La chambre Potemkine

Le soir du premier tour des législatives, un premier commentateur a lancé l’idée que le résultat exceptionnel des candidats « marcheurs » pouvait n’être qu’une victoire en trompe-l’oeil. Manifestement, l’idée a plu car elle fut assez rapidement reprise, en s’appuyant notamment par la faiblesse du taux de participation (48%) mais aussi sur la faiblesse du taux d’adhésion au programme défendu par le camp vainqueur.

L’expression « trompe l’oeil » m’a immédiatement suggéré un des plus étonnants épisodes de l’histoire tsariste qui pourtant n’en manque pas, ce qu’on appela les villages Potemkine, par référence à ce gouverneur de Crimée qui, pour ne pas chagriner sa souveraine et maîtresse, la Grande Catherine, avait fait ériger des grand’rues en carton pâte sur son passage pour lui donner l’illusion de la prospérité, là où le peuple souffrait du dénuement le plus profond.

j’utilise à dessein cette expression « Chambre Potemkine » parce que je sais que JLM, l’insoumis vociférant et dominateur, ne pourra pas l’utiliser : pour « les gens » comme il dit, Potemkine, c’est la révolte des marins, la révolution bolchevique en marche donc un tabou intégral, dans le langage du moins. C’est pourquoi je pose la question qu’il ne pourra pas poser pour aussitôt la moquer : allons-nous vers une « Chambre Potemkine », comme il y eut une « Chambre introuvable » au lendemain de la Première Guerre Mondiale ?

Personnellement, je ne le crois pas et voici mes raisons

1° raison : derrière le mur des apparences, il y a une réalité. Les candidats de LREM vont être élus pour mettre en œuvre un programme et ils vont le faire. C’est même ce contre quoi sur leur droite et sur leur gauche, on essaie de mettre en garde l’électeur hésitant. Et je fais confiance aux 50% de candidats n’ayant aucune expérience des joutes politiciennes mais qui pour la plupart ont prouvé leur capacité à défendre un projet, leur projet de vie, pour que leur contribution législative se fasse de façon active et non au garde-à-vous, le petit doigt sur la couture du pantalon. Pour les autres, élus ou ex-hommes d’appareil, je serai, hélas, moins affirmatif.

2° raison : en moins d’un mois, on est passé du vote par défaut ou par rejet au vote de soutien critique (donnons-lui les moyens de faire ses preuves) ou au non-vote bienveillant (wait and see et qu’il nous prouve qu’on a eu raison de ne pas lui mettre des bâtons dans les roues). En effet un sondage publié le 8 mais indiquait que 61% des Français ne souhaitent pas lui donner une majorité absolue. Quand on voit le résultat du premier tour, on ne peut s’empêcher de penser que quelque chose s’est passé en un mois et la supposée influence des médias ne saurait l’expliquer.

3° raison : on aurait tort de croire que derrière le paravent de pourcentages élogieux (32% au premier tour) ou des projections en sièges dithyrambiques, il n’y aurait rien si ce n’est des opposants résolus mais absents. En premier lieu, notons que, en 2012 déjà, le taux d’abstention au premier tour des législatives était de plus de 42%., c’est à dire des gens dont l’abstention n’est pas forcément un geste à haute signification politique A aucun moment, il n’est venu à l’esprit de quiconque de dire que la majorité socialiste issue du second tour était illégitime et pourtant la suite démontra que la déception pouvait être grande.

Cela dit, il ne s’agit ici que d’impressions qui méritent quand même d’être vérifiées dans les faits. Ce n’est qu’au bout de quelques mois que nous pourrons savoir si cette chambre a un peu de consistance.

Je constate toutefois que l’inversion des calendriers et l’alignement des élections législatives sur l’élection présidentielle provoquent de plus en plus ce double effet : une forte majorité pour le gagnant de celle-ci et un fort taux d’abstention. Dans ce cas, toutes les chambres à venir risque d’être des chambres introuvables. C’est ceci qu’il convient peut-être de changer au risque de laisser notre démocratie petit à petit dégénérer avec le risque de voir émerger dans la rue des oppositions qui n’auraient plus leur place dans l’hémicycle. Redoutez de voir le leader de la France Insoumise défilant dans les rues en chantant « Ce soir, j’aime la Marine…..Potemkine ! »

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