mondialisation, démon-dialisation

La mondialisation, que les Anglo-Saxons appellent plus justement « globalization » fait partie des boucs émissaires de toutes les protestations au même titre que le « libéralisme ».Cela est plus ou moins vrai selon les pays et il se trouvent que dans ce quasi-consensus, les Français se distinguent par leur rejet le plus ferme Les Français sont les plus pessimistes au monde face à la mondialisation Mais que reproche-t-on en fait à cette globalisation ? On nous l’a vendu comme la « Nouvelle Frontière » de notre économie, celle qui nous permettrait de renouer avec l’âge dor des Trente Glorieuses. Certes pour certains, cela a dépassé leurs espérances les plus folles mais pour l’immense majorité, cela n’a été qu’une désillusion de plus

PENSER GLOBAL, AGIR GLOBAL
La mondialisation fut en effet la tarte à la crème de tous les débats de politiques économiques entre 1995 et 2008. Elle était présentée comme le relais de croissance nécessaire pour les pays occidentaux avachis et l’espoir des lendemains qui chantent pour les pays émergents, voire aussi pour les pays encore immergés. Présentée comme un summum de  modernité, l’idée n’était pourtant pas neuve. En effet, depuis que le capitalisme existe, il n’a eu de cesse de s’étendre au monde entier, soit pour en faire son garde-manger, ou sa mine à ciel ouvert, soit pour en faire son marché. La mondialisation, c’est le monde de ceux qui pensent leurs intérêts au niveau de la planète et qui se donnent les moyens pour agir au niveau de la planète. Leurs noms a été successivement « colonisateurs », multinationales et maintenant « entreprises mondialisées » . Mais leurs appétits féroces ont provoqué un accaparement des richesses tel qu’il est devenu visible que ce mode de fonctionnement du monde était profondément injuste, tellement visible même  que certains sorciers de cette religion, les économistes, ont dû mettre en garde les puissants contre les risques de leur boulimie et proposer des amendements la rendant plus supportable.
Au cours de l’histoire des avatars de cette mondialisation, il y eut des oppositions souvent violentes, qui prirent nom anticolonialisme, internationalisme prolétarien, ou plus modérées, la social-démocratie, le tiers-mondisme mais toutes raisonnaient selon le même schéma : pour contrer une force qui pense et agit au niveau monial, il faut lui opposer une autre force qui pense et agit également au niveau mondial. On reste donc dans le même paradigme du « penser global, agir global ». Quand on voit les résultats, on ne peut être que déçus. C’est pourquoi dans le sillage de ce dernier avatar de la mondialisation est apparu un nouveau courant de pensée, le populisme du début de ce XXI° siècle, l’isolationnisme.

PENSER LOCAL, AGIR LOCAL
Pour tous les populistes du monde entier, qu’il s’agisse de Trump aux Etats-Unis, Wilder, Le Pen, Orban en Europe, et d’autres un peu partout dans le monde, le raisonnement est le même. Puisque c’est la pensée globalisante qui est la cause de tous nos maux, il suffit d’inverser les facteurs pour résoudre tous les problèmes : opposer LOCAL à GLOBAL et tout sera réglé. Cela donne le nouveau mot d’ordre « Penser Local, agir Local ». Voilà une maxime simple, facile à comprendre pour qui n’y connaît rien à l’économie et à la géopolitique et pense que le monde s’arrête au coin de la rue et pour qui l’étranger est d’abord « celui que je ne connais pas et d’ailleurs que je ne veux pas connaître car il ne pense peut-être pas comme moi et que cela m’embête ». C’est peut-être facile à comprendre à première vue mais plus difficile à expliquer quand on veut savoir comment cela va fonctionner dans le concret.
En effet, peu de territoires peuvent prétendre à l’autarcie, c’est à dire à satisfaire tous leurs besoins à partir de leurs propres ressources et c’est là où le bât blesse. C’était déjà le cas il y a deux siècles, c’est encore le cas maintenant, sauf que maintenant, une nouvelle donnée doit être prise en compte, la préservation des ressources de la planète et leur maintien en bon état . Et ceci complique encore un peu plus la donne pour les isolationnistes puisque l’eau, l’air, la biodiversité sont réfractaires à l’idée de confinement frontalier, puisque les changements climatiques et leurs conséquences ne connaissent pas les limites étatiques.
Pour y faire face, il faut donc avoir une vision globale et surtout prendre des décisions globales dans le cadre d’une gouvernance mondiale. Un gouvernement mondial, belle utopie mais surtout quel cauchemar pour tous ces peuples dont la réaction isolationniste est justement une façon de tenter de reprendre en main une partie de leur destin, et notamment le pouvoir de décider et d’agir sur leur environnement immédiat.

PENSER GLOBAL, AGIR LOCAL
Du coup, apparaît à l’évidence que la réponse au « penser global, agir global » des mondialistes n’est pas l’isolationnisme du penser local, agir local » mais bien le mot d’ordre mis à l’honneur notamment par tous les écologistes du monde entier « penser global, agir local ». C’est effectivement un beau mot d’ordre, facile à mémoriser mais concrètement comment fait-on? Il y a bien la solution des décroissants qui dans les faits, si ce n’est dans l’esprit, aboutissent à des pratiques dont les effets ne sont pas loin de ceux qu’obtiendraient des isolationnistes radicaux si leurs théories étaient mises en oeuvre. Et puis, il y a ceux qui, soit par philosophie, soit par raisonnement concluent que le meilleur moyen de faire bouger un système est d’utiliser la dynamique de ce système contre lui-même en lui appliquant des petites touches qui, peu à peu le font dévier de sa trajectoire. C’est ce que Edgar Morin avait si bien décrit dans cette tribune, devenue fameuse, parue dans Le Monde il y a quelques années déjà : http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/01/09/eloge-de-la-metamorphose-par-edgar-morin_1289625_3232.html Eloge de la métamorphose, par Edgar Morin
Le même a d’ailleurs précisé sa pensée quelques temps plus tard :  http://inventerre.canalblog.com/archives/2010/11/19/19642620.html Edgar Morin : Pour une autre Economie, un changement de cap civilisationnel
C’est en d’autres termes ce préconisait un autre intellectuel, Bernard Werber : http://positivr.fr/bernard-werber-systeme-societe-revolution-demode-livre-voyages/ ne t’attaque pas au système, démode-le !
Ainsi, si on veut que le système de production et de répartition des richesses, de consommation et de préservation des ressources soit le plus équitable et le plus pérenne, il n’est pas nécessaire de tout mettre par terre pour rebâtir quelque chose d’idéal, mais de faire le tri dans les processus déjà existant pour n’en garder que les plus vertueux. Or cette vertu n’est pas immanente : elle n’est le plus souvent que la conséquence d’une analyse simultanée d’avantages locaux et d’inconvénients globaux ou vice et versa. C’est ce qui fait la difficulté de l’exercice lorsqu’il se déroule dans un cadre démocratique mais aussi sa force quand il aboutit à un consensus.

Voilà pourquoi l’alternative à la mondialisation n’est pas la démon-dialisation mais bien une alter-mondialisation

Ah au fait! j’oubliais, il existe en toute logique une autre façon de dire le contraire de « penser global, agir global », c’est « ne pas penser, ne pas agir ». Certains dirigeants politiques en ont fait leur mode de fonctionnement, hélas pour eux!…et pour leurs peuples.

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