Mieux vaut en rire- rubrique décidément inépuisable- n°123 : la valeur d’une signature

« Dépêchons-nous d’en rire aujourd’hui, de peur d’avoir à en pleurer demain. »Beaumarchais
« L’humour est la politesse du désespoir. » Oscar Wilde
« On peut rire de tout mais pas avec tout le monde. » Pierre Desproges
« Pour ce que rire est le propre de l’homme. » Rabelais

Placés juste l’un en-dessous de l’autre dans le J.O. du 29 juin 2016, voici deux arrêtés dont la juxtaposition laisse rêveur sur la façon dont l’Etat français gère ses participations et sur les procédures qu’il a mis en place pour prendre ces décisions financières.https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000032788454&dateTexte=&categorieLien=id
JORF n°0149 du 28 juin 2016  texte n° 13
Arrêté du 22 juin 2016 autorisant le transfert au secteur privé de la société Canberra France SAS et de la société Canberra Industries Inc.
https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000032788460&dateTexte=&categorieLien=id
JORF n°0149 du 28 juin 2016  texte n° 14
Arrêté du 27 juin 2016 autorisant la cession par l’Etat de sa participation dans la société Airbus DS Holding France SAS

Commençons par le deuxième arrêté. « Cession par l’Etat de sa participation dans Airbus.. ». Bigre me dis-je voilà la grosse affaire et pourquoi donc personne n’en parle ? Après tout Airbus, c’est des milliards de chiffres d’affaires, un coup de pouce fantastique à notre balance commerciale, la réussite de la coopération inter-gouvernementale en Europe et comme ça en catimini, l’Etat va liquider SA participation. Quels cachottiers ils font à Bercy. J’ouvre donc le lien et que lis-je : l’Etat va céder UNE action représentant 0.000001%, soit un dix millionième, du capital de la Holding. Du coup, cela me rassure, la France continue de croire en Airbus mais cela me pose d’autres questions, moins fondamentales peut-être mais qui en dise long sur les lourdeurs de l’administration française. Tout d’abord, notons qu’il a fallu mobiliser la signature de pas moins de 2 ministres et donc de leurs cabinets pour vendre quelque chose qui ne vaut sûrement pas un quart de travail de chacun des huissiers qui ont trimballé les parapheurs dans les couloirs de Bercy. Ensuite, pourquoi ne prendre qu’une seule action ? Peut-être est-ce la condition sine qua non pour avoir accès au CA de la holding mais si la procédure de décision est la même, on a dû déranger encore au moins deux ministres et donc au moins deux cabinets ministériels pour engager une poignée d’euros. Ne serait-il pas plus simple de donner une délégation de signature à un directeur voire un sous-directeur pour engager ainsi l’Etat et ne conserver la signature du ministre pour les gros investissements. Après tout sur des décisions plus importantes, on a vu un seul sous-directeur signer pour trois ministres  simultanément une décision autrement plus contraignante.

Justement à propos de décisions financières importantes, l’arrêté qui venait juste après en apportait la preuve. J’ignorai jusqu’à ce matin l’existence même de la société Canberra. Comme c’était lié à AREVA, j’ai pensé qu’il s’agissait de mines d’uranium en Australie et que progressivement l’entreprise nucléaire française se désengager de ses activités minières. Je connaissais encore moins la société MIRION technologies qui rachetait tout le capital de cette filiale d’AREVA. Comme tout un chacun, je suis donc allé sur Internet pour voir ce dont il s’agissait et voici les liens des sites que j’ai consulté
http://www.canberra.com/fr/presentation/dans-le-monde.asp
https://www.mirion.com/fr/about-us/mirion-management-team/
La mesure des radiations, voilà une activité positive. Pourquoi la laisser partir dans une entreprise dont 90% de l’équipe dirigeante n’est pas française? Et vous avez vu le prix de la cession : entre 310 et 350 millions d’euros. Une entreprise de plus de mille salariés change de propriétaire, c’est une information qui en général fait du bruit dans la presse ; là, rien ou presque.

Si on veut n’en rester qu’au côté plaisant de la chose notons simplement que la signature de deux ministres vaut selon le cas quelques euros ou 350 millions. Et tout cela au nom de la transparence de l’action publique, garantie par la publication au J.O.. On croit rêver.

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