« Europe unique objet de mon ressentiment…. » Acte 3 La Commission une administration sous influence?

Beaucoup d’entre nous ont découvert ce qu’était une anaphore le soir du débat d’entre deux tours de …2012 lorsque sous les yeux ébahi de NS, FH se lança dans sa longue tirade « moi président… » etc, etc..

La littérature française nous offre d’autres exemples de cette figure de style , qui personnellement me plaît bien car elle donne du corps à une démonstration. Je pense notamment à ce fameux courroux de Camille dans le Horace de Corneille :
« Rome unique objet de mon ressentiment,
Rome à qui ton bras vient d’immoler ton amant
Rome qui t’a vu naître et que ton cœur adore
Rome enfin que je hais parce qu’elle t’honore… »
Avouez que ça a quand même un autre souffle qu’un rap fût-il de IAM ou un slam fût-il déclamé par Grand Corps Malade
Mais pourquoi vous parles-je ainsi de littérature et de figures de style qui ne sont quand même pas notre quotidien ? Tout simplement, ai-je envie de dire, parce que la teneur des débats qui ont un peu animé la campagne des présidentielles laissait apparaître que la majorité des candidats faisaient profession de rejeter l’Europe, plus par dépit que par réelle détestation et que ce courroux, dont nous verrons s’il est juste ou non, n’est pas sans rappeler celui de la sœur d’Horace dont la haine de Rome ne se nourrit que du chagrin d’avoir perdu son amant, tué sous les coups de son propre frère.

Donc au fil de cette chronique de quelques jours, j’essaie de montrer que ce n’est pas tant l’Europe qu’il faut détester mais la façon dont ses institutions fonctionnent, bien ou mal et plutôt que de faire de grandes théories je me contente de m’appuyer sur quelques exemples tirés de l’actualité récente.

Quand les médisants parlent de l’Europe, le plus souvent ils disent « Bruxelles » comme si cette ville était l’unique objet du ressentiment de tous ceux que l’Union Européenne révulse. Et quand ils citent « Bruxelles », en fait ils pensent la Commission, siège de l’ultra-libéralisme comme ils ont coutume de dire. C’est pourquoi, il peut paraître surprenant de lire ce titre
La Commission change de ton sur la mondialisation
Ainsi donc, la Commission ne serait plus ce chantre infatigable de la mondialisation heureuse ? Il semblerait bien que cela soit vrai. Il faut dire qu’à partir du moment où tous les dirigeants ou presque de la planète ( je parle ici des dirigeants économiques qui réfléchissent un peu au-delà de leur compte en banque)sont d’accord pour dire que le mouvement qu’ils ont déclenché il y a plus de deux décennies a fini par produire des effets très contre-productifs, les Commissaires auraient mauvaise grâce à ne pas suivre le mouvement, d’autant que, si le diagnostic est juste, ce sont les « perdants » de cette mondialisation-là qui fournissent les gros bataillons de leurs détracteurs. Le meilleur moyen d’éteindre l’incendie, c’est encore de faire la part du feu.
On dit que la Commission n’a pas une politique environnementale très pugnace. Ce n’est pas forcément vrai quand on voit à quelle place avantageuse, elle a mis le développement durable à son agenda. Mais il convient de souligner cette décision en faveur de la biodiversité La Commission européenne souhaite faire cesser le commerce d’ivoire brut
Bon j’ironise un peu sur le manque d’allant de la Commission Européenne mais dans la mesure où cela va dans le bon sens, ne faisons pas la fine bouche.

Par contre sur les trois points suivants, il y a de quoi se mettre en colère contre « Bruxelles ».
premier point : les perturbateurs endocriniens dont les pesticides sont bourrés. On n’est pas encore tout à certains des effets de tous ces produits mais des organismes sérieux comme l’ANSES pense qu’il y a des indices suffisamment forts pour mettre certains produits comme les glyphosates dans la liste des produits suspectsAvis de l’Anses sur le caractère cancérogène pour l’homme du glyphosate Et que croyez-vous que la Commission fit : elle prolonge son autorisation de mise sur le marché avec une argumentation plutôt spécieuse : comme les Etats Membres n’ont pas pu se mettre d’accord, je continue, ignorant superbement les avis autorisés et l’application du principe de précaution que ces avis semblent imposer La Commission européenne autorise le glyphosate à repartir pour dix-huit mois La décision était d’autant plus facile à prendre que deux agences européennes l’EFSA et l’ECHA ont successivement déclarées « non cancérogènes » le dit glyphosate. Les Etats Membres, plus les experts européens, il aurait fallu beaucoup de courage à la Commission pour aller contre cela.
Deuxième point : un dossier controversé, l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes projet qui traîne dans les tiroirs depuis trois décennies et qui a fini par atterrir sur le bureau de la commission. Son verdict vient de tomber Notre-Dame-des-Landes. La commission européenne autorise le début des travaux le 27 avril 2017 Surprise ! En effet 10 mois plus tôt, l’ambiance autour du projet n’était pas la même dans les couloirs de la Commission Bruxelles et ONG doutent toujours de Notre-Dame-des-Landes le 23 juin 2016 Que s’est-il passé pendant ces 300 jours ?
Troisième point : un autre dossier controversé et toujours dans l’Ouest breton, un projet de centrale électrique thermique fonctionnant au gaz. Là aussi, la ténacité des opposants a fait que le dossier a abouti sur le bureau des commissaires. Manifestement, il y avait matière à enquête puisqu’il y a moins de six mois, on apprenait ceci
Centrale de Landivisiau : les doutes de l’Europe le 17 décembre 2016
L’affaire semblait bien mal engagée pour le groupe Poweo-Directe Energie, mais encore une fois, à la surprise générale Centrale au gaz. L’Europe donne son feu vert à Landivisiau le 15 mai 2017 Certes cet accord a été donné sous conditions mais le projet n’est plus enterré Centrale au gaz de Landivisiau : feu vert sous conditions de Bruxelles. Que s’est-il passé pendant ces 150 jours ?

Voici donc plusieurs exemples qui méritent réflexion. Quand il s’agit d’intérêts économiques, la Commission accordent la plus grande attention aux préoccupations environnementalistes des ONG pour autant que des intérêts privés européens ne sont pas en cause, ce qui est le cas pour le commerce de l’ivoire brut, les éléphants ayant eu les plus grandes difficultés à franchir la Méditerranée. Elle fait aussi attention aux préoccupations sociales des Européens dès lors que son absence d’empathie sociale habituelle favorise l’ascension politique de partis extrémistes dont l’existence est incompatible avec le fond politique commun de tous les commissaires, ce qui explique l’inflexion de la Commission sur les bienfaits de la mondialisation. Mais dès que des intérêts privés sont en jeu, européens ou non d’ailleurs, il semble que les commissaires soient plus sensibles aux arguments de ces entreprises. Il faut dire que Bruxelles est avec Washington, la ville où il y a la plus forte densité de lobbyistes. Il est donc difficile d’échapper à leurs murmures insistants. Quelle que soit l’influence réelle de ces réseaux, l’impression laissée est quand même fâcheuse.

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