Les prismes journalistiques cas 5 les cars Macron

La star du social-liberalisme ou si vous préférez le socialisme à la sauce libérale ou le libéralisme à couverture socialisante laissera au moins dans l’histoire son nom à un mode de transport : le bus Macron appelé également le car Macron. Ce n’est pas très nouveau mais comme ça emmerde la SNCF, ça réjouit forcément les libéraux pour qui toute société à capitaux publics est par essence une horreur. Voilà donc les bus inter-cités sur les rails si on peut dire. Et on nous promettait monts et merveilles de cette « révolution » du transport qui permet à des jeunes désargentés et des vieux plus très argentés de voyager à faible prix et sans être obsédé par la vitesse [sinon, ils auraient pris un TGV prem’s en prévoyant leur déplacement six mois à l’avance].

L’autorité de régulation des transports vient de faire un premier bilan, huit mois après l’entrée en vigueur de la loi Macron qui permet cette grande avancée « écologique et sociale » et vous ne serez pas surpris d’apprendre que cette nouvelle fut accueillie diversement par la presse

Il y a eu d’abord l’accueil dithyrambique de BFMTV  http://actu.orange.fr/societe/videos/le-succes-des-bus-macron-VID00000026UPc.html Le succès des bus Macron C’est normal puisque BFMTV est à la télévision ce que Les Echos sont à la presse écrite ; les chantres du libéralisme économique. A peine moins élogieuse, une partie de la PQR fait état de bilans en termes d’emplois intéressants http://www.lalsace.fr/actualite/2016/03/22/les-bus-macron-ont-permis-de-creer-900-emplois Les « bus Macron » ont permis de créer 900 emplois. Notons quand même qu’entre les deux articles le bilan des emplois créés a diminué de 400 c’est-à-dire de près d’un tiers.

Et puis, il y a les pessimistes, ceux pour qui cette loi est un échec retentissant avec à leur tête … »la Gazette des Communes », l’organe le plus lu dans les mairies http://www.lagazettedescommunes.com/448461/cars-macron-des-cars-a-moitie-vides-et-encore-peu-demplois/« Cars Macron » : des cars à moitié vides et encore peu d’emplois !

De tels écarts d’appréciation à partir de la lecture du même rapport a de quoi laisser songeur, au point qu’on se demande quels intérêts défend la Gazette à avoir un jugement si définitif.

Hopala ! comme on dirait chez moi, vous allez un peu vite en besogne à tirer de telles conclusions. En effet , après tout cela ne fait que 8 mois que ce système fonctionne et il est peut-être un peu tôt pour tirer des conclusions sur la réussite ou l’échec du système, mais comme tout ce qui touche Macron est tendance, il faut se précipiter car ce n’est pas sûr qu’à la rentrée ou dans deux ans, le jeune et remuant et sémillant ministre de Manuel Valles soit encore à la mode.

Garder du recul, c’est encore une fois Le Monde qui tente de montrer sa pondération avec ce titre http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/03/21/les-autocars-macron-un-marche-encore-naissant_4887155_3234.html Les « autocars Macron », un marché encore naissant d’autant qu’avec un tel titre cela évite de se mouiller un peu trop sur le système lui-même. Cette prudence est d’ailleurs en partie imitée par Le Figaro, qui ose quand même un petit pari sur l’avenir du marché http://www.lefigaro.fr/societes/2016/03/21/20005-20160321ARTFIG00195-les-autocars-macron-un-marche-encore-loin-d-etre-rentable.php Les «autocars Macron», un marché encore loin d’être rentable « Un peu de patience camarades investisseurs, vous devrez attendre avant de rentrer dans vos fonds ! » semble-t-il dire en oubliant que le principal opérateur sur ce nouveau segment, c’est …la SNCF et que celle-ci a un actionnaire principal dont la rentabilité immédiate est le cadet des soucis. Heureusement d’ailleurs, car si on en croit la CGT, en janvier c’était plutôt mal parti http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/12/15/les-cars-macron-auraient-fait-perdre-250-millions-d-euros-a-la-sncf-selon-la-cgt_4832692_3234.html Les cars Macron auraient fait perdre 250 millions d’euros à la SNCF selon la CGT. On comprend que cette centrale syndicale, regardant les comptes par le mauvais bout de la lorgnette se servent de ces premiers chiffres pour jeter le bébé avec l’eau du bain car les cheminots ne veulent pas de ces cars qui vont remettre en cause indirectement leur statut. Du coup, une petite entorse à la logique ne leur fait pas peur. On est heureux qu’ainsi, ils s’inquiètent de la situation financière de leur boîte. Que n’en ont-ils fait autant en déclenchant des grèves qui ont fait perdre bien plus à cette même entreprise. Il n’y a pas que dans le journalisme que l’information est parfois biaisée, au travers d’un prisme déformant.

Ah ! au fait, aucun journal n’a pensé à faire le bilan carbone de ces 8 premiers mois comme quoi cette réforme n’est bien qu’une histoire de gros sous ou de bras de fer entre un monopole d’Etat moribond et des syndicats guère plus en forme et non un élément structurant de la transition écologique dont se gargarise par ailleurs la ministre en charge des transports.

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