L’Europe flotte…mais ne coule pas

C’est peu de dire que l’Europe est dans la tourmente. Le départ annoncé du Royaume-Uni (avec ou sans l’Ecosse), les frissons qu’ont donné les élections bataves, les frissons que donnent les perspectives des élections présidentielles et législatives françaises, voilà autant de raisons de se dire que l’Union Européenne est proche de la crise de nerf, voire d’un collapsus plus grave et pour le coup fatal.

Certes, l’Union vient de fêter ses 60 ans, ce qui dans le temps des constructions politiques est relativement court mais il semble que nous vivions une époque où brutalement le temps des Nations s’accélère.

L’épine du Brexit
Même si cela fait déjà quelques années que l’Europe tangue, il est clair que la décision du peuple britannique a fait basculer l’Union Européenne dans un nouveau cycle, que personne ne semble maitriser et qui semble faire perdre la tête à tout le monde. La preuve, cet échange entre le président de la Commission, vraisemblablement le dirigeant européen le plus anciennement en poste dans les institutions, et donc le plus compromis dans les dérives de cette institution, l’ancien premier ministre du Luxembourg, paysqui sous son autorité est devenu une place bancaire importante moyennant quelques arrangements avec les règles du libre-échange et du « fait trade », et le nouveau président des Etats-Unis d’Amérique, qui n’en est pas à une foucade près
 Juncker menace Trump de soutenir l’indépendance du Texas
Trump félicite l’UE pour son unité malgré le Brexit
Juncker pense-t-il vraiment servir les intérêts de l’Union Européenne en agitant le spectre sécessionniste ? Tout cela ressemble bien à de l’agitation stérile, des mouvements de manche destinés à masquer une sorte de vide de la pensée. Cela dit, quand on lit la réponse de Trump, on se dit in petto que la menace a eu de l’effet. Mais est-ce si sûr quand on connaît la capacité du nouvel occupant de la Maison-Blanche à lâcher des jugements à l’emporte-pièce dont on ne comprend pas toujours l’utilité jusqu’à ce qu’on constate qu’elles sont en fait, des bombes à retardement lâchées sous les pas de celles et ceux qu’il veut saper. Donc, cela fait partie de ces louanges dont il convient de se méfier.

Cela dit, vu la durée prévue pour les négociations, Trump aura l’occasion de changer plusieurs fois d’opinion. En effet, la négociation va être longue, plus longue je pense que ne le souhaitent les négociateurs européens car il semblerait que les dirigeants des 27 pays restant ne sont pas unanimes sur le rythme à adopter Les dirigeants réclament plus de temps pour négocier le Brexit Cela risque d’être d’autant plus vrai que chaque jour apparaît un nouveau sujet de négociation donc de marchandage et parfois les plus inattendus. Ainsi si on prend le cas de l’Espagne, plutôt favorable au Royaume-Uni mais qui lève des lièvres intéressants.   Les 27 soutiennent l’Espagne face à Londres sur l’avenir de Gibraltar  En effet Gibraltar, ce n’est pas qu’un piton rocheux, cela fait partie de la multitude de confettis que l’Empire britannique a semé un peu partout sur la planète et qui lui permettent près d’un siècle après sa déchéance impériale de disposer de zones où le Royaume-Uni peut continuer à cultiver des exceptions, notamment fiscales en toute impunité. Du coup, ce qui pouvait apparaître comme une revendication territoriale d’un autre âge devient un sujet majeur de discussion. Cela amène d’ailleurs l’Espagne à se montrer plus conciliante sur un autre sujet qui pourrait d’ailleurs devenir, lui, un sujet d’avenir, les revendications indépendantistes régionales, en l’occurrence celle de l’Ecosse, mais tout le monde pense Catalogne   L’Espagne assouplit sa position sur l’indépendance écossaise

Les nuages noirs qui planent sur Bruxelles
 Comme on le voit, à partir du cas espagnol, l’écheveau diplomatique ne sera pas facile à dévider et peut se révéler pleins de pièges. C’est ce qui a fait dire à un député européen que dans la période actuelle l’Europe joue une partie cruciale pour son avenir
  Les Européens jouent leur place dans l’Histoire
Son appel, qui a des accents fédéralistes sonne à la fois juste et creux, juste parce que ce sont clairement les institutions telles qu’elles existent actuellement qui dysfonctionnent et creux car le coup de « l’Europe sociale » on nous l’a déjà fait et une telle incantation ne peut plus suffire à nous redonner espoir. Pour que l’Union prenne une nouvelle dimension, il sera sûrement nécessaire de renégocier le traité c’est-à-dire de le compléter. Mais pour l’instant l’urgence n’est pas là. Les institutions européennes ont une mauvaise image. C’est donc à la restauration de cette image qu’il convient d’œuvrer en premier lieu. Et cela commence par l’image de corruption généralisée qui pèse sur les institutions bruxelloises sur la base de soupçon d’influence démesurée des réseaux d’influence qu’on appelle les lobbys. Cela produit des décisions contradictoires dont le principal effet est de semer de la confusion là où au contraire on attend de la puissance publique, communautaire ou nationale, de la clarté
 Monsanto accusé de corruption scientifique pour sauver le glyphosate
 L’UE se prépare à interdire les néonicotinoïdes
Comment voulez-vous que face à ces démarches dilatoires et ces décisions qui n’en sont pas les citoyens européens aient confiance dans des institutions qu’ils n’ont pas forcément directement élu ? Une moralisation des institutions est donc nécessaire, ce qui inclut naturellement la myriade d’agences dont s’est dotée l’Union pour traiter les dossiers techniques qu’elle ne veut pas traiter à partir d’une administration centrale volontairement restreinte. La théorie de l’agence a ses limites et ses exigences, dont la principale est l’existence d’un pouvoir politique fort, disposant d’outils de contrôle et de sanctions efficaces, s’appuyant sur une légitimité démocratique indéniable. Et c’est peut-être là où le bât blesse à nouveau.

Car le pire n’est peut-être pas cela, puisque grâce à OLAF, l’agence (encore une) anti-fraude de l’Union, on a commencé à faire le ménage. Non le pire vient justement de la démocratie ou plutôt de sa mise en cause par ceux-là même qui sont censés l’incarner. En Pologne, en Bulgarie, en Roumanie, en Hongrie voire en Slovaquie, les dirigeants élus n’arrêtent pas de donner des coups de canifs aux principes démocratiques. Le dernier en date vient du dirigeant hongrois qui s’en prend directement à une  institution européenne particulièrement symbolique  Orbán attaque la Cour européenne des droits de l’homme
Avec de tels alliés dans la place, pas besoin d’ennemis extérieurs pour menacer ruine. La question de la présence de certains régimes dans une Union Européenne rénovée mérite donc d’être posée.

 Alors, que faire?
Mais comme dans toute situation critique, il y en a toujours pour clamer leur optimisme, voyons si les déclarations de ce banquier sont de nature à nous réconforter« À part le Brexit, l’UE a beaucoup de choses à célébrer » Certes oui, il y a des domaines où l’Europe montre qu’elle existe et qu’elle est irremplaçable. Dès qu’elle s’attelle à des projets et qu’elle y met les moyens, cela produit quelque chose. Alors une Europe des projets ? C’est ce que voudraient certains, l’Europe « à la carte ». C’est à mon avis une fausse bonne idée. Nous avons vécu cela en France dans le cadre des intercommunalités à la carte et la multiplication des syndicats divers et variés à vocation unique ou à vocation multiple, des syndicats mixtes où seuls les quelques élus aux manettes comprenaient quelque chose. C’est en quelque sorte le meilleur moyen de confisquer l’idée même de projet commun.

Non, la solution est sûrement vers plus d’intégration. Mais comme tout le monde n’est pas prêt à ce renforcement du fédéralisme, il faudra vraisemblablement passer par un retour en arrière géographique et avancer plus loin avec moins de monde. C’est la théorie des cercles concentriques d’intégration qui permettra aux pays qui veulent travailler plus ensemble de pouvoir le faire sans se laisser entraver par le combats d’arrière-garde de ceux qui en veulent le moins et petit à petit, forte de la conviction de l’exemple, cette équipe restreinte pourra s’étoffer. Voilà un projet intéressant pour le 60 prochaines années. De cela, on a peu parlé lors des débats télévisés de la campagne présidentielle française, alors même que la France, par son histoire et sa position géographique a vocation à faire partie de ce noyau.

Advertisements
Cet article, publié dans pour l'Europe, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s