Les effets secondaires des primaires

La plus ancienne démocratie parlementaire à régime présidentiel, les Etas-Unis ont inventé les primaires. Ce faisant, ils montraient qu’ils avaient compris que le système majoritaire ne pouvait fonctionner que dans le cadre de coalitions binaires dont l’une est forcément majoritaire. Mutatis mutandi, ce système binaire a également fonctionné dans la plupart des démocraties occidentales, Royaume-Uni, Allemagne et même l’Italie de la reconstruction ou la France de la V° République. Ce système fondé sur des coalitions, structurées autour de deux partis dominants a commencé à voler en éclat dès qu’il est apparu que ces duopôles étaient incapables de résoudre les problèmes posés à ces pays par le rééquilibrage des pouvoirs économiques et politiques au niveau planétaire.

L’éclatement de ce système au profit de nouveaux partis, qui s’autoproclament officiellement « anti-système » a donc poussé ces partis à essayer de reconstituer ces alliances. Le premier  pays à expérimenter les primaires à l’européenne a été l’Italie dans les années 80/90 et cela a plutôt bien marché pendant un temps, jusqu’à l’émergence d’une forme d’extrémisme nouveau, la Berlusconite. Il a fallu la défaite aussi cinglante qu’inattendue du PS en 2002 pour que l’idée retrouve un peu de couleur. Grâce à un esprit clairvoyant comme Olivier Ferrand, le fondateur de Terra Nova, ce système a été remis à l’honneur pour garantir la présence de la gauche (c’est à dire du PS) au deuxième tour de l’élection présidentielle. Cela supposait notamment que la consultation populaire permettent aux différentes sensibilités d’une future coalition de s’exprimer. Cela n’a JAMAIS été le cas  et de ce fait le candidat issu des primaires « de gauche » n’était que le candidat du PS et de ses satellites.

En 2016/2017, il y a eu 4 primaires , celle de la droite et du centre qui n’a regroupé que les Républicains, quelques particules amis et une partie du centre, celle des écologistes qui n’a regroupé que les rescapés d’EELV et quelques sympathisants, celle de l’alliance populaire qui n’a regroupé que le PS et quelques groupuscules associés et enfin la primaire.org, portée par aucun  parti

Les résultats ont été surprenants. Un ex-Président de la République, qui venait de reconquérir son parti, est battu dès le premier tour et le vainqueur se présente comme le candidat « anti-système » de droite. Une ex-ministre, qui venait de reconquérir son parti, est battue dès le premier tour et le vainqueur s’était longtemps opposé à l’organisation de la primaire qu’il venait de remporter. Un ancien Premier Ministre est battu au second tour par l’un de ceux qui pendant au moins 2 ans ont le plus contribué à lui pourrir la vie au sein de sa propre majorité. En d’autres termes, ces primaires partisanes furent la victoire des candidats qui ont eu la rouerie de faire croire qu’ils étaient anti-appareil.

Après de telles raclées, les trois principales victimes de ces primaires auraient  dû subir une éclipse durable de leur carrière politique. Leur resurrection a été pourtant rapide et spectaculaire. Englué par ses démélées avec la justesse, le candidat des Républicains est obligé de venir quémander l’aide de sa victime pour continuer à espérer mener campagne. Affaibli par des sondages plats et l’absence de soutien de son parti, le candidat vert est contraint de jeter l’éponge et de faire allégeance au PS par celle-là même qui avait poussé à organiser une micro-primaire contre le PS. Et last but not least, les meilleurs amis du Premier Ministre battu lâchent les uns après les autres le vainqueur de leur primaire pour rejoindre celui qui avait refusé l’idée même d’une primaire et tout cela au nom du respect du programme du parti. En d’autres termes, c’est la revanche des appareils.

Etonnez-vous après cela que ceux qui ont refusé le système des primaires soient plutôt en forme dans les sondages, pour le moment. Cela confirme que, décidément les Français, s’ils aiment les débats politiques supportent de moins en moins bien les combinaisons politiciennes.

Et la quatrième primaire me direz-vous, qu’a-t-elle donné? 160.000 personnes ont donné leur opinion via internet, non pas en votant pour ou contre mais en donnant une note à chaque candidat, ce qui est déjà une nouveauté. Et finalement, une candidate a été retenue. Pour une primaire qui entendait rejeter toutes les vieilles recettes du marketing politique, elle porte un nom qui sonne comme un pied de nez, Marchandise, prénom Charlotte.

Finalement la principale victime de ces primaires, c’est le principe même des primaires puisqu’en fin de compte, les appareils des partis n’ont pas permis qu’émergent des coalitions à vocation majoritaire. Compte tenu de la conjoncture actuelle, c’est peut-être une faute majeure. J’espère que non.

 

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