Ouvert ou « Verts » ?

La séquence politique qui a précédé les attentats du 13 novembre 2015 a été marquée par l’omniprésence des thèses et solutions, proposées depuis des décennies parfois, par les écologistes. Certes, l’agenda politique s’y prêtait avec la proximité de la COP 21 dont la tenue à Paris accentuait une visibilité médiatique que n’avait plus connue une telle réunion depuis la COP de Copenhague. Mais ceci n’explique pas tout : les thèmes de la pollution de l’air, de la transition énergétique, de la préservation de la biodiversité, de la dangerosité des produits chimiques qui font le quotidien de notre alimentation mais aussi de notre habitat trouvent un écho et des relais forts auprès des médias, des décideurs politiques mais aussi fait nouveau des décideurs économiques.

Bien entendu, comme les solutions mises en œuvre par les gouvernements successifs n’ont pas encore permis d’améliorer les conditions de vie de la grande majorité des Françaises et des Français, ni de les rassurer sur leur avenir, cette préoccupation de nos concitoyens est revenue au second plan par rapport à la crainte du chômage, à la grogne de la stagnation voire de la régression du pouvoir d’achat. Cette inquiétude face aux lendemains a évidemment été accentuée par la perspective de vivre, pendant des années peut-être, dans une atmosphère de guerre larvée.

Mais est-ce parce qu’on craint pour son emploi, pour ses enfants ou d’être la victime innocente d’un terrorise aveugle, que pour autant l’aspiration à vivre dans un monde plus sain a disparu ? Je ne le crois pas. Par contre, je suis persuadé que cette disparition progressive des thèses écologistes des écrans médiatiques est liée à l’incapacité des écologistes à porter fortement la parole qui est la leur.

En effet, l’imprégnation des thèses écologistes dans l’opinion publique n’est pas le fruit du hasard mais d’un travail de longue haleine, porté par un réseau d’associations dont la légitimité tient autant aux compétences techniques qu’elles rassemblent, qu’à la rigueur des analyses scientifiques qu’elles présentent et à leur capacité à mobiliser des militants issus de tous les milieux sociaux. Mais celle-ci n’a eu d’écho que parce qu’elle a été relayée politiquement par des organisations politiques dont la fonction essentielle a été de montrer que rien n’est inéluctable, que les mutations sont possibles et même qu’elles étaient souhaitables parce qu’incidemment elles permettront également de répondre aux demandes de nos concitoyens d’avoir un emploi et un revenu suffisant pour « vivre bien».

Or l’histoire du mouvement écologique en France montre que ces relais politiques ne fonctionnent que lorsque ces organisations se regroupent voire fusionnent. A cet égard, l’année 2010 a été symbolique de ce qu’aurait pu être une grande organisation politique, capable de porter ce que le mouvement écologique dans sa diversité est capable de produire. Cela n’est pas allé à son terme parce que des considérations personnelles ou une analyse erronée du spectre politique ont pollué les échanges entre personnes ou groupes de personnes qui sur le fond partageaient les mêmes analyses des risques qui pesaient sur notre avenir commun et parfois aussi les mêmes solutions pour les éviter.

Etre de gauche, puisque c’est de cela dont il s’agit, ce n’est pas faire alliance avec d’autres partis identifiés comme étant de gauche ou refuser des alliances, passées ou futures, avec des mouvements identifiés comme étant eux de droite. C’est surtout adhérer à un certain nombre de valeurs que l’histoire politique de notre pays a contribué à forger et conforter et qui s’appelle notamment justice sociale, intérêt collectif, responsabilité individuelle ET collective, solidarité. Ces valeurs, développées et défendues à travers 5 républiques, 2 empires et malgré une parenthèse de 5 ans ne prenaient en compte que les hommes, ici et maintenant. Et ce n’est pas parce que l’écologie étend son champ à l’ensemble de la planète et de ses ressources, maintenant et pour les générations futures, que ces valeurs perdent de leur pertinence.  Au contraire aurais-je envie de dire. Dès lors, il convient de considérer les positionnements des uns et des autres à la seule aune du respect de ces valeurs. Or force est de constater qu’il y a à cet égard, plus de convergence entre des hommes et femmes politiques prônant une vision écologique des questions politiques, quelle que soit par ailleurs leurs alliances politiques passées qu’avec des hommes et femmes politiques qui, bien que se classant à gauche, sincèrement ou non, considèrent que la prise en compte du paradigme écologique est au mieux une variable d’ajustement, au pire une contrainte dont on peut s’extraire.

Une organisation politique est toujours une mosaïque de sensibilité, qui si elles partagent le but final à atteindre, divergent parfois sur les voies et moyens pour y parvenir. La force d’une organisation politique est justement d’accepter que cette diversité d’opinion existe, d’en organiser le dialogue, d’en sortir une synthèse qui aura d’autant plus de chance d’être acceptée qu’elle sera le fruit d’un consensus, né d’efforts d’écoutes et de convictions mutuelles. Ainsi, pour ne rester dans le champ économique de la création et la répartition de richesses, il sera aussi difficile mais nécessaire de convaincre les uns et les autres que la justice sociale ne passe pas forcément par la création de plus de richesses que dans la façon dont celles-ci sont réparties, renvoyant ainsi dos à dos les idéologies des siècles passées que sont le socialisme et le capitalisme.

Dès lors il apparaît évident que l’urgence est au rassemblement de tous ceux qui s’exprimant sur la scène politique, considèrent que l’analyse écologique du monde est la seule qui vaille. Cela fait du monde, car depuis que des écologistes participent aux débats politiques, il y en a eu des regroupements, des scissions, des séparations plus ou moins amiables, sans que pour autant, celles et ceux qui se sont rencontrés, séparés, brouillés aient renoncé pour autant de considérer que la finitude du monde, que la santé de la planète et de tout ce qui y vit sont les enjeux majeurs de toute action politique.

Ce n’est hélas pas le chemin suivi depuis cinq ans où, à coup d’exclusions, de fâcheries, de départs opportunistes ou dégoûtés, le principal mouvement écologiste français s’est peu à peu vidé de sa substance sans que pour autant ne se crée ailleurs d’autres alternatives crédibles. Beaucoup d’ailleurs de ces partants ont déserté, provisoirement il faut l’espérer, le champ du débat politique.

Cela veut dire que, pour ne pas décevoir une fois de plus le mouvement écologiste, c’est-à-dire ces milliers de militants qui ont montré que des solutions alternatives existaient, et ces centaines de milliers, voire quelques millions qui nous disent qu’ils croient que leur mise en œuvre est possible, il va falloir que les inimitiés, les brouilles anciennes et récentes, les différences d’appréciation sur le mode d’organisation économique du monde s’estompent et considérer que cette diversité est plus une chance qu’un handicap. En effet, on peut difficilement prôner philosophiquement la recherche du consensus dans les débats de société sans vouloir simultanément l’appliquer aux débats internes.

Rien ne serait plus dangereux pour les mois et les années à venir qu’un renfermement sur soi où, à coup d’approfondissements qui ne sont souvent que des appauvrissements de la pensée, de clarifications qui sont la plupart du temps des stigmatisations de différences de plus en plus ténues, ce qui fut Europe Ecologie et un vrai désir d’avenir ne se réduise à un parti qui rappellerait fâcheusement un mouvement « les Verts » qui était devenu groupusculaire déjà à force d’exclure tout ce qui n’était pas  « dans la ligne ».

Que ce soit pour les échéances à venir, qu’elles s’appellent primaires, présidentielles ou législatives, ou qu’on se place dans une action à plus long terme, l’alternative est simple être ouverts et largement ouverts, y compris et surtout à celles et ceux qui sont partis récemment, ou alors redevenir « les Verts » avec ce que cela a pu représenter de gesticulations impuissantes il y a environ 10 ans.

 

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