Le feuilleton de l’été « les mots valises » chapitre 4 « démocratie participative », épisode 1 quand les mots-valises sont des « malles »à double fond

Le feuilleton de l’été « les mots-valises »
Il y a comme cela des mots ou des expressions qui apparaissent, deviennent à la mode et ont un tel succès que, finalement, tout le monde se les approprie. Évidemment, comme il s’agit d’expressions nouvelles, leur signification reste un peu floue et chacun y met ce qu’il veut, un peu comme dans une valise.
Cet été nous nous intéresserons à quatre expressions qui sont dans le ton de ce site : développement durable, transitions (qui peut être énergétique ou écologique, voire les deux à la fois), innovation ( qui peut-être sociale, technologique, commerciale) et démocratie participative (forcément participative, aurait dit Marguerite Duras)

Le feuilleton de l’été « les mots valises » chapitre 4 « démocratie participative », épisode 1 quand les mots-valises sont des « malles »à double fond

Pour le dernier mot-valise de l’été, je m’attaque à quelque chose de périlleux, la démocratie, qui plus est, participative. Si je m’écoutais, je dirais qu’il s’agit là d’un pléonasme mais ce faisant, je donnerais un avis personnel et , du coup, je ferais preuve d’un manque de rigueur scientifique qui détonnerait dans ce feuilleton qui jusqu’à présent s’est voulu plutôt objectif. S’il est des mots que tout le monde emploie à tout bout de champ, sans forcément qu’on s’accorde sur leur sens, « démocratie » en fait partie, comme « liberté », « bonheur » ou « égalité ». On peut s’en sortir par une boutade, comme l’avait fait Churchill « La démocratie est le pire des systèmes, à l’exclusion de tous les autres. » C’est drôle, c’est tellement britannique mais ça n’apporte rien. J’en reviens donc à mon approche classique par le dictionnaire, qui me dit ceci :
a) Système politique, forme de gouvernement dans lequel la souveraineté émane du peuple.
b) État ayant ce type de gouvernement.
c) Système de rapports établis à l’intérieur d’une institution, d’un groupe, etc., où il est tenu compte, aux divers niveaux hiérarchiques, des avis de ceux qui ont à exécuter les tâches commandées.
Il est inutile de s’attarder sur le point b) qui n’apporte rien de concret mais intéressons-nous un instant au point a) et c). La définition a) est explicite dès lors qu’on aura défini ce qu’on entend par souveraineté et elle aurait mérité d’être complétée par ce qu’en disait Abraham Lincoln « le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple » car en fait il s’agit bien de cela. Et c’est pour cette raison que le point c), que les auteurs du dictionnaire ont cru bon d’ajouter, devient intéressant. En effet, que nous disent-ils ? Primo que la démocratie n’est pas qu’un mode de fonctionnement de la sphère publique puisqu’elle concerne toute forme d’organisations sociales, entreprise, association sans but lucratif ou groupement informel, deuxio qu’il est un système où on demande un avis mais pas où on laisse décider ni agir, et tercio, que dans ces organisations il y a une hiérarchie, des gens qui commandent et des gens qui exécutent. On s’éloigne un peu de la souveraineté populaire.

Restons-en là pour le moment et intéressons-nous au qualificatif qui fait de ce mot un mot valise : participatif.Notez que l’adjectif participatif est en soi devenu un mot « passe-partout » puisque non seulement, la démocratie peut être participative, mais le financement peut lui aussi être participatif comme une nouvelle forme d’économie qui peut être soit participative, soit collaborative, selon les auteurs. Le mot a manifestement une charge émotionnelle forte pour avoir autant de succès
Et là, surprise, quand on regarde le dictionnaire, on trouve ceci, dans l’ordre :
1) Qui concerne la participation dans une entreprise.
2) Qui implique une participation active des protagonistes dans une action, une activité.
3) Relatif à la participation, c’est-à-dire l’action de contribuer à quelque chose, d’en faire partie.
Voilà encore l’entreprise qui pointe le bout de son nez, en premier, mais au fait de quoi parle-t-on avec cette « participation dans une entreprise » ? vraisemblablement s’agit-il du mécanisme de répartition d’une partie des bénéfices imposée par le Général de Gaulle au milieu des années 60 et dont les mécanismes ne laissent que peu de marges de décision aux bénéficiaires de ces dites « participation aux bénéfices. C’est donc pour notre démocratie, une fausse piste. Reste les définitions 2) et 3) qui se ressemblent fort ; elles impliquent toutes les deux un apport actif, qu’on suppose positif, à un ensemble dont on fait partie. C’est déjà plus éclairant.

Du coup, on comprend mieux la définition de la démocratie participative qu’en donnent deux sites qui se sont beaucoup intéressés à cette question :
http://www.participation-et-democratie.fr/it/dico/democratie-participative
« 
La démocratie participative désigne l’ensemble des procédures, instruments et dispositifs qui favorisent l’implication directe des citoyens dans le gouvernement des affaires publiques. »
http://www.toupie.org/Dictionnaire/Democratie_participative.htm
« La démocratie participative désigne l’ensemble des dispositifs et des procédures qui permettent d’augmenter l’implication des citoyens dans la vie politique et d’accroître leur rôle dans les prises de décision. »
Mais dans ces définitions, qu’est-ce qui est important , la démocratie c’est à dire le gouvernement, la prise de décision ou la participation à l’élaboration de la décision et/ou de sa mise en oeuvre ?Faut-il alors parler de démocratie participative ou plus simplement de démocratie délibérative ? La première prise dans son sens le plus large implique en effet, une participation à la décision et à sa mise en œuvre alors que la seconde réduit cette participation à l’élaboration d’une décision ou au refus d’une décision prise ailleurs. Dans cette dernière acception, on retrouve la démocratie participative telle que l’avait envisagée Ségolène Royal,et telle que la pratique d’ailleurs les partis politiques les plus démocratiques lorsqu’ils demandent à leurs militants de prendre part à l’élaboration du programme politique . Dans le premier cas, on retrouve la démocratie active telle qu’elle se pratique dans certaines collectivités qui délèguent à des structures élues (comités de quartier par exemple) une partie du budget de la collectivité pour mettre en œuvre un ou des projets de ces comités. Il serait d’ailleurs intéressant que, dans le cadre de la disparition de la fameuse « réserve parlementaire », les élus de la Nation réfléchissent à un dispositif permettant de remplacer cette aide indispensable à nombre de projets associatifs ou de petites communes, par un dispositif géré localement, en toute transparence par une structure ad hoc élue.

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