« Europe unique objet de mon ressentiment…. » Acte 4 les Etats Membres restent des Etats souverains

Beaucoup d’entre nous ont découvert ce qu’était une anaphore le soir du débat d’entre deux tours de …2012 lorsque sous les yeux ébahi de NS, FH se lança dans sa longue tirade « moi président… » etc, etc..
La littérature française nous offre d’autres exemples de cette figure de style , qui personnellement me plaît bien car elle donne du corps à une démonstration. Je pense notamment à ce fameux courroux de Camille dans le Horace de Corneille :
« Rome unique objet de mon ressentiment,
Rome à qui ton bras vient d’immoler ton amant
Rome qui t’a vu naître et que ton cœur adore
Rome enfin que je hais parce qu’elle t’honore… »
Avouez que ça a quand même un autre souffle qu’un rap fût-il de IAM ou un slam fût-il déclamé par Grand Corps Malade
Mais pourquoi vous parles-je ainsi de littérature et de figures de style qui ne sont quand même pas notre quotidien ? Tout simplement, ai-je envie de dire, parce que la teneur des débats qui ont un peu animé la campagne des présidentielles laissait apparaître que la majorité des candidats faisaient profession de rejeter l’Europe, plus par dépit que par réelle détestation et que ce courroux, dont nous verrons s’il est juste ou non, n’est pas sans rappeler celui de la sœur d’Horace dont la haine de Rome ne se nourrit que du chagrin d’avoir perdu son amant, tué sous les coups de son propre frère.

Donc au fil de cette chronique de quelques jours, j’essaie de montrer que ce n’est pas tant l’Europe qu’il faut détester mais la façon dont ses institutions fonctionnent, bien ou mal et plutôt que de faire de grandes théories je me contente de m’appuyer sur quelques exemples tirés de l’actualité récente.

L’Union Européenne n’est pas une fédération d’Etats, ce n’est pas non plus une confédération, c’est une construction unique en son genre, où en fin de compte les Etats qui la composent ont le dernier mot, n’en déplaise à celles et ceux qui nous affirment que nous vivons sous les « Diktat de Bruxelles » .

La défense des intérêts particuliers de certains Etats peuvent influencer les décisions collectives de l’Union et c’est rarement une bonne chose. La sortie du Royaume-Uni est un acte politique qui concerne toute l’Union et normalement, dans la négociation, seules les considérations communautaires devraient compter. Or, l’Empire britannique a laissé un peu partout des confettis dont il a le plus grand mal à se défaire. C’est le cas du Rocher de Gibraltar qui fut jadis une place importante puisqu’elle fermait l’accès de la Méditerranée. Actuellement son importance est moins évidente. Ce n’est pas l’avis des Espagnols qui en font désormais une question cruciale. En effet, puisque les Britanniques ne sont plus nos associés, pourquoi leur feraient-ils la fleur de les laisser indûment occuper une parcelle de leur territoire national. Du coup, cela risque de semer un peu le trouble dans les négociations Gibraltar, le caillou dans la chaussure du Brexit Ce n’est pas sûr que cet élément supplémentaire soit bien nécessaire dans le cadre d’une négociation globale qui semble déjà bien compliquée. Mais dès lors qu’il est question de la souveraineté territoriale, il n’est pas d’esprit communautaire qui tienne. Si je peux me permettre un aparté, l’Espagne a quand même intérêt à ne pas trop insister sur cette question compte tenu des enclaves qu’elle détient sur le territoire marocain, Ceuta et Mellila, mais ceci est une autre histoire.

Dans le précédent billet de cette série j’ironisais sur la volonté écologiste de la Commission. Je veux bien admettre que j’ai un peu forcé le trait puisque, du moins en ce qui concerne le climat, l’Union Européenne a une véritable ambition, souhaitant s’ériger en territoire modèle. Mais là, ce sont certains Etats qui mettent leur bâton dans les roues. Il y a bien sûr la Pologne qui a besoin de son charbon mais la plupart des autres pays affichent beaucoup plus d’allant. Je dis bien affiche, car malgré la loi Royal sur la transition énergétique, la France mène des combats d’arrière-gardeL’ambition climat de la France s’arrête à l’orée du bois Bon, l’enjeu n’est pas énorme, et j’aurai pu parler d’autres sources d’énergie électrique mais comme j’avais déjà parlé du gaz dans le précédent billet et que l’énergie d’origine nucléaire n’affecte pas le climat même si du point de vue écologique, elle pose beaucoup plus de problèmes que n’importe quelle autre source d’énergie à terme, je n’avais pas beaucoup le choix. Cela prouve pourtant que les bonnes résolutions tombent dès que des intérêts nationaux, économiques en l’occurrence, sont en jeu.

Et dans ce jeu de rôles qu’est l’Union Européenne, les Etats sont parfois directement confrontés aux ONG avec lesquelles le dialogue n’est pas toujours des plus aisés. L’union Européenne a fait de sa politique d’aide au développement un de ses points d’excellence. C’est sur le papier car la réalité est plus nuancée. Le jugement des ONG est en effet particulièrement sévère sur les nouvelles orientations de la politique de développement Les ONG contestent le nouveau consensus Et ici encore, on sent bien que ce sont d’abord des considérations nationales qui ont fait que dans la pratique, l’aide au développement, c’est d’abord et avant la régulation des flux migratoires dans chaque Etat, c’est à dire exactement l’inverse de ce qu’il faudrait : agir sur les causes et non sur les conséquences.

Dans un autre domaine, l’écologie, les ONG interpellent directement les Etats pour connaître leurs intentions. Les Etats membres se positionnent sur des mesures clés pour l’avenir de l’économie circulaire. Se faisant, elles montrent bien qu’elles sont parfaitement conscientes que si c’est la Commission qui propose, si le Parlement adopte un texte d’orientation politique, ce sont en définitive les Etats qui, dans leurs négociations internes, assument l’équilibre d’une position commune. A cet égard, vous noterez que sur ce sujet, la France est très en pointe, notamment en ce qui concerne la gestion et le recyclage des déchets. C’est un peu normal puisqu’elle a deux ou trois entreprises de taille mondiale qui prétendent faire de la gestion « durable » des villes un pôle d’excellence de l’économie française. Comme vous le voyez, toujours les intérêts nationaux d’abord.

Et puis, il y a les Etats qui ne jouent pas le jeu. Cela fait déjà quelques temps que le régime d’Orban en Hongrie fait des siennes et qu’il met petit à petit son pays au ban de l’Union. Cette fois-ci, c’est en mati-ère de politique étrangères et de défense qu’il pousse le bouchon un peu trop loin Budapest, nid d’espions russes… C’est son choix et il serait libre de l’assumer si, ce faisant, il ne faisait peser une menace sur l’ensemble de l’Union. En effet, les Russes sont nos voisins, ils sont parfois des alliés de circonstance mais de là à les traiter en amis surtout avec le régime politique qui est le leur depuis plus d’une décennie.

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