La logique de l’uberisation de l’économie

On nous a dit que l’économie collaborative était l’avenir de l’économie, puis on s’est rendu compte que cette innovation sociale recouvrait des pratiques économiques et sociales très différentes. Rien de commun en effet entre les réseaux de solidarité locaux qui se mettent en place autour du partage d’objets et les montages informatiques qui jouent sur la recherche du toujours moins cher pour exploiter ceux qui en veulent juste un peu plus mais qui souvent le veulent parce qu’ils n’ont tout simplement pas assez. Cette dernière tendance a même reçu un nom, l’uberisation dont la principale caractéristique est la déqualification et la dévalorisation du travail, puisque celui-ci, conçu au départ comme une activité marginale, était payé au coût marginal, c’est-à-dire « peanuts » comme on dit en Californie.

La Californie, ah justement, parlons -en ! Puisque c’est là que cette start-up, devenu groupe industriel se lance dans une nouvelle aventure Uber lance la location de voiture autonome Ainsi la boucle est définitivement bouclée. En effet, Uber s’étant construit sur l’idée que ce qui coûte cher dans le service, c’est celui qui le rend, avait tout fait pour en réduire l’importance. La limite de l’épure est atteinte quand ce coût est nul et c’est ce qui est donc recherché ici. Voilà démonté le premier mécanisme de l’uberisation : il n’y a pas de lien entre économie et emploi. La valeur, ici le service rendu, n’est pas généré par l’homme ou du moins pas là où on le pense. Dans cette économie, il y aura donc ceux qui conçoivent des systèmes et donc tirent un revenu de leur travail et les autres ceux qui consomment. Et eux, d’où tire-t-il leur revenu pour pouvoir consommer et permettre aux premiers d’avoir un revenu. Bonne question! Les réponses existent mais les exposer ici sera sûrement trop long. Toutefois on peut parler ici de déconnexion entre travail et revenu, de revenu de transfert, de recréer du lien social, de culture etc… Voilà des pistes pour l’action publique, donc pour les politiques, ceux qui font réellement et bien leur métier, d’éclairer l’avenir et d’apporter des solutions acceptables par une majorité.

Ah, les politiques ! Justement parlons-en un peu car il s’agit là de la deuxième obsession de l’uberisation, l’Etat et la paralysie qu’entraine son mode de fonctionnement. Pas de norme, pas d’impôts, pas d’Etat en d’autres termes, tel est le credo de ces nouvelles entreprises, qui sont devenues expertes dans l’art de contourner les normes et d’éviter toute forme de taxation. C’est d’ailleurs un véritable bras de fer qui s’est engagé un peu partout entre l’Etat et les pouvoirs locaux d’une part et ces nouveaux groupes qui prospèrent sur cette logique nouvelle : la gratuité et le « bon marché » ne peuvent exister que parce que vous accepté d’être « autoentrepris », si je peux me permettre ce néologisme qui regroupe à la fois la méthode Uber mais aussi les méthodes de Google, Facebook et autres outils informatiques qui ne vivent que sur l’exploitation d’une partie de votre sphère privée. Eh bien justement, il se trouve qu’un pouvoir local a décidé de se rebeller, et pas n’importe lequel, la Californie, c’est-à-dire là où historiquement tout a démarré Voiture autonome : la Californie somme Uber de cesser ses tests . Evidemment, la réaction d’Uber est celle qu’on prévoyait : « rien à faire, ce n’est pas mon problème, cette règle est stupide et bride l’innovation. Donc au nom de l’innovation, je vous envoie paître ! » C’est une logique connue et reprise par d’autres mais là, il s’agit d’une attaque frontale : si la loi ne me plaît pas, je refuse la loi, quel qu’en soit les conséquences. Et pourtant, ici,  l’Etat de Californie ne parle que de sécurité sur la route.

Ah, justement la loi ! l’un des boucs émissaires de ces entreprises de la nouvelle économie, mais parfois il se trouve que la loi reste bien utile, notamment quand ces monstres d’un nouvel âge décident de s’entretuer Voiture autonome : Google accuse Uber de vol de technologies. Car, voilà une troisième caractéristique de ces entreprises : elles n’hésitent pas à se comporter comme des flibustiers. Cela dit, elles ne sont pas les seules, l’espionnage économique est aussi vieux que le monde des affaires

Mais si vous mettez bout à bout ces trois règles, vous retrouvez, assez largement les trois ingrédients qui fondaient le capitalisme sauvage de la seconde moitié du XIX° siècle, aux Etats-Unis déjà où les frasques des Rockefeller, Vanderbilt et consorts ont façonné le paysage économique.

Une raison d’espérer ?Sous pression Uber suspend son test de voitures autonomes en Californie

Faut voir, car sur le fond, le problème reste entier. Dans la deuxième moitié du XIX° siècle et la première moitié du XX°, des ripostes se sont organisées et ont permis de civiliser ce modèle, à défaut de l’éradiquer. Mais ce n’est pas avec les réponses de cette époque-là qu’on résoudra les problèmes que posent les nouvelles entreprises de cette époque-ci.

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