Transition énergétique et transactions énergiques

Le 25 avril dernier la ministre de l’environnement, de l’énergie et de la mer lançait la conférence environnementale qui devait marquer que ce gouvernement est bien, comme l’a affirmé le premier ministre, le gouvernement le plus écologique que la France ait connu :  http://www.ouest-france.fr/environnement/segolene-royal-lance-la-conference-environnementale-4186027 Ségolène Royal lance la conférence environnementale

Evidemment ce type de grands messes gouvernementales, où ce qu’on appelle « la société civile » est invitée avec parcimonie et selon des listings soigneusement expurgés, sert surtout la communication du gouvernement et permet accessoirement à quelques ONG de pousser certains dossiers. Cette édition n’a pas failli à la règle puisque le Premier ministre a fait un discours de……. Premier ministre  en défendant essentiellement trois dossiers de son gouvernement dont deux sont la mise en musique de politiques communautaires et concernent essentiellement les entreprises et la troisième qui n’est qu’une réponse d’attente à de vraies questions posées par des ONG qui oeuvrent de longue date pour une meilleure prise en compte des questions de santé liées à la détérioration de notre environnement  http://www.actu-environnement.com/ae/news/conference-environnementale-manuel-valls-bilan-prix-carbone-loi-transports-sante-26683.php4#xtor=ES-6 Conférence environnementale : le gouvernement défend son action De leur côté, les observateurs avertis ont vu lors de cette conférence la prise en compte de quatre sujets liés, parait-il, à la défense de l’environnement http://www.actu-environnement.com/ae/news/conference-environnementale-2016-chantiers-open-data-artificialisation-sols-normalisation-marches-publics-26684.php4#xtor=ES-6 Les quatre grands chantiers relancés par la conférence environnementale de 2016. Vous ne serez pas surpris de constater que ces deux listes n’ont aucun point commun. Est-ce à dire que lors de ces deux jours, on a assisté à un dialogue de sourds ? Ce n’est pas sûr mais cela laisse quand même planer un doute sur l’efficacité de ce genre de grandes messes. Mais peut-être tout cela est-il résumé dans l’interrogation que porte cet articlehttp://www.ouest-france.fr/environnement/climat/conference-environnementale-vraie-transition-ou-transactions-4187088 Conférence environnementale. Vraie transition ou transactions ?

Eh oui ! il s’agit en fait de cela car s’il y a autour de la table tous les services de l’Etat, les grandes ONG environnementalistes, il y a aussi directement ou indirectement les représentants de l’industrie, les uns pour promouvoir des filières d’avenir, les autres pour éviter de se faire couper les ailes pour cause de lèse-environnement. Ce n’est pas nouveau et c’est d’ailleurs plutôt sain que cela se passe ainsi plutôt que dans les couloirs feutrés des antichambres ministériels ou les « diners en ville » et autres « colloques d’information ». Mais cela fait-il pour autant avancer les choses ?

Voyons cela à travers un cas précis : la politique énergétique de la France. La ministre aurait bien aimé présenter lors de cette conférence environnementale les grandes lignes  de la programmation pluriannuelle de l’énergie. Hélas, le document n’était pas prêt. Techniquement, il devait l’être bien sûr et on peut faire confiance pour cela aux bataillons d’ingénieurs qui peuplent la Direction de l’Energie mais politiquement ce devait être une autre paire de manche puisque la politique énergétique met en cause des intérêts industriels et financiers considérables. Donc à défaut, la ministre s’est contenté de fixer les objectifs en matière d’énergies renouvelables, là où pense-t-elle le consensus est le plus grand. http://www.actu-environnement.com/ae/news/gouvernement-fixe-objectifs-developpement-energies-renouvelables-2023-ppi-26680.php4#xtor=ES-6

Le Gouvernement fixe les objectifs de développement des énergies renouvelables pour 2023

L’effet d’annonce est intéressant mais comment peut-on affirmer que les énergies renouvelables atteindront 32% de la production énergétique de la France en 2030 quand d’une part la programmation de ces énergies s’étend de 2018 à 2023 et que d’autre part, on n’a pas encore fixé comment vont évoluer les autres sources d’énergie ? Car il peut s’en passer des choses entre 2023 et 2030 et c’est si loin ! et puis 32% de quoi si en l’absence de programmation annuelle, on ne sait pas quel devrait être le niveau de production et de consommation d’énergie et si on omet de préciser comment vont évoluer les autres sources d’énergie. C’est peut-être d’ailleurs sur ces deux points que l’accord achoppe mais j’y reviendrai plus loin. Pour l’instant focalisons-nous sur ce que nous connaissons c’est à dire la programmation des énergies renouvelables Voici le lien vers l’arrêté publié en pleine conférence environnementale https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000032452174&dateTexte=&categorieLien=idArrêté du 24 avril 2016 relatif aux objectifs de développement des énergies renouvelables. Comme souvent avec les textes qui sortent du ministère de l’énergie, de l’environnement et de la mer, cet arrêté est bourré de tableaux de chiffres que je vais essayer de vous décrypter en se limitant aux plus grandes rubriques

Pour l’éolien terrestre, la programmation est la suivante : sur une base de 15.000 MW installés en 2018, l’objectif fixé oscille entre 21.800 et 26.000 soit une progression sur 5 ans variant entre 45 et 75 % ou si vous préférez une progression annuelle comprise entre 8 et 12%

Pour ce qui concerne le photovoltaïque, la programmation est tout aussi ambitieuse puisque sur la base d’une puissance installée de 10.200 en 2018, l’objectif est dans la fourchette 18.200 et 20.200 soit une progression sur la période entre 75% et 100% ou si vous préférez en rythme annuel, une progression comprise entre 12% et 15%.

La principale source actuelle d’énergie renouvelable restera l’hydroélectricité mais compte tenu du niveau d’équipement déjà atteint les perspectives d’évolution sont faibles 25.300 MW installés en 2018, entre 25.800 et 26.050 en 2023.

Par contre l’éolien en mer va exploser. Il faut dire que partant de rien, on ne peut que progresser mais là la progression est foudroyante : 500 MW en 2018 mais entre 3.000 et 9.500 MW en 2023. Il est vrai que la marge d’erreur potentielle est grande.

Globalement et si on rajoute toutes les autres petites sources (bois-énergie, géothermie, hydrolienne, éoliennes flottantes, méthanisation) on arrive à des totaux significatifs : 51.685 MW de puissance installée en 2018 et entre 70.000 et 83.000 en 2023 soit des taux de progression sur 5 ans compris entre 35% et 60% Et si on retire l’hydro-électricité, les chiffres sont respectivement 26.385 MW, entre 44.200 et 57.000 pour un taux de progression variant entre 67% et 116%. L’effort est effectivement appréciable.

MAIS, car il y a un mais et même deux. Il ne vous a pas échappé que la programmation est faite sur la période 2018-2023 soit sur le prochain quinquennat. Qui sera aux commandes sur cette période ? Et puis surtout, pourquoi prendre comme base de départ 2018 et non pas 2015 ? En se référant aux dernières données ministérielles publiées, on comprend mieux pourquoi. En effet, pour se limiter aux seules énergies renouvelables suivies continument par le service statistique de l’environnement, on a les chiffres suivants : la puissance installée au troisième trimestre 2015 était, pour l’éolien terrestre de 10.013 MW et pour le photovoltaïque de 6.400MW. Indubitablement, cela veut dire de façon implicite que sur ces deux sources d’énergie, la ministre table sur une croissance de 50% en trois pour la première et 60%, soit quand même des taux de croissance annuel entre 15 et 17%. Pourquoi ne pas dire alors que sur les trois prochaines années, pour ces deux sources d’énergie au moins, l’effort va être encore plus grand que pendant les 5 années suivantes, d’autant que compte tenu des délais actuels d’instruction des dossiers administratifs et de mise en œuvre des projets jusqu’à leur raccordement au réseau, il est vraisemblable que ces projets sont déjà connus ? Modestie inhabituelle ou manipulation des chiffres ?

Toujours est-il qu’autour de cette conférence environnementale, il y a eu de sérieuses batailles de communiqués. Mettre en avant un volontarisme de façade sur les énergies propres d’une main permettait de taper sur les doigts des anti-nucléaires de l’autre :http://www.ouest-france.fr/environnement/nucleaire/segolene-royal-fustige-les-ideologues-anti-nucleaires-4186170

Ségolène Royal fustige les « idéologues anti-nucléaires »

Mais pour certains, ces annonces très optimistes n’apparaissaient pas suffisantes puisque des industriels affichaient dans le même temps des ambitions encore plus grandes http://www.lagazettedescommunes.com/438932/biomethane-le-nouvel-or-noir-des-territoires-en-2030/?utm_source=quotidien&utm_medium=Email&utm_campaign=26-04-2016-quotidien

Biométhane : le nouvel or noir des territoires … en 2030 ?

Mais ici, il ne s’agit plus de petits opérateurs en recherche de reconnaissance mais de grands groupes qui depuis longtemps vivent dans le sillage des collectivités territoriales, et que pour eux ce n’est qu’une autre façon de traiter les déchets, sauf que… elle n’est pas aussi propre que le laisse entendre le nom dont ils ont affublés leur produit, un peu comme les soi-disant « biocarburants » qui n’ont pas grand-chose d’écologique. Quand je vous disais que politiquement la programmation pluriannuelle de l’énergie n’était pas bouclée. Ces deux exemples montrent que nous sommes encore dans la transaction musclée.

Mais peut-être qu’au bout, nous aurons un début de transition énergétique. J’en rêve.

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