Présidentielles 2017 : dépassons les raisonnements primaires

Tout le monde , à droite, à gauche ou au centre a peur des échéances électorales de 2017, à commencer par l’élection présidentielle. En effet, plus personne maintenant dans ces cercles ne se fait d’illusion : Marine Le Pen SERA au second tour de la présidentielle et personne ne veut être celui qui restera au pied du podium .

Les résultats des dernières élections régionales montrent que ce scénario peut fort bien se dérouler mais est-il pour autant inéluctable?

Essayons d’abord de tirer quelques conclusions de cette année 2015 qui fut, à bien des égards, calamiteuse mais aussi, parce qu’en ce bas monde rien n’est tout noir, ni tout blanc, porteuse d’espoir.

Personnellement, j’en tire trois enseignements majeurs

le rejet du système n’a jamais été aussi fort et les esprits sont tellement désemparés qu’ils sont prêts à toutes les aventures plutôt que continuer ainsi;

la France vient de découvrir qu’elle n’était plus un oasis de paix dans un monde que, chaque jour, les médias nous montrent à feu et à sang. Les mesures prises par le gouvernement, au lieu de calmer les esprits, ont renforcé cette impression de désarroi de nos concitoyens et fait tomber un peu plus encore les garde-fous qui ont permis à notre pays d’être un point de stabilité démocratique depuis 1962;

les débats autour de la COP 21 ont été intenses en France, plus qu’ailleurs évidemment vu la proximité, mais les consensus qui sont apparus lors de ces débats, à moins qu’ils ne soient de pure façade, ont démontré que les discours développés avec constance par le mouvement écologiste depuis 1973 trouvent un écho favorable dans une fraction grandissante de la population.

1.Le vote antisystème

Commençons par le côté noir de la farce : le rejet du système. Dans la mesure où nous connaissons nos voisins, nos cousins et nos collègues de bureau, nous sommes beaucoup à penser que le vote en faveur du Front National est surtout un vote contre le système politique qu’un vote d’adhésion aux thèses que véhiculent ce parti depuis sa création, il y a 40 ans. Ce qui est nouveau, c’est que ce vote dure dans le temps parce que les raisons de douter du système durent aussi. Le FN n’est pas le premier parti à profiter de ce vote de rejet d’un système dominé depuis 40 ans par un binôme PS-RPR (et tous les avatars successifs de ce parti si peu sûr de son identité qu’il change de nom tous les 10 ans). D’autres ont joué ce rôle de défouloir, un peu à leur corps défendant : ce fut un temps les Chevènementistes mais le soufflé est retombé car il est apparu qu’une carpe nationaliste et un lapin socialiste ne font jamais un bon tandem surtout si génétiquement ils restent attachés à leur famille d’origine; ce fut le MODEM pendant un temps mais être d' »extrême centre » est un oxymore difficile à assumer; ce fut aussi le cas du parti écologiste tant qu’il s’est appelé « Europe Ecologie » mais là c’est un mariage mal négocié et mal assumé qui a fait que le rêve est passé; ce fut enfin la cavalcade vociférante autour d’un transfuge du PS, mais c’est justement ses origines et ses alliances avec un parti qui fut de toutes les alliances avec le PS depuis que le PS existe qui firent qu’en fin de compte il n’apparaît plus comme une alternative antisystème. Reste quand même que ce vote pro-FN n’est pas la seule expression du rejet du système. Une partie de l’abstention est l’autre expression de ce « A quoi bon? » et si on retire le volant de personnes qui n’iront jamais voter, cela représente à peu près autant de monde que ceux qui ont  brisé ce tabou.

  1. Panique à bord

La France n’a plus été aussi présente sur les champs de bataille mondiaux depuis fort longtemps et ceci sans que nous ayons déclaré la moindre guerre. Du coup, ce sont d’autres qui nous ont déclaré la guerre et leur réaction a été suffisamment violente pour provoquer des mesures exceptionnelles. La fermeté et la rapidité de la réponse ont été unanimement saluées mais la mise en œuvre de ces mesures a pêché gravement contre les principes que de telles mesures étaient justement censées protéger. Manifestement, notre appareil d’Etat n’était pas prêt à la situation de guerre et a trop souvent sur-réagi, avec parfois des arrière-pensées qui n’ont pas grand chose à voir avec notre sécurité ou la défense des valeurs démocratiques mais beaucoup à faire avec des préoccupations plus bassement tactiques. Cette course d’une partie de la gauche derrière une partie de la droite pour essayer de l’amarrer à un consensus national, alors que cette même droite court après l’extrême-droite pour s’assurer un espace de survie ne peut pas satisfaire tous ceux qui à droite, à gauche et au centre, considèrent que les valeurs qui ont cimenté notre pays depuis 3 républiques, et malgré l’épisode tragique de « l’Etat Français », sont un socle que personne ne peut fissurer sans faillir.

Dans ce maelström, la droite, c’est à dire essentiellement « les Républicains », se raccroche à l’organisation de sa primaire pour espérer pouvoir exister. Mais ailleurs, c’est carrément panique à bord car le spectre d’avril 2002 est de nouveau présent, sauf que cette fois-ci  la catastrophe est annoncée. Un accident, c’est toujours une catastrophe qu’on n’avait pas prévu, mais quand celle-ci est prévue et qu’elle arrive, c’est au mieux une faute, au pire un crime. Et c’est parce qu’elles et ils sont persuadés que la catastrophe annoncée peut être évitée qu’une poignée d’intellectuels ont décidé de réagir

  1. et revoilà la primaire

L’initiative http://notreprimaire.fr/ peut paraître spectaculaire et surprenante à certains mais elle s’inscrit dans la logique des travaux menés dès 2008 , sous la houlette du trop regretté Olivier Ferrand, par le think tank qu’il avait créé, Terra Nova. D’ailleurs en avril dernier, certains à gauche s’en était souvenu et avaient en quelque sorte fait le service après-ventehttp://tnova.fr/rapports/primaires-et-si-c-etait-a-refaire. De cette note, je retiens deux choses principalement. la première est qu’une primaire quel que soit le périmètre de celle-ci permet de fixer le rapport de force existant au sein de la coalition qui se constitue autour de cette consultation. Incidemment, et j’y reviendrai plus loin, cela redonne du poids aux élections législatives, puisque le « champion » qui sortira de cette consultation ne sera pas le candidat d’un parti mais d’une coalition  dont la diversité devra retrouver son expression dans la composition de la majorité qui ressortira des élections législatives qui suivront la présidentielle.

La deuxième  est que le PS, lui-même, ne prévoit pas de primaires pour le sortant. Cela veut dire que si au sein du PS des voix s’élèvent de plus en plus nombreuses pour réclamer des primaires, c’est que dans ce parti, ils sont de plus en plus nombreux à vouloir que le président actuel ne se représente pas. Accepter le postulat d’une primaire des gauches et des écologistes, c’est à dire quand même la coalition qui porta l’actuel président au pouvoir, c’est dire clairement à François Hollande « Quels que soit vos résultats, actuels ou à venir, en matière de lutte pour l’emploi, nous ne voulons pas que vous vous représentiez! »

Ceci étant posé, que faut-il retenir de cet appel? C’est un appel à « une primaires des gauches et des écologistes ». Si les mots ont sens, cela veut dire que les auteurs reconnaissent explicitement que la gauche est multiple, ce qui est l’évidence même, mais aussi que « gauche » et « écologiste » ce n’est pas nécessairement la même chose et que l’écologie en tant que telle est un courant de pensée politique autonome qui ne trouve sa traduction, ni dans la définition classique de « droite » et de « gauche ». Mais alors, pourquoi une primaire limitée à ces deux blocs idéologiques? A ceci, il y a deux réponses : la première est que le bloc de droite a déjà organisé sa propre consultation d’une part et d’autre part, parce que malgré des différences idéologiques parfois fondamentales, les gauches et les écologistes ont beaucoup travaillé ensemble ces dernières décennies et que leur coalition peut constituer une véritable alternative majoritaire. Mais pour autant, n’est-ce pas pour les écologistes et pour les « gauches non socialistes » une sorte de marché de dupes? C’est un risque mais il vaut le coup d’être pris à condition d’avoir fixé quelques règles du jeu.

  1. l’imprégnation des thèses écologistes

Quand on mesure les préoccupations majoritaires des Français et leurs réactions aux propositions émises par les partis politiques, on sent que les thèses écologistes ont imprégnées fortement la conscience d’un bon tiers de l’opinion publique. Les solutions alternatives portées par le mouvement écologiste, qui ne se limite heureusement pas à ces seules organisations politiques, commencent elles aussi à apparaître crédible.

L’objectif du courant de pensée écologique est donc de traduire en termes politiques, cette imprégnation idéologique. Traduire en termes politiques cela veut dire : être en mesure de proposer une vision de l’avenir, à la fois, plus séduisante et plus crédible, que les belles histoires imaginées par les hommes de marketing politique des partis qui ont perdu leurs utopies. C’est une condition nécessaire mais évidemment pas suffisante. Il faut ensuite être en mesure de les faire connaître, de rendre visible l’avenir meilleur. C’est enfin, être en mesure de peser réellement sur les décisions politiques qui favoriseront l’émergence de cet avenir meilleur

trois objectifs donc.

Un projet « enchanteur ». Pas besoin ici de développer un long document programmatique mais présenter le plus simplement possible aux Français une quinzaine de mesures phares dont la réalisation feront nécessairement bouger durablement les lignes de notre système de production et de consommation, de notre façon de vivre ensemble et de notre manière d’être dans le monde tel qu’il est. Cela va à l’encontre de tout ce qui s’est fait auparavant: ce n’est ni un programme de gouvernement, ni une liste des « lignes rouges à ne pas franchir » dont on a vu l’inutilité. Ce qui y ressemblerait le plus ce serait peut-être le Pacte Ecologique proposé en 2007 par Nicolas Hulot à tous les candidats à la présidentielle, une base politique en plus. La participation des écologistes à ces primaires, de tous les écologistes, n’a de sens que si en amont, toutes les composantes de cette « galaxie des écologistes », se mettent autour d’une table pour rédiger ce nouveau Pacte Ecologique.

Etre visible. La vie politique passe nécessairement par l’exercice du pouvoir, c’est à dire la conquête de celui-ci par l’établissement d’un rapport de forces. Etre visible politiquement, c’est donc avoir réussi à établir un rapport de forces suffisant pour être entendu ET écouté. Participer à une primaire au sein d’une coalition c’est accepter de mesurer sa force aux autres forces de la coalition. Dans le cas d’espèce, participer à la primaire des gauches et des écologistes, ce n’est pas mesurer le poids de chaque ruisseau de l’écologie politique, mais bien de mesurer le poids respectif des grands courants idéologique que sont l’écologie (et toutes ses variantes), la social-démocratie (et toutes ses variantes) et la gauche anti-capitaliste (et toutes ses variantes).

Peser sur les décisions. Le présidentialisme de notre système politique n’existe que parce que les élections législatives amènent une majorité suffisamment monocolore pour que l’essentiel des orientations se décident à l’Elysée et non au Parlement. Participer à des primaires des gauches et des écologistes, dans ce cadre n’a de sens que si tous les participants à cette consultation citoyenne sont d’accord sur deux points : le vainqueur de la consultation est LE candidat de la coalition à l’élection présidentielle d’avril-mai 2017, et les investitures aux législatives qui suivront un mois plus tard, seront données proportionnellement aux résultats obtenus par les différents courants idéologiques ayant participé à cette consultation.

RESTENT LES INTERROGATIONS DES GRINCHEUX

Mais il n’y a rien de commun entre les différents petits ruisseaux qui font le courant écologiste. C’est vrai aujourd’hui mais il y a un temps pas si lointain, où tout le monde se fréquentait pour un avenir meilleur, chacun gardant sa petite musique sans que l’ensemble ne soit cacophonique. Les journées des écologistes de Nantes en sont l’exemple le plus abouti mais isolé.

Mais comment voulez-vous regrouper tous les écologistes quand le parti écologiste (lire EELV) n’arrête pas de perdre ses adhérents. Justement, c’est de cela dont il s’agit. Pourquoi toutes ces personnes ont-elles accepté un jour de se regrouper pour former ce qui aurait pu être une alternative politique crédible? Tant que les uns et les autres chercheront plus ce qui les différentie des autres plutôt que ce qui les unit, cette fragmentation ne pourra aller qu’en s’accentuant. La réponse est donc évidente, ce qui nous renvoie à l’idée du Pacte Ecologique.

Incidemment, cela veut dire que les premiers avec qui les uns et les autres doivent reparler sont ceux dont on vient de se séparer parfois violemment.

En d’autres termes pour faire rapide et binaire, l’avenir de l’écologie politique, c’est à la fois un pacte écologique et une participation active à une primaire des gauches et des écologistes, dans cet ordre.

 

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Un commentaire pour Présidentielles 2017 : dépassons les raisonnements primaires

  1. Dominique Guizien dit :

    Un lecteur attentif des statuts du PS m’a fait remarquer que les statuts du PS ne prévoient aucune exception à la règle des primaires, président sortant ou pas. J’ai en fait fait une fâcheuse confusion avec le rapport publié en avril dernier par le Think tank Terra Nova qui tirait les conclusions de la consultation de 2011. Comme d’autres propositions que faisait ce rapport se retrouvent mutatis mutandi dans le manifeste publié par Libération cette confusion peut s’expliquer.

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