Les lignes bougent 2. La duplicité de certaines démarches RSE apparaît

Dans le billet précédent, je faisais état de la volonté de la CGPME de se saisir de la démarche RSE pour en faire un élément du dialogue social et non un élément de communication à l’intention de citoyens-consommateurs de plus en plus sensibles aux enjeux environnementaux et sociaux. Certes se plier aux règles de la RSE, c’est accepter AUSSI des obligations administratives mais c’est surtout reconnaître que l’entreprise est le lieu de convergence de plusieurs « parties prenantes » dont les intérêts ne convergent pas forcément mais qu’il va bien falloir faire cohabiter. C’est donc un enjeu du dialogue social comme je l’ai dit mais pas seulement car c’est aussi un sujet de débat avec la société, qu’on appelle parfois civile, allez savoir pourquoi, sur des thèmes comme les droits humains ou l’avenir de la planète.

Pour cela, il y a eu le développement durable qui était censé répondre à ces questions. Les plus grandes entreprises s’en sont emparés et ont créé des directions du développement durable dont la fonction essentielle a été le plus souvent de veiller à ce que le « rapport RSE » soit le plus présentable possible. Maintenant, il y a mieux, du moins en ce qui concerne la protection de l’environnement, il y a l’économie circulaire  Economie circulaire : la conversion de 33 grandes entreprises Le concept n’est pas nouveau puisque la première loi sur l’économie circulaire fut promulguée en 2008…en Chine; mais dans la foulée de la COP 21, le concept connaît un véritable engouement de la part de ces entreprises. L’intérêt marqué des élus pour cette nouvelle façon de concevoir l’économie n’y est certainement pas étranger. Valoriser les ressources locales, réduire les déchets, ce sont des thèmes qui parlent effectivement aux décideurs locaux et si les entreprises leur apportent des solutions toute faites, ils seront ravis. Je note toutefois que le sujet le plus prisé est sans conteste le traitement des déchets, plus que l’éco-conception des produits ou la lutte contre l’obsolescence programmée. Mais c’est peut-être là que le bât risque de blesser. En effet, le traitement des déchets, c’est certes vos ordures ménagères mais aussi les fameux DEEE (déchets des équipements électriques et électroniques). Comme il n’y a pas de solutions rentables localement, certains de ces déchets, (vos téléphones, vos ordinateurs entre autres) prennent la direction de l’Afrique ou du sous-continent indien où ils alimentent une activité parallèle de la récupération qui passent hélas par des conditions de travail particulièrement déplorables. On a tous en tête ces images d’enfants, de femmes ou de vieillards fouillant des montagnes d’immondices à la recherche de ces pépites. Si on pousse jusqu’au bout la logique de l’économe circulaire, les entreprises qui s’engouffrent dans ces nouveaux marchés de traitement des déchets doivent également se préoccuper de ce qui se passe là-bas, à l’autre bout du cycle, si je peux parler de « bout du cercle ». C’est d’ailleurs parce qu’il était conscient que ces entreprises, aux ramifications mondiales, ont également une responsabilité mondiale que le législateur a souhaité inscrire cette responsabilité dans la loi, demandant aux entreprises qui souscrivent à la démarche RSE, d’être irréprochable non seulement en France mais partout où elles ont des intérêts directs ou via des filiales. C’est ce qu’on appelle le devoir de vigilance. Or à deux reprises, le texte a été rejeté par le Sénat Devoir de vigilance : Nouveau rejet du texte par le Sénat avant l’adoption définitive  Compte tenu des règles en vigueur en matière législative, nul doute que le texte sera finalement adopté et c’est tant mieux mais l’histoire retiendra qu’un groupe politique a tenté de bloquer la discussion même de ce texte. L’argument avancé était « la compétitivité des entreprises » et une sénatrice, qui soutient ce texte a justement rappeler que c’est déjà cet argument qui avait été utilisé, il y a plus de 150 ans pour s’opposer à Victor Schoelcher quand il proposa d’abolir définitivement l’esclavage : effet garanti.

Certes, on n’en est plus là heureusement mais la logique reste la même et quand on lit les débats qui ont lieu autour de cette loi Bientôt votée, la loi sur le «devoir de vigilance» fait toujours débat On voit bien qui a inspiré ces parlementaires réticents. Et ô surprise, ce sont les mêmes qui se gargarisent, dans le premier article cité, de se donner corps et âme à l’économie circulaire.

Posture ? ou Imposture ?

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