Demain, les robots….

Il se passe toujours quelque chose au Parlement Européen, mais nous ne le savons pas toujours. Ainsi, il y a un mois il y a eu un débat sur le développement de la robotique et ses impacts juridiques.
Le texte soumis au débat Projet de rapport sur les règles de droit civil sur la robotique est assez surréaliste dans la mesure où il puise ses références chez les meilleurs auteurs de science-fiction pour décrire le monde tel qu’il sera ou devrait être, ce qui pour un document juridique n’est pas banal. Il est également surréaliste en ceci qu’il fait de longs considérants pour dire tous les risques qui pèsent sur libertés et la nécessité de règles éthiques d’airain pour les contrer, pour ensuite balayer le tout en deux ou trois considérants sur la nécessité de rester dans la compétition économique avec le reste du monde. Ma petite expérience du monde tel qu’il va me laisse penser de quel côté penchera la balance lorsque éthique et finances s’affronteront. Toutefois pour bien prendre la mesure de l’importance de cette question d’éthique, je vous invite à jeter un œil à cette étude (en Anglais) ou au moins à son résumé Étude sur l’éthique de la robotique
Ce débat, a priori juridique (le droit civil du robot), philosophique et moral a eu finalement des connotations très franchement mercantiles et pas forcément pour le meilleur. Je ne suis pas sûr que nos libertés individuelles sortent renforcées de tels débats mais une chose est sure, c’est qu’on vient de rater là un beau débat sur la société que nous voulons pour nous et surtout nos enfants. Je vous invite très instamment à lire en détail les considérants de ce projet de « résolution à transmettre à la Commission ». Certains font frémir à la lecture. J’ai ainsi noté « qu’à long terme, il serait possible d’accéder à une prospérité quasiment illimitée »(considérant D), « considérant qu’il est possible, en fin de compte, qu’en l’espace de quelques décennies, l’intelligence artificielle surpasse les capacités intellectuelles humaines, ce qui pourrait, si l’on ne s’y prépare pas, mettre en péril la capacité de l’humanité à contrôler sa propre création et, dès lors, à être maîtresse de son propre destin et à assurer la survie de l’espèce; »(Considérant I) mais il y en a d’autres. A aucun moment, cela ne semble gêner quelqu’un d’envisager ces deux futurs simultanément à quelques paragraphes d’intervalle.

Mais le pire a été atteint lors du vote puisque le principal résultat de cet examen a été l’évacuation de toutes les conséquences économiques d’une telle évolution, ce qui a permis à un média européen de titrer ainsi  Le Parlement européen rejette le revenu universel
Certes, il titre ainsi parce que le revenu universel est un sujet politique brûlant et clivant dans le cadre politique français mais il aurait tout aussi bien pu parler de la taxe sur les robots, de la taxe sur la valeur produite par ses robots ou de l’impact sur l’équilibre des régimes sociaux, voire, puisqu’il s’agissait d’un texte sur la responsabilité civile des actions de groupe contre les dommages générés par l’action des robots. Autant de sujets qui sont passés à la trappe lors du débat au Parlement Européen. Preuve s’il en est qu’il existe, aujourd’hui,  au Parlement Européen, une majorité pour défendre coûte que coûte les intérêts financiers contre les intérêts de la population. Mais cette majorité semble assez étroite preuve que ces questions préoccupent quand même la plupart des pays européens et que, par exemple, l’instauration d’un revenu universel pour contrebalancer une robotisation accrue de l’économie n’est pas qu’un débat franco-français. Certes le débat a été posé de manière un peu trop directe et simpliste en France dans le cadre d’une campagne électorale qui manque pourtant singulièrement de sujet de débat de fond. Notamment, la question du financement d’une telle mesure a été balayée d’un revers de la main compte tenu de l’énormité des sommes en jeu et de ce que cela impliquait en termes de réorganisation des circuits de distribution des richesses créées. Et pourtant, il s’agissait là d’un vrai bon sujet de société, qui n’a rien à voir avec les débats sociétaux avec lesquels on nous amuse d’élections en élections car à travers ce projet, sont posées les questions de solidarité, de responsabilité individuelle et collective et d’utilité sociale de chaque individu. Or le débat s’est résumé à un chiffre dont l’énormité même a fait que tout débat a été impossible. Exit, les contreparties du revenu, exit la place du travail dans la société et le statut social du travailleur, salarié ou « entrepreneur de lui-même ». On n’allait quand même pas dilapider l’équivalent du budget de l’Etat pour payer les gens à ne rien faire.Ah ! Justement à propos de payer des gens à ne rien faire, voici une information qui devrait apporter de l’eau à mon moulin  Bourse. La formidable année du CAC 40…
 Voici des gens, les actionnaires des 40 plus grosses sociétés françaises, qui se sont partagées plus de 75 milliards d’euros en 2016 et cela sans rien faire d’autre qu’apporter un peu d’argent. Nul travail là-dedans. Donc on peut distribuer des sommes folles en France à des personnes payées ainsi à ne rien faire (du moins dans ce cadre). Si on considère que le revenu de base proposé par certains est de 850 euros par mois et par personne, une telle somme aurait permis de délivrer un revenu mensuel garanti à près de 8 millions de personnes, de quoi résorber tous les cas de grande pauvreté recensés en France. Et pour terminer par où j’ai commencé, je note que parmi les entreprises ayant réalisées les plus gros bénéfices figurent de nombreuses banques. Or, la crise financière de 2007/2008 a mis en évidence que ces organisations ont mis au point des algorithmes capables de fonctionner de façon autonome afin d’anticiper puis amplifier les mouvements des marchés financiers. Etonnez-vous après cela que le Parlement Européen ait tenu à préciser qu’un robot doit avoir « une enveloppe physique », ce qui met ces algorithmes hors du champ et surtout qu’il se soit trouvé une majorité d’Eurodéputés pour refuser que des actions collectives puissent être introduites contre les dégâts causés par des robots. En effet, quand on voit les dégâts causés par la dite crise financière dans le bas de laine des classes moyennes, de telles actions collectives auraient eu des effets dévastateurs.

Laissons le monde d’Asimov https://fr.wikipedia.org/wiki/Isaac_Asimov là où il doit être, c’est à dire sur les étagères de nos bibliothèques, pas dans nos vies.

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