L’élevage en Afrique : un cas d’école de la mondialisation « heureuse »

Beaucoup en sont persuadés, le XXI° siècle sera celui de l’Afrique au moins autant que celui de l’Asie. De nombreux indices semblent leur donner raison : une démographie dynamique, des ressources naturelles, des coûts de production parmi les plus bas du monde. Il y a cependant quelques points noirs et parmi ceux-ci l’autosuffisance alimentaire. A moins d’une semaine après la journée mondiale de l’alimentation, jetons un coup de projecteur rapide sur deux ou trois aspects de la question à partir du cas particulier de l’élevage.

Beaucoup de régions d’Afrique sont des terres de pastoralisme, cette forme d’élevage particulièrement extensif qui fut longtemps la règle avant que l’être humain enstabule les bêtes à cornes de toutes sortes. Ce système, peu agressif pour l’environnement, présente, du point de vue des économistes orthodoxes quelques graves inconvénients ; il est peu productif et a besoin de beaucoup d’espace pour se perpétuer, sans compter qu’il est très sensible aux aléas climatiques. Mais « heureusement », les choses sont en train de changer et l’élevage sédentaire commence à se développer et cela provoque des mutations et excite les appétits …des industriels français.

Ce sont là les joyeusetés de la mondialisation heureuse. Cela dit tous n’interviennent pas avec le même entrain ni le même appétit.

Tiens ! A propos d’appétit, prenons le cas de ce producteur d’aliment pour bestiaux Neovia parie sur la croissance de l’Afrique

Il a certes des ambitions commerciales très grandes mais il semblerait qu’il ait compris que l’Afrique supporte mal le gigantisme et surtout que les questions de logistique poussent à multiplier les solutions locales plus raisonnables. Résultat : il présente un projet de développement en Afrique plutôt équilibré, fondé sur un chapelet de petites unités. Il manque juste pour que le tableau soit vertueux qu’on nous dise que les aliments pour bestiaux sont produits à partir de cultures locales mais faut quand même pas trop rêver.

A l’opposé, il y a ceci  Mais pourquoi donc produire du lait fermier en Côte d’Ivoire ?

Déjà, le seul fait de se poser la question paraît inconvenant : qu’y a-t-il donc d’incongru que les paysans locaux produisent de quoi nourrir leurs voisins ? N’est-ce pas sous toutes les latitudes la fonction première des paysans ? Sauf peut-être dans la mondialisation « heureuse ». Ensuite l’histoire racontée est édifiante. En effet, cela commence plutôt bien : une entreprise familiale, un marché local, une entreprise à taille humaine mais rapidement cela dérape, car notre éleveur nourri au productivisme made in FNSEA n’a qu’une idée grandir et grandir encore. Son objectif de production, si on le transforme en  têtes de bétail nécessaires, cela donne une « ferme de mille vaches ». Le rêve pour certains qui ont été échaudés par les déboires rencontrés par de tels projets en France. En Afrique la demande est telle dit-on que la contestation ne sera pas forte. Mais ce qui écologiquement peu supportable sous nos climats tempérés le serait-il plus sous l’Equateur ? J’en doute fort. Mais il est vrai que cet article est publié par une fondation, proche de l’actuel patron de la FNSEA, dont l’objectif est d’exporter le modèle de développement de l’agriculture française dans les pays en voie de développement. Avec les mêmes conséquences écologiques, économiques et sociales ?  Notons quand même que si cela se fait et devait se répandre, cela ne cadrerait plus forcément avec le schéma de développement de Neovia, mais est-ce important si l’une n’est pas la cliente de l’autre ?

Tiens dans l’histoire, il y a un absent, l’homme africain, le travailleur, le consommateur, le riverain.

Manifestement pour les tenants de la mondialisation heureuse, l’homme africain n’est pas encore entré dans l’Histoire comme le disait l’autre. Il y a effectivement des choses qu’un Président n’aurait pas dû dire surtout en public.

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