TAFTA : les manipulateurs ne font pas dans la dentelle.

Certains pensaient que les fuites  organisées par Greenpeace Pays-Bas avaient mis du plomb dans l’aile des négociations, jusque là secrètes, entre les Etats-Unis et la Commission Européenne, représentant unique et exclusif des 27 Etats de l’Union. http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/05/02/ou-en-est-le-projet-de-libre-echange-transatlantique_4911922_3234.html Où en est le projet de libre-échange transatlantique ?

Compte tenu des reproches faits sur le secret de la négociation et sur certaines clauses jugées exorbitantes, on aurait pu le croire. Mais ceux qui connaissent un peu le dessous des cartes, car le secret n’est pas le même pour tout le monde, ont une opinion un peu différente http://www.euractiv.fr/section/agriculture-alimentation/interview/trade-expert-ttip-leaks-have-been-a-gift-for-the-deal/?nl_ref=13342275Les fuites sur le TTIP pourraient bénéficier au traité

Certes, celui qui professe cette opinion n’est manifestement pas un farouche opposant à ce traité-gigogne mais tout de même, il est intéressant de s’attarder un instant sur les arguments qu’il avance. De façon très subtile, en affirmant que ces fuites sont utiles, il instille deux ou trois fausses évidences, histoire de faire baisser un peu la garde des opinions publiques, sur le ton « Vous voyez bien, ce n‘était pas vraiment la peine de s’en faire une montagne de ce secret des négociations, puisque, en fin de compte, tout ce dont vous avez peur, le bœuf aux hormones ou l’abaissement des normes est déjà peu ou prou, mis en œuvre dans le cadre des traités actuels. Finalement, beaucoup de bruit pour rien ! » Voilà le premier contre-feu est allumé et Greenpeace PB  aura un peu joué le rôle de l’idiot utile dans cet opéra bouffe. Reste quand même un point dur : les tribunaux privés et c’est, entre autres, l’un des points d’achoppement dans la négociation qui pourrait justifier le soudain raidissement de la position française http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/05/03/tafta-pour-matthias-fekl-l-arret-des-negociations-est-l-option-la-plus-probable_4912577_3234.html Hollande : « La France, à ce stade » des négociations « dit non » au Tafta

Belle et mâle déclaration de notre «Moi Président » histoire de bien montrer que la France ne cédera rien de ce qui est essentiel, et en premier sa souveraineté, face aux multinationales. Mais c’est oublié un peu vite que des entreprises du CAC 40, donc françaises par convention puisque cotées à la Bourse de Paris même si ça fait belle lurette que leur capital est mondialisé, ont  utilisé cette arme du tribunal privé pour faire plier des Etats dont la législation devient trop anti-business. C’est surtout oublié ceci http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/05/19/la-france-promeut-l-arbitrage-prive-du-tafta-au-sein-meme-de-l-europe_4921900_4355770.html La France promeut l’arbitrage privé du Tafta au sein même de l’Europe

Ainsi, certains Etats peuvent à la fois dénoncer l’impérialisme des multinationales américaines dans le TAFTA et le promouvoir lorsqu’il s’agit de « leurs » entreprises dans leurs relations avec « leurs » nouveaux partenaires au sein de l’Union Euopéenne. Finalement, on est toujours l’impérialiste de quelqu’un. En tout cas, voilà une petite révélation qui va décrédibiliser un peu plus ceux qui, de l’intérieur, demande à la Commission plus de fermeté dans les négociations. A ce stade des relations entre l’Europe et les Etats-Unis, il y a manifestement manipulations à tous les étages. Ceci devrait renforcer notre opposition à ce traité et nous inciter à regarder de plus près comment, chez nous, les grands groupes européens s’y prennent pour imposer leurs règles, celles-là même dont ils dénoncent, via des médias et certains dirigeants politiques, l’application à la sauce états-unienne. En effet, vu la mondialisation de la détention du capital des entreprises, la « nationalité » d’une entreprise peut changer au gré des fusions et acquisitions. Ainsi si une entreprise « allemande » de la chimie devenait propriétaire d’une entreprise « américaine » de la chimie et de la production de semences génétiquement modifiées, elle pourrait se retourner contre tout Etat de l’Union qui refuserait l’utilisation de certains de ses produits pour cause de dangerosité, sans compter qu’un  Etat-Membre pourrait alors être enclin à défendre plus âprement les intérêts d’une de « ses » entreprises. Cela s’est déjà vu.

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