Finalement les primaires c’est secondaire !

En 2008, le think tank Terra Nova lançait un pavé dans la mare http://tnova.fr/rapports/pour-une-primaire-a-la-francaise  en prônant l’organisation de primaires « à la française » dont le but était bien d’ancrer dans la vie politique française un modèle proche du système américain avec ses avantages et ses inconvénients : présidentialisation du régime, ce qui signifie personnalisation à outrance de la vie politique, bipartisanisme, ce qui signifie constitution de coalitions plus ou moins hétéroclites dont l’objectif principal est la conquête du pouvoir, pas forcément l’exercice de celui-ci au bénéfice de la collectivité. D’un autre côté, pour ceux que ces inconvénients ne rebutent pas, ces primaires auraient l’avantage de légitimer le candidat qui en sortirait vainqueur tout en occupant l’espace médiatique pendant un certain temps. Cela a marché formidablement pour une candidature à gauche en 2011 au point que le même think tank envisagea de systématiser la procédure et de la faire entrer dans un cadre législatif http://tnova.fr/rapports/les-primaires-une-voie-de-modernisation-pour-la-democratie-francaise Hélas pour ce projet, l’animateur du think tank, Olivier Ferrand, disparut début juillet 2012, un mois à peine après avoir été élu à l’Assemblée Nationale et la dynamique s’est cassée. Pourtant l’idée reste puisque beaucoup de partis en parlent et en organisent.

Et pourtant, les Français boudent http://www.ouest-france.fr/elections/presidentielles/primaire-droite/la-primaire-de-la-droite-et-du-centre-ne-passionne-pas-les-foules-4467972 Primaires. Les Français très critiques. Pas besoin de chercher très loin les causes de cette bouderie : comme souvent les appareils politiques français ont réussi à dévoyer un beau projet en un rien de temps, démontrant ainsi que nous avions à la fois la droite la plus bête du monde et la gauche la plus inepte. Je m’explique : l’intérêt d’une primaire c’est d’ouvrir le débat sur le choix d’un candidat, au-delà du cercle partisan. Le vainqueur d’une primaire n’est plus le candidat d’un parti, et donc de son programme, mais le candidat d’un camp, d’une coalition qui s’engage à travailler ensemble le temps d’une mandature.

Or, que se passe-t-il ? La primaire de la droite et du centre, se limite à un duel entre ex-UMP plus le groupuscule démocrate-chrétien. Au PS, se dessine un combat entre chefs de motion auxquels se joignent le groupusculaire PRG et un candidat écologistes ! ex-EELV. La palme revient quand même à ce parti EELV qui organise une « primaire interne » entre 4 candidats dans un parti qui compte moins de 10.000 adhérents.

Quand on regarde de plus près, ce qu’il nomme « primaires », ce n’est rien d’autre que le processus de choix en interne du moins mauvais candidat pour défendre les « thèses du Parti ». C’est ainsi que les écologistes ont de longue date choisi leur candidat ou candidate (Lipietz contre Mamère en 2002, Voynet contre Cochet en 2007, Joly contre Hulot en 2012). Au PS, l’idée « d’écuries présidentielles » est inscrit dans ses gènes depuis Epinay. Et c’est pourquoi les Français boudent car les Français, s’ils aiment la politique passionnément, méprisent profondément les partis politiques car il partage mon avis sur la qualité de notre droite et de notre gauche, dans laquelle ils ont tendance à inclure les écologistes, hélas !

Vu ainsi, la question des primaires devient donc secondaire voire même une perte d’énergie inutile. Mais alors comment choisir le meilleur candidat.  Eh bien regardons un peu ce qui se passe ailleurs. J’ai donc regardé et j’ai trouvé ça : http://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/data/840/reader/reader.html?t=1475166283001#!preferred/1/package/840/pub/841/page/10 Chut, les jésuites élisent leur chef ! « Pouah ! me diront certains, pourquoi aller chercher un modèle démocratique dans une organisation théocratique ? » Prenez deux minutes le temps de lire l’article pour comprendre avant de critiquer. Je n’en retiens qu’une phrase : « …. Il n’y a pas de candidats – Ignace de Loyola, le fondateur de cet ordre religieux en 1540 – détestait l’ambition…. » et un principe, la recherche du consensus. On recherche à travers cela celui qui sera le plus apte, de l’avis de ses pairs, à défendre « les thèses de l’ordre ». Cela ne vous rappelle rien ? Oui mais ne direz-vous, cela peut s’appliquer dans une petite organisation comme l’ordre des Jésuites mais ce n’est pas praticable au niveau d’un parti surtout si on compte les sympathisants. Pas si sûr ! Après tout, il y a plus de jésuites dans le monde (17.000 y compris les novices et assimilés) qu’il n’y eut jamais d’adhérents à EELV et si je m’arrête à ce seul parti, doit-on leur rappeler que la recherche du consensus plutôt que la confrontation et la méfiance vis-à-vis des ambitions personnelles font partie de son cade génétique. A défaut de s’en souvenir, la « primaire interne » risque bien d’apparaître bien secondaire et se révéler très contreproductive.

Question subsidiaire : dans un régime type VI° République, où le parlement retrouverait toute sa place dans le cadre d’une représentation proportionnelle, les primaires aussi vertueuses soient-elles dans leur organisation auraient-elles encore un sens ? Se poser la question c’est déjà y répondre. C’est pourquoi, franchement pour les écologistes mais aussi pour tous les partis qui rêvent d’une VI° République, les primaires, c’est vraiment secondaire !

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