L’écologie et le progrès

Pour beaucoup écologie rime avec décroissance ou même pire avec régression vers le passé. Ceux qui pensent ainsi ont évidemment une vision bien arrêtée de ce qu’est l’écologie, qu’ils réduisent à la défense de l’environnement et à l’abandon de toutes les technologies qui au cours des 150 dernières années ont multiplié de façon exponentielle, les capacités de l’humanité à modifier, pour le meilleur, un peu, et pour le pire, beaucoup, son environnement. Cette vision est naturellement partielle donc fausse. Ce serait faire de l’écologie l’antithèse du progrès. Or dans la réalité, quand on y regarde bien c’est exactement l’inverse qui risque de se passer. En effet, si on analyse les perspectives de notre planète et notamment les projections démographiques, dont on sait qu’elles sont aussi peu manoeuvrantes qu’un super tanker en pleine charge, vouloir limiter et a fortiori réduire l’empreinte globale de l’activité humaine sur les ressources naturelles, à technologie comparable, se traduit inéluctablement par une réduction de la production de biens et services dans une proportion inversement proportionnelle à la croissance de la population. Et si on ajoute à cela une exigence de justice sociale, et c’est la moindre des choses si on considère que l’écologie est de gauche, forcément de gauche, cela veut dire répartir différemment ces biens et services entre les 20% les mieux lotis actuellement et les 80% restant. Nul n’est besoin de faire de longs développements mathématiques pour comprendre que cela se traduit naturellement par une diminution des biens et services disponibles par tête de pipe dans la fraction la plus favorisée de la population. C’est ce que communément, on appelle, pour mieux la décrier la décroissance.

Je me garderai bien de me lancer dans un débat sur le bien-fondé de cette vision de la décroissance comparée à la vision qu’en ont les décroissants philosophiquement engagés dans cette voie, car tel n’est pas mon propos aujourd’hui.

Je me contenterai simplement de constater que le raisonnement qui m’a permis d’aboutir à cette conclusion part d’un présupposé contestable, « à technologie comparable ». Un fait est établi dans l’histoire de l’Humanité, l’être humain s’est toujours ingénié, c’est le cas de le dire, à rechercher les voies et moyens de rendre son action plus efficace. Longtemps, le moteur de sa créativité a été le « plus » : plus vite, plus loin, plus grand, plus nombreux, toujours plus. Or ce plus aboutissait toujours d’une façon ou d’une autre, et cela est devenu dramatiquement patent avec l’avènement de la machine à vapeur puis du moteur électrique, par toujours plus de prélèvements sur le patrimoine naturel dont dispose notre planète. Or le grand changement vient de ce que maintenant les écologistes assignent au progrès technologique une nouvelle mission : le toujours moins : moins de prélèvements, moins de rejets, moins de gaspillages. Est-ce dire pour autant, moins de bien-être ? C’est là tout l’enjeu du débat entre les deux grands courants de pensée qui vont structurer le débat politique dans les décennies à venir, le productivisme et l’écologie mais ce débat risque de tourner court faute de langage commun. En effet quand les uns ont le PIB comme ultime vigie, les autres en sont encore à forger d’autres outils d’évaluation, nécessairement plus complexes parce que leur vision du monde est plus complexe. Mais ceci est un débat philosophique que je n’ai pas envie de mener ici et maintenant. Aujourd’hui, dans ces lignes, je veux essayer de monter à partir de quelques exemples pourquoi et comment écologie peut rimer avec progrès

Faire mieux avec moins

Cela semble apparemment la quadrature du cercle. Et pourtant… Prenons un sujet qui nous préoccupe fort en cet hiver marqué par les tempêtes à répétition : l’érosion côtière. Compte tenu de la montée progressive du niveau des océans et de la répétition d’épisodes climatiques de plus en plus violents, les zones littorales sont en train de lâcher un peu partout, qu’il s’agisse du recul des dunes et des fonds sableux, lessivés par les courants côtiers ou  l’éboulement des falaises et promontoires côtiers, sapés par les coups de boutoirs des flots déchaînés. Les réponses actuelles sont parfois écologiques, rideaux de plantations par exemple, mais le plus souvent mécaniques, empilement d’enrochement, bétonnage du littoral étant les solutions les plus fréquemment mises en œuvre. Or de nouvelles pistes s’ouvrent comme par exemple celle-ci,  http://www.ouest-france.fr/mer/le-geocorail-nouvelle-arme-pour-lutter-contre-lerosion-3982505 Une nouvelle arme pour lutter contre l’érosion. Certes, cela reste au stade expérimental et le prélèvement sur la nature n’est pas nul mais compte tenu du peu de réussite des techniques mécaniques actuelles, cette solution, qui copie en quelque sorte un processus biologique naturel constitue un progrès. Evidemment, les écologistes purs et durs souhaiteraient qu’on développât les coraux naturels, sauf que ceux-ci n’acceptent pas de se reproduire n’importe où mais ça, les océans déchaînaient ne le savent pas et il faudra bien protéger tous les littoraux.

Faire d’un inconvénient un atout

Toute nouvelle route, a fortiori, toute nouvelle autoroute est vécu par les écologistes comme une intolérable agression, une balafre faite à la trame verte et bleue qui assure la continuité écologique des systèmes. C’est une artificialisation de plus de nos sols qui n’en peuvent plus de voir leur part se rétrécir au point que la Terre ne respire plus, ne se nourrit plus, donc ne peut plus nous aider, à nous nourrir à respirer, à vivre en somme.

Tout écologiste sait depuis sa plus tendre enfance que la seule énergie qui ne pollue pas est celle qu’on ne consomme pas, ce qui se traduit par toute production d’énergie est nécessairement polluante. Comme nos standards technologiques font que  nous ne pouvons pas nous passer d’énergie, nous sommes condamnés à polluer. Parmi les pollutions les plus discrètes occasionnées par les énergies dites durables, c’est-à-dire moins polluantes, il y a la consommation d’espace. Un parc éolien à terre consomme de l’espace, une centrale photovoltaïque encore plus. On est même arrivé dans ce genre d’installations à compter en centaines d’hectares. Folies !

Voici donc deux activités nécessaires à notre vie qui présente le même inconvénient : bouffer de l’espace. D’où l’idée de combiner les deux , http://www.ouest-france.fr/societe/routes-solaires-1-000-kilometres-en-france-dans-les-cinq-ans-3984963 Routes solaires. 1 km de route pourra éclairer 5 000 habitants. L’idée est effectivement séduisante mais comme souvent dans ce cas, on est quand même pris d’un doute : « Est-ce que ça marche ? ». Puis d’une angoisse : « Et si la solution était pire que le status quo ante ? ». On veut bien croire que sur le premier point le ministère de l’écologie a pris suffisamment d’assurances avant de se lancer dans des expérimentations à plus grande échelle. Quant au second point, des innovations prometteuses, les panneaux photovoltaïques par exemple ont montré que toute médaille avait son revers et que résoudre un problème, la production propre d’énergie, en créait parfois un autre, l’épuisement plus rapide que prévu d’une ressource rare, les terres rares justement. Ici aussi, le progrès, au sens écologique du terme se mesurera sur le bilan de l’ensemble du processus. Ceci illustre la complexité de la notion de progrès dès lors qu’on sort du champ d’analyse classique du productivisme.

Le progrès ce ne sont pas les gadgets technologiques

A l’inverse, certains pensant bien faire essaie de montrer que tout ce qui est d’origine naturelle est forcément écologique. Prenons par exemple les énergies biosourcées. Je ne vais pas relancer ici la polémique sur la nature écologique ou non de l’éthanol issue du colza ou de la betterave, ni sur les limites du modèle exploitation agricole-méthanisation-chaleur. Je veux simplement illustrer le côté poudre aux yeux de certaines initiatives : http://www.lemarin.fr/secteurs-activites/defense/24178-le-destroyer-americain-carbure-la-graisse-de-boeuf Le destroyer américain carbure à la graisse de bœuf. Sur le papier le schéma est vertueux. Mais dans la réalité, qu’est-ce que cela peut donner ? Quand on considère la quantité de carburant que consomme un navire de guerre, on imagine aisément qu’une telle solution est difficilement généralisable, du moins si on veut n’utiliser que les déchets ultimes d’une filière agro-alimentaire qui n’aurait pas d’autres usages de ces graisses animales que de les faire bruler dans une chaudière de bateau ou les incinérer comme déchets ultimes. Le risque serait ici que la Navy, pour ses besoins, si elle souhaitait généraliser la solution, entretienne un cheptel pléthorique dont la viande ne serait que le sous-produit en quelque sorte. A cet égard, l’exemple désastreux des agro-carburants brésiliens est là pour nous rappeler qu’en la matière le pire est toujours possible dès lors que des profits sont à la clé. Reste donc à souhaiter aux marins de l’USS Stockdale une navigation paisible dans les odeurs de friture.

Appliquer les schémas productivistes à une technologie a priori écologique est une hérésie

L’éolien c’est bien, l’éolien en mer, c’est même mieux car c’est plus régulier mais ça, ce n’est franchement pas terrible. http://www.energiesdelamer.eu/publications/2057-eolien-offshore-us-vers-une-turbine-de-50mw Eolien offshore US : vers une turbine de 50MW ?J’ai du mal à imaginer en mer des pales grandes comme la Tour Montparnasse, dont l’envergure serait donc plus impressionnante que la tour Eiffel et tout cela en haut d’un pilone capable de résister à des vents de plus de 140 km/h. Mais comme ça coûte moins cher, est-ce forcément plus efficace ? Prendre la rentabilité financière comme seul critère de validité d’une technologie, c’est quand même réduire sacrément le champ d’investigation. C’est oublié notamment l’impact sur les paysages, la sécurité en mer, l’emprise et l’impact sur les fonds marins et toutes ces sortes de chose qui font la richesse d’analyse de l’écologie.

Advertisements
Cet article, publié dans développement durable, est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s