Quelques questions autour du « cas K »

 

Le K en question n’est ni le Kennedy de JFK, ni de Dominique de DSK mais tout simplement ce jeune homme qui, aveuglé par les lumières trop vives de la Finance, a commis un des plus gros dégâts bancaires de ces dernières années. Je veux parler de Jérôme Kerviel.
Bon, son procès a enfin eu lieu et le jugement a été rendu http://www.lesechos.fr/finance-marches/banque-assurances/0211322382543-kerviel-va-devoir-payer-1-million-deuros-a-societe-generale-2029785.php#xtor=EPR-8-%5B18_heures%5D-20160923-%5BProv_%5D-1681742%402 Société générale : Kerviel condamné à payer un million d’euros, au lieu de 4,9 milliards
1.000.000 euros, pour le commun des salariés, c’est une somme exorbitante mais comparé au 4.900.000.000 euros demandés par la banque, ce n’est que roupie de sansonnet. Les juges dans leur grande sagesse ont considéré que la demande de la Société Générale était tellement énorme qu’elle en devenait burlesque. « Kerviel, l’homme qui valait 5 milliards » ça avait l’air d’un mauvais feuilleton américain et dans une certaine mesure c’en était un. Ramené à un million (je mets en toutes lettres car j’en ai marre de taper des zéros à l’infini), le préjudice est déjà plus palpable et comme dit l’avocat de la banque « ça, il peut le payer ! » Il peut lui, mais vous ou moi serions bien en peine de le faire. J’ai fait un rapide calcul : 25 ans de ma pension de retraite n’y suffiraient pas et je ne suis pas le plus mal loti.

Cela dit, qu’est-ce qui a bien pu pousser la Société Générale à réclamer une telle somme, dont elle devait bien se douter que son extravagance en détruisait de facto l’effectivité ? La réponse est dans les commentaires qu’en a faits la presse http://www.ouest-france.fr/faits-divers/affaire-kerviel/affaire-kerviel-bercy-va-reexaminer-la-situation-fiscale-de-la-societe-generale-4511539 Société générale doit-elle rembourser 2,2 milliards à l’Etat? Eh oui, si une telle demande avait été faite, ce n’était que pour des raisons fiscales. En effet, l’idée de la banque avait une lumineuse simplicité : «  Si nous réclamons 5 milliards, c’est que nous avons perdu 5 milliards et si nous avons perdu 5 milliards, il est normal que cela vienne en déduction de nos revenus imposables. » Et c’est ainsi qu’en toute légalité apparente, l’affaire de la Société Générale contre Kerviel a déjà fait au moins une victime : le contribuable français. Mais évidemment ce raisonnement a une faiblesse : si les juges refusent d’admettre la réalité de ce préjudice, et donc en fait reconnaître une part de responsabilité à la banque, la ristourne fiscale risque de tomber et  c’est là où nous en sommes maintenant si j’en crois la presse.

Mais foin de la suite de cette actualité judiciaro-financière. Attachons-nous aux quelques questions que ces péripéties posent.

Première question : Dans quel monde vivent donc ces gens pour penser qu’un jeune homme dans la trentaine est en mesure de sortir ainsi 1 millions d’euros qui représentent quand même près d’un siècle de rémunération d’un smicard ?

Deuxième question : Et quand bien même auraient-ils raison, dans quel monde vivons-nous où un jeune homme dans la trentaine sera capable d’aligner 1 millions d’euros pour payer ses erreurs quand un cadre supérieur de la Fonction Publique ne parviendrait pas à économiser cette somme sur toute sa carrière, même en étant particulièrement économe ?

Troisième question : Quels sont les mécanismes régulateurs mis en place par le ministère des Finances qui permettent qu’une entreprise privée ait pu ainsi récupérer plus de 2 milliards d’euros sur les impôts qu’elle devait alors que d’un autre côté, la traque à l’évasion fiscale, menée pourtant avec diligence par les services du même ministère peine à récupérer un montant équivalent auprès des contribuables trop astucieux ?

Quatrième question ( et qui est au cœur de l’affaire) : à quoi peut bien servir une loi bancaire qui permet que de jeunes cadres sans scrupule, avec semble-t-il l’aval discret ou au moins tacite de leur hiérarchie, puisse mettre en danger un établissement bancaire dont tout le monde s’accorde à dire qu’il représente «un risque systémique » comme on dit dans le jargon issu de la crise financière de 2007-2008 ?

Voilà de quoi nous faire réfléchir en cette rentrée politique bien atone et qui donne un relief particulier à cette déclaration d’un candidat à la présidentielle : « mon ennemi, c’est la finance ! »

Ben tiens, t’avait raison , mon bon !

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