Nourrir ou organiser la pénurie ?

Dans mon précédent billet Le bon marché coûte toujours trop cher je commençai à parler des mécanismes de formation des prix dans le cadre d’un marché pur et parfait pour aussitôt dire que cet état de fait n’existait pas , notamment du fait de l’asymétrie de l’information car il y a ceux qui connaissent les informations utiles, quitte à les fabriquer et les autres qui ne connaissent qu’une partie de celles-ci et donc ont toujours, comme on dit de façon imagée, « un train de retard ».

Prenons le cas du lait, mais le raisonnement serait également valable pour d’autres produits alimentaires où face à des producteurs disséminés, nous avons des transformateurs/distributeurs très concentrés.

La dernière information concernant ce marché est http://www.ouest-france.fr/Consommation. Le beurre se fait rare et cher L’information peut paraître surprenante puisque de partout remontent les mêmes cris de détresse des éleveurs qui ne savent plus comment se positionner face au grand chambardement qu’a été la fin des quotas. De deux choses l’une, soit il y a excédent de production laitière et dans ce cas, il est urgent d’utiliser ces surplus pour essayer de rééquilibrer le marché du beurre, soit il n’y a pas d’excédents structurels de lait et nous sommes en présence d’un joli coup de bluff.

Manifestement, il y en a qui en savent plus que d’autres sur la réalité des marchés et ils se sont organisés en conséquence http://www.ouest-france.frAgroalimentaire. Près de Vitré, Lactalis dévoile sa plateforme logistique
et puis il y a les autres qui chacun, à leur façon, essaient de trouver un équilibre, soit dans un cadre classique de la négociation commerciale http://www.ouest-france.fr/Intermarché s’engage sur le prix du lait, soit dans un cadre plus innovant http://www.lefigaro.fr/conjoncture/Le lait équitable «C’est qui le patron!?» s’internationalise à grande vitesse
Or c’est surtout avec des groupes comme Lactalis qu’il y a un problème mais ce n’est pas dans le cadre d’une table ronde interprofessionnelle nationale que cela pourra se régler puisque de toute façon, on l’a bien compris maintenant, les prix ne se forment plus dans les campagnes ni même à l’échelle nationale mais dans le cadre d’échanges mondiaux. Les initiatives prises par les distributeurs non dominants ou les consommateurs ne sont pour l’instant que des tentatives de relocaliser la négociation, là où justement l’asymétrie de l’information joue un peu moins. C’est peut-être là une piste à creuser et vraisemblablement une étape importante de restauration d’un semblant de transparence dans des marchés de plus en plus spéculatifs où la fonction de transformation ou de distribution a moins d’importance que la fonction financière.

Mais le lait n’est pas le seul marché où la spéculation bat son plein. Il en est même où c’est un mode de fonctionnement normal à partir du moment où l’essentiel des échanges se font dans le cadre de bourses aux matières premières dominés non par les opérateurs de la filière mais par des institutions financières. Ceux qu’on appelle les produits tropicaux sont de ceux-là. C’est pourquoi lorsqu’on lit ce titre http://www.ouest-france.frLe café pourrait-il devenir un produit rare ?, on a le droit de rester dubitatif. En effet , le café et le cacao ont ceci en commun , outre qu’ils se marient bien avec le lait, d’être des produits hautement spéculatifs. Or que s’est-il passé ces dernières années sur le marché du cacao :
En 2014, http://www.francetvinfo.fr/Vers une pénurie mondiale de cacao d’ici 2020 ?
mais en 2017 ,http://www.commodafrica.comLe marché mondial du cacao face à un excédent structurel
or entre deux, il y eut 2016 et ça http://www.liberation.fr/Cacao : la fève monte

Qui en profita, en fin de compte ?

Mais quels que soient les bénéfices que puissent en tirer, très provisoirement, des petits producteurs, il est extrêmement malsain pour l’équilibre de leur exploitation de voir les ressources aussi aléatoires alors qu’à l’autre bout, les coûts engagés sont d’une grande stabilité. Il est déjà suffisamment difficile de gérer les cycles climatiques de plus en plus stressant. En ce qui concerne ces derniers, les livres anciens nous apprennent que les Egyptiens avaient inventé un système fondé sur le stockage-déstockage. Ce fut d’ailleurs les mêmes principes qui furent appliqués dans les temps pré-historiques de la Politique agricole Commune avec les montants compensatoires et les mécanismes de gestion des excédents. On ne serait pas mal venu de s’en inspirer mais ce ne sera pas simple : une économie mondialisée est autrement plus complexe à réguler que les greniers à blé de pharaon ou les montagnes de beurre (déjà !) du Marché Commun à 6.

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