Le mentir vrai des médias

C’est bien connu, la presse ne ment jamais, ou alors très rarement et plus par manque de vigilance que par excès de zèle. Du moins, j’aime à le croire, sinon cela ne servirait à rien que je parte d’articles de presse pour développer ma réflexion sur le monde tel qu’il va plus ou moins bien.  C’est bien connu aussi, tout l’art du journaliste ou plutôt de son rédacteur en chef est dans le titre, suffisamment accrocheur pour attirer l’attention, suffisamment fort pour marquer les esprits, au point parfois d’oublier le contenu de l’article proprement dit. Certains quotidiens se sont fait la spécialité de dire une chose dans le titre (tout le monde retient) et une autre dans le corps de l’article (qu’une personne sur deux aura lu et qu’un lecteur sur deux aura retenu). Prenons cet exemple : http://www.ouest-france.fr/sante/pesticides-le-risque-cancerogene-du-glyphosate-juge-peu-probable-4233245 Pesticides. Le risque cancérogène du glyphosate jugé « peu probable »

Que comprenez-vous ? Comme beaucoup vous en conclurez que le glyphosate, c’est-à-dire le Ro…up sous son nom commercial n’est probablement pas dangereux, donc pourquoi irait-on l’interdire? Mais si vous lisez un peu plus l’article, vous y verrez que les choses ne sont pas si simples et d’ailleurs, le journaliste qui, apparemment, fait bien son boulot présente trois études qui apportent des réponses contradictoires, du moins en apparence. En effet, si on en reste à ce seul produit, il présente trois risques potentiels : pour les utilisateurs lors de sa pulvérisation, pour les consommateurs lors de l’ingestion d’aliments issus de plantes traités avec ce produit et enfin pour la biodiversité ambiante. De ce troisième risque, aucune des trois études ne traite évidemment car il s’agit de santé publique et d’alimentation. Mais là où ça se complique c’est qu’alors que la première étude de l’OMS, qui concluait à un risque probable, s’intéressait plutôt aux utilisateurs, qui sont exposés à des doses parfois très élevées, la seconde étude de l’OMS et celle de la FAO semblent ne s’intéresser qu’à la consommation des produits traités au glyphosate. Evidemment les doses sont moins fortes et donc à faible dose le produit est « peu probablement » cancérogène. Qu’en termes inélégants ces choses-là sont non-dites ! Notez qu’à très faible dose, beaucoup de poisons ne sont pas mortel. Il s’est même trouvé un roi d’Asie Mineure pour s’en faire servir tous les matins afin de n’en point mourir mais il n’est pas sûr que la mithridatisation fonctionne également avec les pesticides modernes. En tout cas, je n’en prendrais pas le risque. Car risque il y a bien.

Ce risque n’est donc peut-être pas pour vous qui mangez des fruits et légumes traités, encore que là je reste dubitatif sur ce genre d’études quand on sait par ailleurs que les résidus de pesticides sont encore mal mesurés dans les produits que nous mangeons et qu’en la matière nous en apprenons tous les jours un peu plus sur l’imprégnation croissante de nos aliments les plus courants.

Mais ce risque est déjà plus avéré  pour vous qui, après avoir bien ingurgité votre petit cocktail chimique, décidez de digérer en jardinant et en commençant naturellement, si on peut dire, par désherber avec votre herbicide favori et je ne parle même pas de celui qui deux ou trois fois dans l’année va passer ses rampes vaporisatrises sur les dizaines d’hectares de son exploitation, étant ainsi exposé pendant de longues heures aux vapeurs herbicides.

Cela aurait peut-être mérité d’être plus clairement dit par cet article. Mais là ne doit pas s’arrêter notre raisonnement. En effet, l’enjeu autour de ces études contradictoires est bien l’interdiction ou non du glyphosate dans toute l’Europe. Or s’il y a un doute, le principe de ^précaution doit être appliqué. En effet, l’article 5 de la Charte de l’Environnement, qui a, en France, valeur constitutionnelle dit ceci : Article 5. Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d’attributions, à la mise en oeuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage.

L’incertitude scientifique est patente, le risque possible ; dès lors il serait plus logique de prononcer l’interdiction du produit et non, à l’inverse, prolonger l’autorisation, un peu comme si les Etats européens nous prenez pour des rats de laboratoire sur lesquels on devrait poursuivre l’étude des effets du produit. Mais comme l’opinion publique est composée plus de mangeurs de fruits et de légumes que de jardiniers ou d’exploitants agricoles, peut-être est-il préférable d’utiliser l’opinion publique contre les autorités publiques, ici le Conseil Européen, en affichant en gros que « le risque cancérigène est peu probable » quitte à dire des choses différentes en plus petits caractères. Lire la presse est une vraie gymnastique de l’esprit!

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Un commentaire pour Le mentir vrai des médias

  1. moreau dit :

    Bonjour
    Deux remarques
    La première : Il est certain qu’on ne peut comparer des choses qui ne sont pas comparables, sinon le jugement est irrecevable….Les utilisateurs de pesticides sont bien plus exposés, même en prenant les précautions recommandées, que les consommateurs de produits traités plus ou moins longtemps apparemment, y compris pour les mésusages effectués ou non en connaissance de cause.
    La deuxième : Au delà de la sacrosainte biodiversité, les herbicides sont un poison pour les productions végétales et condamnent l’agriculture mondiale à une mort lente mais bien programmée
    La santé humaine à court terme est certainement à prendre en considération, mais elle occulte le vrai problème et empêche de prendre les décisions indispensables.
    JPHM

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