L’Europe est d’abord une construction politique

La Commission Européenne a beau  marteler son message technocrate à tout bout de champ, les faits sont têtus. Avant d’être une construction réglementaire neutre mais un peu lointaine, l’Union Européenne est une construction politique où, justement, les décisions ne sont jamais neutres politiquement et correspondent de fait à une vision donnée de la société et de son organisation et une conception particulière de ce qu’est l’intérêt général. Mais à force de nous parler de la libre concurrence, comme si ce n’était qu’une question de règlement, de nous bassiner avec les critères de Maastricht comme s’il s’agissait d’une loi naturelle à laquelle on ne peut déroger, on avait fini par oublié cela : les commissaires européens ne sont pas des fonctionnaires mais des hommes politiques, en fin de carrière certes pour la plupart d’entre eux, mais femmes et hommes politiques tout de même. Ceux qui veulent refonder le projet européen (le « rêve » comme le dit si maladroitement Daniel Cohn-Bendit qu’on a connu plus subtil) devrait s’en souvenir et replacer le débat sur le champ politique ce qui éviterait de transformer les divergences idéologiques, qui sont choses normales en démocratie, en débat existentiel  sur la survie ou la mort annoncée de l’Union Européenne. L’Union Européenne n’est ni libérale, ni sociale, ni écologiste, ni productiviste par essence. Elle ne l’est que parce qu’il existe dans le rapport de forces internes aux trois entités de la gouvernance européenne, le Conseil, le Parlement et la Commission mais aussi dans le rapport de forces entre ces trois entités, une tendance plus libérale ou plus sociale ou plus écologique ou plus productiviste ou plus ce que vous voudrez. Le rapport de force actuel fait que l’Union Européenne est plutôt libérale et productiviste mais cela n’est pas inéluctable. C’est du moins ce que je ressens en lisant ce compte-rendu d’un débat entre dirigeants européens devant le parterre international de Davos  Rutte et Schulz, deux visions opposées de l’avenir de l’Europe
Le blocage actuel de la construction européenne peut venir de ce quiproquo, mais faute de processus démocratique clair et faute d’avoir tranché entre Europe des Etats et Europe fédérale, il est difficile d’exprimer une orientation politique claire. Si on rajoute des mécanismes internes particulièrement complexes et des procédures facilitant les blocages à tous les étages.

Et pourtant, il y a urgence. C’est du moins ce qu’exprime Jacques Attali, qui n’est pas un prophète loin s’en faut mais qui ici rappelle quelques vérités Attali : l’Europe est une première puissance mondiale qui s’ignore
Je ne suis pas sûr qu’une Europe de la Défense soit une réponse adéquate aux menaces qui pèsent sur l’Union Européenne mais cela pourrait le devenir si Trump allait jusqu’au bout de sa logique concernant l’avenir de l’Otan. Mais si tel était le cas quel serait la signification d’une armée européenne ? Clausewitz disait déjà il y a deux siècles : « La guerre n’est rien d’autre que la continuation de la politique par d’autres moyens. » La priorité est donc bien d’avoir une politique extérieure commune, une diplomatie capable d’affirmer que la puissance économique de l’Europe a son pendant politique et que l’Europe a son mot à dire dans l’organisation du monde dans cette phase un peu troublée qui a suivi l’explosion des blocs et l’émergence de nouvelles puissances. Ici aussi peut-on dire en paraphrasant Gramsci, un ordre ancien est mort, l’ordre nouveau ne peut pas encore naître  et des « phénomènes morbides » peuvent désormais émerger. Mis là non plus rien n’est inéluctable. Il suffit, mais il faut aussi, qu’une poignée de dirigeants européens se persuadent que cette puissance et là et mal utilisée. Une telle conjonction s’est déjà produite dans les années 50 avec le succès qu’on sait. Ils avaient l’intelligence de ne se lancer qu’avec quelques pays qui voulaient avancer ensemble, espérant prêcher d’exemple. L’avenir leur a donné raison jusqu’à 1990. Je suis intimement persuadé que c’est ce type de démarche qu’il réenclencher en profitant notamment de la concomitance des échéances électorales dans plusieurs pays européens. L’urgence est d’autant plus grande qu’en face, il y a une coalition disparate qui fait le même calcul mais dans le but de détruire l’Union.

Quand on évoque ce dernier point, on n’est plus dans la réflexion politique planétaire on revient dans la réalité politique quotidienne faite d’échéances électorales et de petits calculs tacticiens. En Allemagne déjà les grandes manœuvres autour des petites manœuvres électorales ont commencé En Allemagne, les Verts se rapprochent un peu plus d’Angela Merkel

Il serait bien qu’au sein de ces nouvelles coalitions en cours de constitution une vision commune de l’Europe constitue un ciment essentiel.

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