raisonnait, cela n’a pas eu grande résonance. Donc l’attaque est frontale. Si ce n’est pas durable, il faut donc que cela cesse. D’amalgame en amalgame, le mal est fait.

Et pourtant http://www.euractiv.fr/L’agriculture bio pourrait bien nourrir la planète

Comme le dit un autre ministre, les siècles à venir jugeront. Heureusement que nous sommes dans une perspective durable et que l’opinion des Générations Futures nous importe.

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