« Imprévisibles démocraties » : 2017 commence comme 2016 a fini

Décidément, chaque consultation électorale fournit sa petite surprise et systématiquement, c’est le favori, celui qui a déjà gouverné et que l’on dit le plus apte à le faire à nouveau qui est dégommé. La primaire de la Belle Alliance Populaire n’a pas échappé à la règle. Certes le Premier Ministre sortant n’a pas été sorti dès le premier tour comme l’ancienne Secrétaire Nationale des Verts ou l’ancien Président de la République mais son sort ne semble guère plus enviable que celui de l’ancien Premier Ministre de Jacques Chirac. Mais qu’arrivent-ils à nos compatriotes dès qu’on leur demande leur avis ? Manifestement ils ne sont pas les seuls puisque les Anglo-Saxons, les Slaves, les Scandinaves ou les Baltes réagissent de la même manière.
Le Premier Secrétaire du PS français a proposé une piste « C’est la victoire de la Fronde ! » Dans le contexte solférinien, ça apparaît comme une lapalissade, mais si on élargit le champ au-delà du microcosme germanopratins, il semble bien que son propos soit moins futiles qu’il n’y paraît (ce qui venant de lui est louable) et que ce soit bel et bien une révolte contre les pouvoirs établis quels qu’ils soient. Il n’y a que les régimes totalitaires, hélas, qui échappent à ce jeu de massacre.

Mais qu’est-ce qui justifie ce mouvement ? Il y a plusieurs explications mais cela peut se résumer à un mot, la crise et je ne résiste pas au plaisir de citer un auteur marxiste, Gramsci : « La crise consiste justement dans le fait que l’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître : pendant cet interrègne on observe les phénomènes morbides les plus variés », comme quoi on peut avoir lu Marx, l’avoir commenté, et être resté intelligent. La question dès lors est « Mais quel est cet ancien qui est mort ? » et « quel est ce nouveau qui ne peut pas naître ?»

Je vais essayer d’explorer deux pistes, l’une est politique, l’autre est économique.
Commençons par la deuxième, l’économie. Le modèle qui a assuré une prospérité croissante à l’Europe Occidentale et à l’Amérique du Nord a vécu. Cela fait maintenant près de deux décennies qu’on ne peut plus parler du Centre et de la Périphérie. Le modèle alternatif proposé, la Globalisation, commence à avoir des ratées (comme je l’explique dans mon billet « l’argent, toujours l’argent »). Un nouvel ordre économique mondial a donc du mal à naître, notamment parce que les tenants d’une mondialisation heureuse refusent d’admettre ou de dire que cela passe inexorablement par une petite diminution de bien-être pour certains, la minorité afin que d’autres, la majorité connaissent une remarquable amélioration de leur sort. Il va sans dire que plus on est privilégiés, plus il faudrait lâcher de lest pour qu’en dessous, d’autres acceptent d’en céder un peu. Et c’est là que le bât blesse. Face à cet accouchement impossible, Gramsci a raison : les phénomènes les plus morbides sont apparus, ils ont nom Le Pen Trump, Farnage . Comme on n’arrive pas à faire « payer les riches » et que les classes moyennes et populaires ne veulent pas être les seules à payer, le bouc émissaire est tout trouver, l’autre, le gêneur, celui qui vient étaler sa misère sous nos yeux et dont la misère justement réveille chez certains les peurs les plus reptiliennes. L’acte maïeutique semble pourtant simple : introduire plus de justice sociale. Mais au-delà des mots, la martingale n’est pas évidente à trouver. Il n’est pas sûr que les solutions proposées par les uns ou par les autres soient toutes pertinentes. J’entends ici par « les uns et les autres », les vainqueurs et les vaincus des primaires mais aussi ceux qui ne se sont pas soumis à cet exercice de présélection et avancent donc dégagés de tout débat interne.

Cela me permet de faire la transition avec ma deuxième piste, la crise politique. Dans une démocratie organisée, l’action politique passe traditionnellement par les partis politiques. Cette institutions est semble-t-il consubstantielle à la démocratie elle-même. C’est d’ailleurs un marqueur fort d’accès au statut de démocratie labellisée que l’instauration de la pluralité partisane ET leur liberté d’expression. Mais de quoi parle—on quand on parle de parti politique ? On parle bien évidemment de lieu d’élaboration d’une pensée collective qui s’appellera, la doctrine, la « ligne » et qui à intervalle régulier prend le nom de programme.
Certains ne viennent dans les partis que pour cela, l’échange d’idées, le test d’illuminations géniales auprès d’esprit bienveillants et la création collective d’un rêve qui s’appellent « des jours meilleurs ». A l’aube de la démocratie, cela ne pouvait se faire que si les gens se rencontraient pour discuter (dans les clubs, dans les arrière-salles des cafés), que s’il existait une structure pour organiser ce débat et permettre les échanges entre des groupes géographiquement éloignés (les congrès). A l’ère de l’informatique, des réseaux sociaux, des plates-formes collaboratives, des Wiki-machin et des frama-choses, cette contrainte géographique saute et les partis en tant que tels perdent grandement de leur utilité. Il est tellement plus facile de monter un débat en ligne et les retours se font presque instantanément. Donc, si les partis n’étaient plus que cela ce serait leur fin programmée. Mais un parti, c’est également autre chose.
Sauf exception, les partis sont AUSSI des coalitions, en vue de conquérir le pouvoir, très vite ou le surlendemain des « lendemains qui chantent » peu importe, afin de mettre en œuvre, dans le meilleur des cas, le programme issu de la pensée collective. Là aussi, à l’ère numérique des médias sociaux où on like à tour de bras et où on mesure la puissance de son charisme supposé au nombre de followers, le rôle de sélection des egos que pouvait jouer les partis est un peu mis à mal. Les partis sont donc en crise. A cet égard, il convient d’ailleurs de noter que les primaires qui étaient censés être la réponse à ce désamour partisan ont fait long feu quel que soit le nom dont on les a affublées. La primaire de la droite et des centre a été la primaire des Républicains  et d’un groupuscule satellitaire, la primaire de la belle alliance populaire a été la primaire du PS et de trois particules satellitaires, jusqu’à la primaires des écologistes qui n’a été que la primaire des Verts plus quelques Ex-Verts. D’ailleurs, sans être méchant avec le vainqueur de cette dernière primaire, je ne peux m’empêcher de constater qu’il a recueilli 15 à 20 fois moins de suffrage que les deux « petits » candidats qui se réclamaient également de l’écologie dans la primaire concurrente. La primaire, ainsi réduite à sa dimension partisane, n’est donc pas la solution à la crise. Et d’ailleurs il n’échappe à personne que les trois candidats qui actuellement semble avoir le vent en poupe ou du moins ne pas être dans une trajectoire décroissante  ne sont pas passés par la case primaire, soit qu’on ne la lui ait pas proposée, Marine Le Pen, soit qu’ils l’aient refusée, Mélenchon ou Macron. Et vous remarquerez qu’elle et ils ne s’appuient pas sur un parti structuré, l’une parce que ce parti héréditaire n’en n’est pas encore un mais plutôt une machine au service exclusif d’une ambition familiale, le deuxième n’a plus de parti puisqu’aussi bien il s’est exclu du parti qu’il avait créé et a fait exploser le front qu’il avait constitué il y a 5 ans et le troisième a juste un mouvement qui ressemble pour l’instant plus à un réseau social qu’à une organisation politique. Je ne suis pas sûr que ce soit de ce côté-là qu’il faudra trouver la solution à cette crise mais je ne suis pas sûr non plus du contraire. Le nouveau a vraiment du mal à naître.

De ces crises vont donc naître des phénomènes morbides et nous sommes donc pas au bout de nos surprises et je terminerai comme j’ai commencé par une citation de Gramsci « Je suis pessimiste avec l’intelligence, mais optimiste par la volonté ». C’est cela qui rend la réflexion politique joyeuse, malgré tout.

 

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