raz de marée à marée basse

On nous a bassiné des mêmes métaphores maritimes pendant toute la soirée électorale : « vague », « déferlante », « raz de marée », « tsunami » juste pour nous dire l’ampleur de la victoire programmée des candidats se réclamant du Président qui « de toute façon n’aura jamais de majorité ». Les chiffres le prouvent mais les chiffres sont parfois trompeurs comme vous le savez bien. La loi électorale est ainsi faite que seuls entrent en ligne de compte les suffrages réellement exprimés,ce qui excluent les votes blancs ou nuls et c’est peut-être là où le bât blesse.

En effet, le second leitmotiv de cette même soirée était  l’importance du non-vote. Là, curieusement, il n’y a pas eu de métaphore maritime. Pourtant avec plus d’un électeur sur deux qui a refusé de s’exprimer, nous étions en face d’un mouvement d’une grande ampleur, ce que communément, en mer, on appelle une grosse vague. Mais comme il ne s’agissait que de l’amplification d’une tendance apparue il y a 15 ans, l’effet de surprise était moindre, tout au plus aurait-on pu parler de « marée montante de l’abstention ». Ah ben ! Justement, la marée, la voilà la bonne métaphore, puisque avec à peine 48% des suffrages exprimés, le vote est réellement « à marée basse », c’est le terme qu’on emploie quand on est sur l’estran.

Du coup, nous voici confronté à deux phénomènes marins distincts : un raz de marée mais à marée basse.

Et tout de suite, j’ai deux images qui me viennent en tête : la première est sereine et quiète. Ce sont les petites vaguelettes qui apparaissent au bas de l’eau, à la marée remontante. Même quand la mer est déchaînée, il ne s’agit vraiment pas de lames dévastatrices, tout au plus d’un clapotis un peu fort. Tempête dans un verre d’eau alors ?

L’autre image est plus dantesque et j’ai encore dans les yeux ce qui arriva en Thaïlande sur une longue plage à marée basse qui fut balayée par les effets dévastateurs d’un tremblement de terre sous-marin. Sommes-nous donc à l’aube d’un séisme politique ?

Il est trop tôt pour l’instant pour répondre à ces questions. D’ailleurs je me demande si la réalité n’est pas ailleurs et si finalement les journalistes, sondeurs, politologues, analystes de tout poil ne se sont pas un peu enflammés pour décrire quelque chose qui n’a rien d’exceptionnel mais qui les dérangeaient car n’entrant pas dans leurs schémas traditionnels. En effet, ce n’est pas la première fois qu’une Assemblée sera à plus de 65% monocolore mais quelque part ça en dérange plus d’un de voir qu’un président qui ne devait pas avoir de majorité pourra s’appuyer sur une cohorte formidable.

Et puis s’agissant de l’abstention, ce taux était devenu prévisible, avec l’inversion du scrutin en 2002, avec le régime présidentiel affirmé, avec des sondages qui disaient une semaine à l’avance que les carottes étaient cuites

Mais cela dit, la société du spectacle oblige toujours à l’exagération, et donc à la caricature. Ici, elle nous offre un joli oxymore «  le raz de marée à marée basse »

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