Qu’est-ce que l’“Economie du partage”?

Peut-être inspiré par l’esprit de Noël, le rédacteur en chef d’Ouest France a laissé passer ce titre d’article : Airbnb, Uber. L’économie du partage monte en puissance  http://www.entreprises.ouest-france.fr/article/airbnb-uber-leconomie-partage-monte-puissance-20-12-2015-246911

Il ne faudrait quand même pas exagérer. Déjà appeler ces nouveaux services en ligne « économie collaborative » était un abus de langage mais parler de partage, c’est au mieux une méconnaissance de la langue française et de ses subtilités, au pire un vilain mensonge.

En effet, comme je l’ai déjà expliqué dans des précédents billets sur le même thème, ces services qui vous proposent de rentabiliser un bien qui vous appartient en le louant à un tiers sont tout sauf un acte de collaboration bienveillante, encore moins un partage. C’est au mieux une bonne gestion de son patrimoine (sa maison, sa voiture, etc…) au pire une forme d’autoexploitation surtout quand on accepte de rendre un service à un tarif dérisoire au motif que, comme c’est un revenu d’appoint, c’est toujours ça de pris. On pourrait parler d’économie collaborative et même pourquoi pas d’économie du partage s’il était question, comme cela se pratique parfois, d’un échange ( je te prête mon appartement au centre ville et en échange, tu me prêtes ta villa au bord de la mer) ou même d’un achat en commun d’un bien à l’usage de tous ( c’est le principe des Coopératives d’Utilisation de Matériels Agricoles, les CUMA qui existent depuis les années 60).

Mais ici rien de tout cela. Si on rajoute à ceci que ces services sont une source de revenus non déclarés, de non-cotisation aux régimes de protection sociale, cela aggrave encore leur cas. On peut en effet penser ce qu’on veut de l’impôt sur le revenu et des cotisations sociales, ce sont quand même, dans leur principe, la meilleure façon de contribuer à la solidarité qui fonde le « vivre ensemble » en France depuis près d’un siècle.

Non, si on veut parler d’économie du partage, ce n’est pas de se côté-là qu’il faut aller regarder mais peut-être plutôt de ce côté-ci : « Zéro chômeur de longue durée », le pari lancé par ATD-Quart Monde et des collectivités http://www.courrierdesmaires.fr/57323/zero-chomage-de-longue-duree-le-pari-lance-par-atd-quart-monde-et-des-collectivites

« Mais ce n’est pas de l’économie ! » diront les économistes patentés. Ah bon ! et pour vous ça sert à quoi l’économie alors si ce n’est d’assurer la meilleure allocation possible des ressources disponibles sur un territoire au bénéfice de la meilleure satisfaction possible des besoins des gens qui y vivent. Et le pire gâchis n’est-il pas de ne pas utiliser les compétences aussi ténues soient-elles de tous ces habitants. Le chômage est par essence un acte anti-économique et non « un volant d’inertie » nécessaire au bon fonctionnement de l’économie. Mettre comme objectif premier « zéro chômeur de longue durée » est donc l’acte économique par excellence. Et comment y arriver d’après ATD-Quart-Monde ? En utilisant intelligemment les fonds que la solidarité nationale utilise mal pour …indemniser les chômeurs afin de rendre des services qui ne sont pas rendus actuellement sur le territoire. Si ça, ce n’est pas du partage, c’est que langue française n’a plus de sens.

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