Economie bleue : la mer est l’avenir de l’homme, parait-il

Tout homme politique, un peu conscient de la situation de la France dans le monde, est persuadé que son avenir est en mer, mais qu’elle a aussi une responsabilité planétaire à cet égard.
En effet, de Mélenchon à Le Pen, ils et elles disent tou-te-s que la France a le deuxième domaine maritime après les Etas-Unis, qu’elle dispose de la façade maritime la plus étendue d’Europe et qu’elle dispose du 2° plus gros potentiel en matière d’énergies renouvelables d’origine maritime.
C’est pourquoi l’annonce du dépôt d’une proposition de loi sur le développement de l’économie bleue pouvait susciter de l’intérêt d’autant que ce député venait d’être l’auteur d’un rapport décoiffant « oser la mer ». Las, au fil des débats et des navettes entre les deux chambres, il ne reste plus grand chose de la belle ambition. Il faut dire que tous les lobbies se sont mis à l’œuvre pour faire valoir leur point de vue. Les armateurs, au nom de la compétitivité mondiale, demandaient, « au moins » l’exonération des charges sociales, oubliant d’ailleurs au passage que le premier régime d’assurance sociale au monde fut celui des gens de mer instauré sous Louis XIV et qu’il s’agit là d’un marqueur social fort. Ils demandaient d’autres gâteries. Les régions voulaient avoir la maîtrise de leurs ports. Les associations de défense de l’environnement voulaient que la France assume, au moins sur son domaine maritime, toutes ses responsabilités en matière de  préservation de la biodiversité et des écosystèmes marins. Et j’en oublie sûrement car si on considère que l’économie bleue c’est l’ensemble des activités humaines susceptibles de générer des biens ou des services permettant d’améliorer le bien-être global des humains, le spectre de ces activités est vaste : tout ce qui va sur mer, les bateaux et tous leurs usages, les endroits où ces marchandises arrivent, les ports et terminaux portuaires et leurs arrières-pays, les ressources animales, végétales et minérales qu’on peut tirer de sa surface, de dessous sa surface, du fond de la mer. Le résultat n’est pas hélas pas à la hauteur et compte tenu du pouvoir de conviction de ces différents lobbys, on devine
* lesquels ont gagné. Entre l’impératif de compétitivité et l’ardente obligation de préservation de la biosphère, les parlementaires ont choisi des intérêts immédiats et électoralement vendables, pensent-ils http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/06/07/la-proposition-de-loi-sur-l-economie-bleue-definitivement-adoptee_4941565_823448.html La proposition de loi sur « l’économie bleue » définitivement adoptée
*et lesquels ressortent un peu déçu de cet épisode riche de désillusions tout en masquant leur déception sous un emballage d’avancées réelles dans le domaine de la réglementation, car il ne faut jamais être trop critique avec les gouvernants quels qu’ils soient au risque de paraître « extrémistes irresponsables » http://www.fne.asso.fr/communiques/loi-%C3%A9conomie-bleue-quel-bilan Loi économie bleue : quel bilan ?
Sur ce point au moins Mr Mélenchon avait raison : il ne fallait pas faire confiance à Mr Hollande pour avoir des ambitions pour la mer. Et pourtant tous les jours des occasions existent de montrer que la mer est l’avenir de la France, à défaut d’être celui de l’homme. Prenons deux exemples dans l’actualité récente. Quand les Etats se mettent d’accord, de belles choses peuvent être faites http://www.actu-environnement.com/ae/news/neuf-pays-mer-nord-eolien-mer-cooperation-europe-26953.php4#xtor=ES-6 UE : neuf pays dont la France s’engagent à développer l’éolien en mer du Nord
Et parfois les scientifiques sont là pour nous rappeler que des grands enjeux écologiques peuvent se nicher dans des territoires apparemment anodins http://www.lemarin.fr/secteurs-activites/environnement/25507-restaurer-les-nourriceries-challenge-majeur-pour-la-pecheRestaurer les nourriceries, un challenge majeur pour la pêcheEt puisque on en est à remplir les lois d’amendements plus ou moins utiles, introduire dans la loi « biodiversité » quelque chose sur la protection de ses zones apparemment vitales pour le maintien du potentiel de nos pêcheries artisanales pourrait être bienvenu. Cela tombe bien la ministre qui porte ce texte est une écologiste et son texte en est arrivé au même point de procédure que le texte sur l’économie bleue il y a 15 jours. Une occasion de montrer qu’avoir de l’ambition pour une économie bleue, ce n’est pas que des cadeaux aux armateurs et aux autorités portuaires. Ce serait la moindre des choses.

Cela dit, depuis la violente diatribe de Mr Mélenchon contre l’inaction du gouvernement en matière d’économie de la mer
http://www.lefigaro.fr/vox/economie/2015/06/23/31007-20150623ARTFIG00195-jean-luc-melenchon-la-mer-est-l-avenir-de-la-france.php Jean-Luc Mélenchon : la mer est l’avenir de la France, de nombreuses initiatives ont été prises par les pouvoirs publics, via notamment les programmes de recherche financés par les « investissements d’avenir », tant pour ce qui concerne le développement des énergies maritimes que pour la conception de navires plus écologiques. Compte tenu du retard pris, il va quand même s’armer de patience. Mais ne nous en faisons pas, « cela va mieux » !

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