« L’économie verte nous en fait voir de toutes les couleurs » n° 3 : le lait c’est blanc, le lait c’est biau !

L’agriculture c’est vert comme les près mais ce n’est pas forcément vert au sens on l’entend quand on parle d’économie verte. Pas forcément certes mais parfois c’est vrai quand même !

Secteur par secteur, l’agriculture est entrée en crise. Il y a deux ans c’était les producteurs d’échalote léonards qui mettait le feu au centre des impôts de Morlaix et au locaux de leur mutuelle d’assurance sociale MSA, puis il y eut les producteurs de porc et enfin les céréaliculteurs. Mais de façon récurrente, il y a aussi les producteurs de volailles et d’œuf et en permanence, depuis plusieurs années, les éleveurs bovins producteurs de lait. Pour eux, la crise n’est plus cyclique, elle est devenue systémique. C’est ce que dit de manière très sensée, un bon connaisseur de la question, l’eurodéputé José Bové  Crise du lait. José Bové sur la PAC : « nos paysans sont désorientés » On peut les comprendre quand la politique européenne en matière d’accompagnement des producteurs n’a cessé de fluctuer générant des cycles de surproduction puis de pénurie là où il y aurait dû y avoir régulation des cycles naturels d’évolution des marchés. A ceci, il apporte une première explication, la faute en incombe au modèle agro-industriel français dont l’impérialisme sur la filière ne peut aboutir qu’à cet écrasement des producteurs.

Je rajouterai bien que le modèle agro-industriel est lui-même la réponse à un autre modèle très français lui aussi, la grande distribution et dans l’affrontement de ces deux mastodontes, il y  a, du coup,  deux victimes, le producteur et le consommateur. Ceux-ci ont commencé à comprendre la sauce à laquelle on les mangeait et commencent à proposer une alternative  Le lait « C’est qui le patron » arrive dans certains magasins Carrefour Le plus cocasse de l’histoire est que la distribution se fait pour l’instant par l’un des leaders de la grande distribution. Franchement, ils ne sont pas sectaires ou trop heureux de faire une mauvaise manière à leurs interlocuteurs habituels, les « coopératives » laitières. Cela peut être une solution pour certains producteurs et certains consommateurs mais pour l’instant, cela ne peut être qu’une initiative ponctuelle, limitée dans le temps et l’espace. Peut-être toutefois que les faits vont me donner tort et que la mise en rayon va se révéler un vrai succès. Dans ce cas, il y a fort à parier que la grande distribution, qui ne brille ni par l’audace, ni par l’imagination, sauf quand il s’agit de ses marges, va tenter d’élargir son offre et dans ce cas, il risque d’y a avoir du remue-ménage dans les « coopératives » laitières.

La seconde explication avancée par l’eurodéputé, c’est le marché mondial et il alerte sur l’illusion entretenue par certains que les marchés chinois ou indien pourraient représenter un »relais de croissance » crédible à long terme. Certes, le principal opérateur chinois fait beaucoup d’effort pour charmer les producteurs de lait de l’Ouest de la France Synutra, le géant chinois assoiffé de lait français Mais cette « parade amoureuse » d’un industriel chinois a ses limites ; la première tient au marché chinois lui-même. En effet, actuellement, le marché chinois est devenu déficitaire, non pas parce que les filières de production locales étaient insuffisantes mais parce que une succession de scandales sanitaires a fini par ruiné la confiance des consommateurs chinois dans le « made in China » en matière de produits laitiers. Cela induit que dès que cette confiance sera rétablie, le marché local pourra de nouveau être alimenté par des producteurs locaux. Cela est d’autant plus évident que, tandis qu’un industriel chinois acquiert un savoir-faire français qu’il n’a pas en matière de lait maternisé et autres poudres de lait pour bébé, d’autres Chinois (mais peut-être est-ce les mêmes, d’ailleurs) sont en train d’acquérir par centaines des reproducteurs bovins dans les élevages français. Le comble serait que des producteurs de lait chinois viennent concurrencer les producteurs européens sur les marchés mondiaux.

En effet la deuxième limite que je vois au modèle chinois, c’est le marché mondial lui-même. En effet, si les cours sont si bas, cela tient au fait que l’offre disponible est sensiblement supérieure à la demande solvable. Il serait du coup suicidaire pour les éleveurs bretons de se lancer à la poursuite de l’Eldorado chinois en misant sur le « toujours plus » et ce qu’il induit en matière de risques financiers mais aussi de saccages écologiques (les fermes des 1.000 vaches, ça n’a rien de bucolique !), car il n’y aura pas de plan B ou de marché de secours.

La troisième limite, c’est l’opérateur chinois lui-même qui a montré avant même que l’entreprise démarre qu’il ne s’embarrassait pas avec les contraintes  Couac à l’usine de lait Synutra : la sécurité mise en cause  Si demain , ou dans 10 ans, les choses se déroulent peu ou prou comme je le décris ci-dessus, la solidarité entre l’industriel chinois et ses producteurs bretons serait bien la dernière chose sur laquelle je parierai.

Bon, ben c’est bien beau tout ça mais vous me parlez des déboires de l’agriculture intensive et elle est où l’économie verte dans tout cela ? J’y viens. En effet pour rester dans cette belle région agricole qu’est la Bretagne, pendant que certains risque de s’empêtrer dans un schéma sans issu, d’autres de plus e, plus nombreux ont compris que :

  • Les consommateurs voulaient de la qualité et était prêts à payer plus cher
  • Le modèle intensif en capital ne profite qu’à ceux qui apportent le capital (les banquiers)
  • Le respect des cycles naturels et des ressources de la nature étaient les fondements du métier de paysan

En effet l’agriculture bretonne est en train d’accélérer son passage au biologique Le nombre des fermes bio en Bretagne en progression en 2016 Et quand on va voir dans le détail sur le site de l’observatoire de la Fédération Régionale de l’Agriculture Biologique on constate que ce sont d’abord les éleveurs laitiers qui franchissent le Rubicon depuis 6 mois La-bio-en-Bretagne-au 30 juin 2016

C’est plutôt réconfortant d’autant que l’alimentation bio que certains pensaient cantonner dans un marché de niche pour bourgeois progressistes maniérés est en train de devenir un créneau porteur, dont le dynamisme commercial réjouit même la grande distribution longtemps réticente.

Puisque j’en suis aux bourgeois progressistes maniérés, il y a cette initiative américaine aux confluents de plusieurs tendances actuelles : manger vegan, lutter contre toutes sortes d’allergie et lutter contre les effets de serre  Ce lait de vache en a le goût mais n’en contient pas

Je n’ai pas tout compris au processus mais peut-être le journaliste lui-même n’a-t-il pas tout compris ce qu’il a lu sur le site des deux expérimentateurs. Peut-être aussi ceux-ci ont-ils été peu explicites sur leur procédé, afin de protéger le secret industriel. Mais de ce que j’ai compris, il reconstitue in vitro le dispositif digestif de ces ruminants. Cela veut donc dire plus de misère animale, ces pauvres mammifères que tous les matins qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige, on martyrise en triturant leurs mamelles avec un outil de torture qu’on appelle trayeuse électrique. Cela veut donc dire aussi réduction des émissions de gaz à effet de serre puisqu’on sait maintenant que ces paisibles ruminants sont responsables de plus de 10% des gaz à effet de serre émis en France, par pet et par rot. Si on rajoute à cela les espaces herbagers ainsi épargnés, ne peut-on pas dire sans conteste qu’il s’agit là d’une importante contribution à l’économie verte ? La réponse illustre bien toute la complexité de cette notion et la difficulté qu’il y a, à partir de bonnes intentions et/ou d’un beau discours d’aboutir à un processus réellement écologique. Dans ce domaine plus que dans d’autres, il convient de se méfier des apprentis sorciers.

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