« L’économie verte nous en fait voir de toutes les couleurs. N°1 » oh ! La belle bleue !

J’ai eu l’idée de cette rubrique cet été en lisant une série d’articles qui parlaient tous d’entreprises mettant en avant la dimension écologique ou « développement durable » de leur démarche ou de leurs produits et je me suis dit qu’une analyse un peu fouillée de leurs propos pouvait se révéler intéressante afin de « séparer le bon grain de l’ivraie » comme il est dit dans les évangiles.

Quand j’ai eu l’idée de cette rubrique, je ne pensais pas qu’un industriel m’apporterait un aussi beau titre sur un plateau : l’économie bleue http://www.theblueeconomy.org/
Apparemment la démarche est très vertueuse. Cela dit quand on regarde ce que cela produit, il vaut mieux prendre le tout avec un peu de précaution  car, nous le verrons, tout au long de cette rubrique, que rien n’est tout vert, rien n’est tout noir, puisque de toute façon toute activité humaine a un impact sur son environnement. L’important est de le mesurer pour l’atténuer. Dans le cas présent, regardons ce que cela produit sur une économie locale et sans rentrer dans les détails étudions les points saillants de son passage en Cornouaille bretonne Economie bleue. Gunter Pauli fait dix propositions pour la Cornouaille
Comme je n’étais pas invité à cette présentation, je ne connais pas les dix propositions qui ont été faite ce jour-là mais si on va sur le site de l’économie bleue on peut trouver plus d’une centaine d’exemples dont il a dû extraire ce qui lui semblait correspondre le mieux à sa démarche. Je ne pourrais donc parler que des deux exemples présentés dans cet article, le papier de pierre et l’autonomie énergétique de l’ile de Sein
Remplacer la production de papier à partir du bois par la production à partir de la pierre peut sembler une bonne solution. L’objectif zéro déchet est louable en soi. L’objectif de limitation de la déforestation est louable en soi. Creuser la terre pour en extraire de la pierre mérite par contre qu’on s’y arrête un instant. Certes me direz-vous, la pierre est un des constituants essentiels de notre planète et avant qu’on l’ait épuisé, il fera chaud (c’est le cas de le dire !) Mais justement c’est là où le bât blesse : même si la ressource est apparemment inépuisable  à l’horizon de temps d’une civilisation, elle s’épuise quand même alors que derrière l’objectif « zéro déchet », il n’y a pas que la préoccupation gestionnaire des élus locaux confrontés à l’encombrement de leurs déchetteries, il y a surtout l’idée qu’il ne faut pas épuiser la ressource et qu’utiliser une ressource qui se renouvelle vaut mieux qu’épuiser une ressource qui ne se renouvelle pas rapidement et quand on connaît le cycle de fabrication de la pierre, tout prélèvement est une amputation du patrimoine. Mais cela serait moindre mal si les extractions minières n’avaient aussi des conséquences sur les éco-systèmes , à commencer par les milieux aquatiques souterrains. Là aussi, rien d’irrémédiable mais il vaut mieux l’avoir pris en compte avant de peur de le déplorer après. Alors le papier de pierre pourquoi pas après tout si cela permet de ralentir voire d’inverser le processus de déforestation mais attention pas dans n’importe quelle conditions au risque de faire plus de mal que de bien. Dans cette région de France, le manque de transparence sur d’autres projets miniers a rendu les populations sensibles à ces questions minières.

Produire de l’énergie avec la biomasse des algues l’idée est intéressante mais pas neuve. La question est : est-elle praticable compte tenu de la ressource renouvelable disponible dans un périmètre décent autour de l’ile ? Mais c’est aussi faire fi des initiatives prises par les Sénans eux-mêmes qui n’ont  attendu personne pour se prendre en main et proposer un schéma d’autonomie énergétique fondée sur un mix de ressources disponibles localement et indéfiniment renouvelables (le vent, les courants et le soleil) http://www.atreis.bzh/. Rajouter les algues ? Pourquoi pas mais est-ce bien nécessaire ? Par contre si la biomasse des algues peut produire du méthane, il pourrait être intéressant de voir si les algues vertes qui polluent les plages sur certaines parties du littoral ne peuvent constituer la ressource (non durable j’espère) de petites unités de méthanisation alimentant un périmètre restreint en énergie et en chaleur.

Comme vous le voyez, les idées de l’économie bleue passerait plus facilement le banc d’essai si leur promoteur allait jusqu’au bout du raisonnement écologique qui se fonde quand même sur une analyse systémique de l’ensemble des processus à l’œuvre dans l’écosystème dans lequel intervient le projet.

A défaut, on obtient des raisonnements purement économiques qui, sous couvert d’adhésion aux principes généreux évoqués, aboutissent à des résultats en totale contradiction avec les objectifs énoncés à travers ces principes. Prenez par exemple le discours de cet industriel de l’agroalimentaire. Agroalimentaire. Christian Guyader : « La méthode Pauli me plaît »

Que retient-il  en premier de la démarche ? Cela crée de la valeur car il a analysé la chaîne de création  de la valeur. Et toute la question  est là. Le mot « valeur » est un de ces mots-valises où chacun met ses fantasmes et ses a priori idéologiques. S’il s’agit de valeurs économiques et financières, en tant que chef d’entreprise, il est dans son paradigme à deux dimensions, le temps et l’argent. Par contre si on parle de valeurs morales partagées ou de valeur accordée au patrimoine naturel, on rentre dans  d’autres mondes. Les deux sont-ils compatibles ? Peut-être et c’est justement ce qu’il y a d’intéressant dans cette notion de droit à l’expérimentation que revendique Christian Guyader. Car qui dit expérimentation dit observation et analyse des résultats au fur et à mesure qu’ils sont produits. Or quelle meilleure méthode d’observation qu’un  regard multiple à partir de points de vue très différents. J’ai envie de dire à ces chefs d’entreprise « chiche pour l’expérimentation mais que chacun participe à son observation avec son propre système de valeur et faisons le point à la sortie » et là il a raison ce genre de démarche ne peut se faire qu’à l’échelle territoriale d’un Pays au sens « Pays de Cornouaille » ou « Pays de Morlaix » du terme c’est-à-dire un bassin de vie

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