mutualité(s)

une des grandes « avancées  » du quinquennat qui s’achève (dans tous les sens de l’expression) est la généralisation de la complémentaire santé pour tous les salariés. C’est vrai que si on se place du point de vue de l’égalité de traitement entre les salariés, il y avait une grande injustice à ce que certains, bien au chaud dans une grosse boîte, ayant les moyens de payer à ses salariés ce fameux relais de couverture sociale qui pallie le retrait de plus en plus manifeste du régime d’assurance-maladie « dont nous sommes si fier, que le monde entier nous envie et auquel nous sommes si attachés », soient garantis d »être totalement pris en charge quels que puissent être les petits maux de l’existence et les autres pour qui, changer de lunettes ou aller chez le dentiste est devenu un choix cornélien. Mais si on se place du point de vue de ceux qui il y a 70 ans déjà mettaient en place le régime d’assurance maladie « auquel nous sommes si attachés et que le monde entier nous envie », c’est l’aveu d’une capitulation.

Mais c’est moindre mal me direz-vous puisque ce régime complémentaire est confié à des mutuelles, renouant ainsi avec les principes de solidarité développés au XIX° siècle par les organisations ouvrières ( à une époque où cette expression « organisations ouvrières » avait encore un sens). Mais justement ces prestataires sont-ils réellement des mutuelles au sens où l’avaient pensé les premiers syndicalistes (syndicats et mutuelles étaient alors fait dans le même moule ou presque) qui les avaient conçues?

Je n’en étais pas sûr mais je m’en doutais déjà un peu quand j’ai vu applaudir la fine fleur de l’assurance française à une proposition faite par un gouvernement socialiste. Le 3° débat de la primaire de la Belle Alliance Citoyenne me l’a confirmé. En effet, pour justifier que leur projet d’amélioration de la protection sociale était en rupture avec le système qu’ils avaient eux-mêmes mis en place, les 4 anciens ministres socialistes présents sur le plateau ont tenu à préciser, avec une belle unanimité qu’ils s’appuieraient sur « des mutuelles à but non lucratif ».

Double aveu . Le premier est évident : ils ne connaissent pas le B-A BA de l’Economie Sociale et Solidaire, dont ils se gargarisent tous ( l’un a même fait une loi pour soit-disant la promouvoir) : par essence, une mutuelle NE PEUT PAS être à but lucratif, c’est à dire que s’il ne lui est pas interdit de faire des bénéfices, il lui est interdit de les distribuer. Mais depuis le temps que je les fréquente, je sais bien qu’une grande partie de la gauche socialiste n’a pas une grande connaissance des principes qui caractérisent l’ESS.
Le deuxième aveu est plus intéressant: ils savent que le système qu’ils ont généralisé fonctionnent en grande partie grâce à des organisations dont le but est le profit. Faire du profit n’est pas un tare mais de grâce évitons d’enrober cela dans un discours sur la solidarité en parlant de « mutuelles santé »

Du coup, posez-vous la question « Ma complémentaire santé est-elle vraiment une mutuelle? » . Pour vous aider, vérifiez que vous êtes régulièrement invité à l’Assemblée Générale annelle, que les administrateurs (bénévoles en principe) sont bien désignés par ces Assemblées Générale, que votre voix vaut celle de tous les autres mutualistes quel que soit le régime auquel vous avez adhéré et enfin que les excédents que pourrait faire votre complémentaire Santé sont bien gardés en réserve ou ristournés d’une façon ou d’une autre à tous les mutualistes. Si c’est le cas, il y a bien présomption de mutuelles, sinon vous avez à faire à une société d’assurance classique et on comprend alors tout l’intérêt que l’ancien patron d’AXA avait à conseiller le candidat Fillon pour proposer une remise à plat plus brutale de la Sécurité Sociale.

Mais même si vous avez à faire à une vraie mutuelle, posez-vous la question suivante  » Mais est-ce que malgré tout, j’ai mon mot à dire? Tout n’est-il pas déjà décidé ailleurs qu’à l’AG annuelle où vous n’allez d’ailleurs plus » Cela dit, vous pourriez vous poser la même question si votre maison et votre voiture sont assurés par une mutuelle d’assurance et que votre épargne est confiée à une banque mutuelle.

Si c’est le cas, il ne vous est pas interdit de demander à consulter les statuts et également qu’on vous précise les modalités pour devenir administrateur local. Vous risquez toutefois d’avoir un choc.

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