Pourquoi ce débat sur le revenu universel « de base » ?

Comme tous les ans à la même période, les mêmes journaux publient le hit-parade des goinfres de la planète : http://www.ouest-france.fr/economie/le-top-20-des-personnes-les-plus-riches-de-la-planete-3948429 Le top 20 des personnes les plus riches de la planète Comme tous les ans, j’aurais pu faire le même commentaire courroucé sur ces richesses qui se concentrent entre les mains d’un nombre de plus en plus restreint de gens. Comme tous les ans d’autres se seraient extasiés sur l’insolente réussite de cette petite poignée de personnes qui ont accumulé tellement de richesses que la perte de l’équivalent du budget du ministère de la justice les chagrine certes mais ils ne vont pas se jeter dans les eaux souillées du golfe du Mexique pour autant.

Comme tous les ans depuis maintenant 6 ou 7 ans, la même ONG publie le même rapport pour démontrer ce que nous voyons tous les jours : les riches sont de plus en plus riches et les pauvres pas vraiment moins pauvreshttp://www.euractiv.fr/sections/aide-au-developpement/62-personnes-detiennent-plus-de-richesses-que-37-milliards-dhumains 62 personnes détiennent plus de richesses que 3,5 milliards d’humains. Comme tous les ans on aurait pu s’attendre aux mêmes commentaires courroucés des ONG amies pour dénoncer ce système anti-économique qui mène l’ensemble de l’Humanité droit dans le mur.

Mais comme notre monde en mutation nous réserve de plus en plus de surprises, la réponse n’a pas été celle-là mais la création d’un revenu de base (ou revenu universel). La Finlande, qui n’est jamais en retard d’une innovation sociale et peut-être aussi parce qu’elle fait face à une situation de l’emploi particulièrement dégradée l’expérimente. La Suisse qui n’a pas ce genre de problème y pense aussi . Et en France, ce sujet qui était jusque là restreint à un petit cercle composé majoritairement d’écologistes et de gens issus du mouvement altermondialiste est devenu un thème à la mode porté d’abord par les Geeks du Conseil national du numérique (CNNum) avant que tout le monde s’en empare et chacun avec sa version. Il y a la version « les républicains » sur fond de réduction des dépenses publiques et de simplification administrative ; il y a même une version le péniste réservée évidemment aux seuls nationaux, l’inverse aurait surpris. Il a surtout  la version du gouvernement qui embraye sur le groupe le plus branché, le CNNum http://www.numerama.com/politique/139341-revenu-de-base-la-reflexion-est-engagee-au-gouvernement.html Revenu de base : « la réflexion est engagée au Gouvernement » On comprend mieux pourquoi ce sont les tenants de l’économie numérique qui ferraillent maintenant en faveur de cette mesure  en lisant cet articlehttp://www.genevieve-b.fr/post/2016/01/Soudain%2C-le-revenu-de-base-appara%C3%AEt-dans-le-champs-des-possibles-%21-Voici-pourquoi Soudain, le revenu de base apparaît dans le champ des possibles ! Voici pourquoi Qui ne fait que reprendre un constat connu depuis longtemps,  http://www.ouest-france.fr/economie/la-numerisation-pourrait-faire-perdre-cinq-millions-demplois-3978756 La numérisation pourrait faire perdre cinq millions d’emplois. Utiliser les richesses créées par les robots pour les redistribuer à ceux que cette mutation des modes de production exclut du salariat, est sûrement une excellente idée pour éviter que cela n’explose. De fait, ce n’est pas par philanthropie, ni par souci de justice sociale uniquement qu’on reparle un peu partout du revenu « de base » mais aussi par trouille. Car si ce sujet devient si soudainement tendance, c’est peut-être aussi  parce que, tous les ans, à peu près à la même époque, se déroule, en Suisse, le Forum Economique Mondial de Davos et que celui-ci mettra vraisemblablement  cette question à l’ordre du jour http://www.wedemain.fr/La-reduction-des-inegalites-s-invite-enfin-a-Davos_a406.html La réduction des inégalités s’invite enfin à Davos Pour que ce cénacle de très riches et très puissants personnages s’en empare, il aura fallu que ce Forum produise un rapport alarmiste sur les risques majeurs pour la planète, «  risques globaux pour 2014 »,  où les grandes disparités de revenu figurent au 4° rang des risques les plus élevés pour l’équilibre de la planète (traduire « les risques les plus élevés pour le système économique dominant »). Ils vont donc sûrement réagir. A cet égard, je ne saurais trop leur conseiller de lire ce qu’ont pu produire celles et ceux qui réfléchissent depuis longtemps  à la mise en place de ce système révolutionnaire de répartition des richesses. http://revenudebase.info/comprendre-le-revenu-de-base/financement/ Les 8 approches de financement du revenu de base Je vous invite à lire attentivement cet article mais aussi tous le débat que celui-ci a ouvert sur internet, où se mêlent des considérations techniques (fiscales) et philosophiques intéressantes. On est loin des préoccupations frileuses des gens de Davos. On nage dans l’utopie créatrice. Par certains côtés, cela rejoint d’autres réflexions sur la fin du salariat liée à l’émergence de nouvelles formes d’organisation économiques. Et comme l’économie collaborative (voir mes articles précédents sur le sujet), la mise en œuvre du revenu universel peut être la meilleure ou la pire des choses. Ainsi, n’en doutons pas dans l’esprit de certains, instaurer un revenu universel de base est un moyen, non pas d’assurer à chacun un minimum d’existence mais de lui donner un « pouvoir d’achat », c’est-à-dire un pouvoir de consommer comme pour d’autres, il est l’outil d’émancipation par excellence, puisque dégagé de la contrainte du « salariat pour survivre » chacun aurait la possibilité de développer son talent, au service de la collectivité espèrent-ils.

Et il ne vous aura pas échappé que quelle que soit la source de ces richesses redistribuées, cette redistribution ne peut se faire que par l’intervention de la puissance publique, par le biais de l’impôt essentiellement. Et c’est justement là où le bât risque de blesser à Davos. En effet dans ce même rapport sur les risques majeurs qui pèsent sur la planète, les inégalités croissantes de revenu figurent dans le TOP 4 juste après  « la crise fiscale dans les économies-clés », « un chômage structurel élevé », les « crises de l’eau ». Or pourquoi y a-t-il une crise fiscale dans les économies développées, si ce n’est parce que les plus grandes entreprises ont développé des stratégies très élaborées pour ne pas payer d’impôt ? Sans impôt pas de revenu universel . Pourquoi y a-t-il un chômage structurel élevé, si ce n’est parce que les plus grandes entreprises détruisent de l’emploi soit en automatisant leurs processus de production, soit en délocalisant ces processus de production ?  Or qui dirigent ses plus grandes entreprises, si ce n’est ceux qui vont discuter à Davos. Le débat risque fort d’être académique. Nul n’abandonne spontanément les privilèges sur lesquels ils fondent sa prospérité. La nuit du 4 août 1789 fut tout sauf un grand élan de générosité spontané et enthousiaste. Ce fut plutôt un grand mouvement de panique, à l’annonce de ce qui se passait dans les campagnes (les châteaux commençaient à flamber un peu partout) pendant qu’on pérorait à Versailles. Les esprits les plus éclairés de l’aristocratie et du clergé avaient lu les philosophes des Lumières et les Encyclopédistes et savaient donc quels étaient les risques majeurs et les réponses qu’il fallait apporter. Notez cela n’a pas empêché la Révolution Française de se dérouler, de faire tomber des milliers de têtes et de finir dans les pantalonnades du Directoire, après la Terreur, mais ceci est une autre histoire. L’oligarchie mondiale sait aussi, et ce rapport risques globaux pour 2014  le prouve

S’il y a un point où je pourrais être d’accord avec les auteurs de ce rapport du Forum Economique Mondial sur les risques globaux c’est cette liste-ci des risques majeurs classés par importance (j’ai gardé la version anglaise pour éviter les traductions hasardeuses)

1 Fiscal crisis in key economies

2 Structurally high unemployment/underemployment

3 Water crises

4 Severe income disparity

5 Failure of climate change mitigation and adaptation

6 Greater incidence of extreme weather events (e.g. floods, storms, fires)

7 Global governance failure

8 Food crises

9 Failure of a major financial mechanism/institution

10 Profound political and social instability

Voilà des beaux sujets de débats pour une primaire de toutes les gauches et des écologistes.

Mon Dieu, comme je suis loin du revenu universel ! Pas tant que cela finalement si on y réfléchit bien.

Publicités
Cet article, publié dans l'économie comme on la voudrait, mondialisation quand tu nous tiens, est tagué , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s