LE REVENU UNIVERSEL EN QUESTION

Voilà un reportage qui tombe à point nommé.   En grève de la faim, elle réclame le droit de «vivre de son travail»
On pourrait être surpris que ce soit Le Figaro qui vienne au secours de cette travailleuse pauvre quand on connaît la ligne éditoriale habituelle de ce journal. Mais à y regarder de plus près, il n’y a rien que plus normal.
En effet, Le Figaro ne remet pas en cause le niveau de rémunération de nombreux salariés mais le niveau, qu’on comprend exagéré, des prestations sociales versées aux personnes sans emploi. Au passage, l’article allume assez méchamment les travailleurs sociaux, celles et ceux qui pousseraient les gens à la paresse.

En fait, ce fait divers est tout sauf anodin. Il risque même de devenir un point d’ancrage des clivages idéologiques qui vont permettre de cristalliser le débat politique autour des enjeux électoraux des prochains mois, l’élection présidentielle et les élections législatives.

Dans cette affaire, il y a deux questions en une. La première concerne ce qu’on appelle un revenu décent et là est clairement indiqué que deux SMIC c’est insuffisant pour faire vivre une famille de 4 personnes.

La deuxième question est plus complexe, elle concerne l’origine du revenu, entre revenu du travail et revenu de transfert. Présenté comme cela est présenté, il n’y a pas photo : les revenus de transfert sont mal organisés et sont un frein au retour à l’emploi. Mais n’est-ce pas une perversion médiatique, un peu dans le style de la mise en scène de ce retraité d’Orléans dont le visage tuméfié à la une de la presse et à la télévision a plus fait pour accroître le sentiment d’insécurité que toutes les statistiques de la Place Beauvau, quelques jours avant les présidentielles de 2002, avec l’impact qu’on sait sur le résultat final ? Espérons que non car objectivement, cette grève de la faim permet de poser dans de bonnes conditions le débat sur une proposition, plus souvent décriée qu’expliquée : le revenu universel d’existence.

Concrètement, il s’agit de déconnecter définitivement et SANS CONDITION DE RESSOURCES, une partie du revenu disponible de la notion de travail. Je tiens d’abord à souligner que cette déconnection existe déjà puisque une bonne partie des revenus de transfert relèvent de cette catégorie. Ainsi quand la CAF verse des allocations familiales, ce n’est pas la contrepartie d’un travail, une sorte de « prime à l’élevage » pour parents méritants, mais bien un pilier d’une politique nataliste. Et surtout, on oublie trop souvent que dans nos déclarations d’impôt, il y a toujours une petite rubrique qui nous embête : les revenus fonciers ou de placement. Dès qu’on a un petit PEA, on en touche. Mais cela reste marginal pour l’immense majorité d’entre nous. Par contre, il y en a dont cela constitue l’essentiel de leur revenu, les actionnaires, les gros propriétaires immobiliers ou fonciers, ceux que dans le temps on appelait, un peu méprisant, les rentiers, image de l’immobilisme d’une société aux crochets de laquelle ils vivaient et que maintenant on encense comme le fer de lance de notre économie, au point que le départ à l’étranger de quelques dizaines d’entre eux est présenté par certains médias comme l’hémorragie fatale. Donc revenu et travail ne sont pas forcément indissociablement liés.

Et c’est sur ce postulat que se fonde l’idée d’un revenu de base universel. Il remplacerait tous les dispositifs de transfert de revenu existant, ce qui simplifierait singulièrement la tâche des comptables publics, des agences financières de l’Etat et des travailleurs sociaux. Sa contrepartie est naturellement l’assujettissement progressif à l’impôt sur le revenu, universel lui aussi, tous les revenus étant alors taxés de la même façon quelle que soit leur origine. Là aussi forte simplification. Accessoirement pour que cela soit accepté, on pourrait en profiter pour supprimer la plupart des niches fiscales dans lesquelles viennent se cacher les plus belles inégalités devant l’impôt.

La seconde conséquence de cette généralisation du Revenu Universel est l’existence ou non d’une contrepartie. Le débat est aussi vieux que les revenus de remplacement et déchira la gauche en 1986 lors de la réflexion autour de l’instauration du RMI. Evidemment qu’il doit y avoir une contrepartie car pour reprendre l’adage attribué à Karl Marx : « A chacun selon ses besoins, de chacun selon ses moyens. »

A chacun selon ses besoins, la réponse est en partie le Revenu Universel

De chacun selon ses moyens, la réponse reste à trouver et sans elle difficile d’avoir un consensus sur cette proposition

En tout cas, en aucune façon, la réponse ne peut être celle faite par la mairie d’Auxerre ou la CAF « Vous êtes bien bête de travailler. »

Si le Revenu Universel avait existé, la question ne se serait plus poser dans les mêmes conditions pour Aurélie puisque les salaires gagnés grâce à un retour à l’emploi ne seraient pas venus en substitution d’aides obtenues mais en supplément et la question du retour au travail n’aurait été « C’est trop bête » ou pas mais « si vous voulez rester chez vous pour élever vos enfants, quelle contribution pensez-vous pouvoir donner à la vie de la cité ? » cela aurait été moins bête.

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