De l’intérieur du parti, petite ballade dans le territoire des désillusions

Avertissement : ce billet a été écrit suite à la publication du livre de Cécile Duflot mais non publié pour ne pas « nuire au parti » EELV.

Que ne nous a-t-on pas vanté pour nous convaincre de soutenir le candidat Hollande. Certes, ce n’était pas l’élu du cœur de la Secrétaire Nationale, mais enfin, comme chacun sait, on ne fait pas de la politique avec des hommes mais avec des idées et des appareils politiques.

En décembre 2011, nous voilà donc pacsé avec le PS…et le PRG pour le meilleur et pour….. 5 ans. Et dans la corbeille de la mariée (je crois qu’on doit dire comme ça même s’il s’agit d’une union plutôt libre), il y avait un groupe parlementaire à l’Assemblée Nationale et un groupe parlementaire au Sénat. Il y avait surtout deux maroquins ministériels. Certes, la principale intéressée n’aura pas l’environnement, comme Voynet, encore moins un grand ministère de l’écologie comme l’avait inauguré Alain Juppé avant que Borloo lui donne une vraie dimension politique (ce qui ne veut pas dire que cette politique était bonne). Elle doit se contenter, si on peut dire, du logement, comme Christine Boutin, et de l’égalité des territoires, alors que Dominique Voynet avait eu l’aménagement du territoire.

Mais enfin, il ne fallait pas bouder son plaisir, c’était quand même un beau ministère, pas un strapontin, où les écologistes avaient des tas de choses à dire et surtout à faire, car quand on entre dans un gouvernement, ce n’est plus pour exercer le magistère de la parole mais bien pour gouverner, c’est-à-dire agir, faire des choix, organiser le futur de ses concitoyens.

Le logement, quel beau sujet pour une écologiste, qui plus est pétrie d’urbanisme. En effet, le logement, et notamment le logement social et l’urbanisme, c’est son métier. On allait donc voir ce qu’on allait voir. Le programme du parti est en effet riche en la matière : la rénovation thermique du bâti ancien, l’éco-conception des logements, la lutte contre l’étalement urbain, etc… pour le volet purement écologique, la lutte contre les loyers chers et le développement du logement social, etc… pour le volet social. Et en prime, il y avait un discours fort et audible au-delà du cercle de ceux qui croient à la transition écologique : ce programme d’investissement est bon pour l’emploi (des emplois non délocalisables) et bon pour la balance commerciale (moins d’importation de produits énergétiques fossiles à terme).

Résultat :

  1. une première loi Duflot, qui est une moralisation des lois Scellier et antécédentes, donc une loi qui crée ou perpétue des niches fiscales. Pas très malin en cette période de pénurie budgétaire et alors que son collègue écologiste au gouvernement et d’autres, au sein du parti mais aussi à l’aile gauche du grand allié, ne cessent de dénoncer ces niches fiscales qui faussent l’égalité devant l’impôt.
  2. Une deuxième loi, ALUR, qui a eu du mal à émerger au Parlement et qui est tellement mal foutue, que même s’ils le voulaient les services auront du mal à pondre des textes réglementaires d’application. Gouverner, c’est agir, c’est être au cœur du dispositif pour faire bouger les choses mais encore faut-il
  3. Des statistiques de mises en chantier de logements nouveaux et notamment d’HLM au plus bas depuis longtemps. Dans les premiers mois, on pouvait imputer cela à la gestion calamiteuse d’un Apparu ou d’une Boutin mais au bout de 22 mois, cela devient plus difficile, surtout que depuis la démission de celle-ci, les chiffres n’ont fait qu’empirer. Que l’actuel Premier Ministre en tire argument pour dire que cela explique que la croissance est en berne. Et chacun sait que « quand le bâtiment va, tout va. », l’inverse est vraisemblablement vrai aussi.

Avec un bilan pareil, difficile ensuite d’aller devant la gauche de la gauche expliquer qu’on a combattu la spéculation immobilière, difficile d’aller devant le mouvement social et expliquer qu’on combattu le mal-logement des plus défavorisés, difficile surtout de dire qu’on a fait avancer la transition écologique dans un secteur pour lequel les écologistes avaient élaboré le plus de propositions qui n’appartenaient qu’à eux.

Avec un tel bilan, facile de dire que c’est la faute aux lobbys, facile de dire que c’est la faute à la haute administration, facile de dire que c’est la faute aux chefs de l’exécutif. Facile mais difficilement tenable :

* les lobbys, existaient avant 2012, ils existeront après 2017 et les écologistes se sont faits une spécialité de les affronter DE FACE,

* haute administration, pour faire rapide, les corps d’ingénieur de l’Etat, fait partie du deal. Gouverner, c’est aussi transiger et convaincre et surtout nouer des alliances, y compris dans ses propres services : tous les ingénieurs généraux ne sont pas des obtus « ce n’est pas possible, madame la ministre »

*l’opposition de l’exécutif n’a pas toujours été si forte ou alors les journalistes mentaient quand ils parlaient de la « chouchou  du président » et quand bien même cela ne serait qu’un canard, ne pas avoir les moyens de sa politique n’est pas rédhibitoire. La deuxième ministre de l’écologie du gouvernement, socialiste elle, a montré qu’on pouvait en faire une arme politique en claquant la porte, TOUT DE SUITE.

Mais il y avait l’autre volet du maroquin ; l’égalité des territoires. Les territoires, voilà un autre domaine réservé des écologistes qui s’ils pensent global agissent toujours local et dont l’attachement aux territoires est viscéral. Alors, parlez ! Défendre l’égalité des territoires face aux appétits monopolistiques de grands élus qui vivent et agissent déjà dans le « global », voilà un beau défi pour une ministre écologiste. Surtout que ce profilait à l’horizon du quinquennat la grande réforme de notre président,  remise à plat du « mille feuilles territorial », surtout que ce dossier était porté par une grande copine le bras droit de celle avec qui elle avait négocié le contrat d’alliance, celle qu’elle aurait voulu voir présidente.

Las ! Il a fallu déchanter. Certes, les premiers textes proposés à la réforme étaient flous et comme dirait la susnommée « quand c’est flou, il y a un loup ! » mais quand même accepter sans regimber que le premier texte adopté s’appelle  loi MAPAM, c’est-à-dire « modernisation de l’action publique et d’affirmation des métropoles » quand justement le fait métropolitain est la consécration de l’inégalité des territoires, c’est déposer les armes en rase campagne et par la suite, tant sur l’affirmation du fait régional que sur la suppression des départements, deux propositions qui font partie du patrimoine génétique des écologistes depuis leurs premiers programmes politiques ou peu s’en faut, le silence de la ministre des territoires fut plus assourdissant que ces déclarations fracassantes sur les faits de société. Sur l’égalité du territoire, tout le monde est d’accord qu’elle concerne aussi bien les banlieues des villes que les zones rurales éloignées de ces villes et qu’une politique d’égalité des territoires passe nécessairement par la prise en compte SIMULTANEE de ces deux faits. Pour autant fallait-il créer un commissariat général à l’égalité des territoires pour fusionner la DATAR, le CIV et l’ACSé. En la matière, la ministre s’est fait forcer la main par les technocrates de haut vol de son ministère mais aussi de Bercy qui lui ont imposé une « rationalisation de l’organisation des services » qui fleure bon la RGPP et la RéATE, chères aux « modernisateurs » du quinquennat précédent.

 

Face à un tel bilan, alors oui, il y a « désillusion » mais ce n’est pas celle que dénonce la principale intéressée. La désillusion ne concerne pas qu’elle, elle ne concerne pas non plus le grand allié car pour qu’il y ait désillusion, encore eut-il fallu que nous nous fassions des illusions. La désillusion est plus collective : elle met en évidence notre incapacité à prendre à bras le corps la question d’une participation à un gouvernement car aucune courroie de transmission ne semble avoir fonctionné correctement : entre les cabinets et le parti, entre les cabinets et les élus, mais aussi entre les élus et le parti mais surtout entre ces trois-là et l’appareil administratif. Il faut bien se rendre à l’évidence, si désillusion il y a, elle est là : nous ne sommes pas encore un parti de gouvernement. Et si dans un futur, proche ou éloigné, nous envisageons de revenir dans un gouvernement, il parait évident que ce sont ces points-là qu’il faut travailler…entre autres, c’est-à-dire après la question du programme politique, des alliances, du contenu des accords électoraux et/ou de gouvernement. Mais ceci est une autre histoire.

PS : ma réflexion se veut politique et non polémique, c’est pourquoi je m’abstiens de m’exprimer sur la méthode de communication de celle-ci.

Publicités
Cet article a été publié dans COUPD'GUEULE. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour De l’intérieur du parti, petite ballade dans le territoire des désillusions

  1. NOM dit :

    Balade avec un seul « l ». A ne pas confondre avec la forme poétique intitulée « ballade ». Merci.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s