Union Européenne : procrastination ou impuissance ?

Voici une sélection d’articles parus la même journée dans le même média dont la concomitance a aussitôt éveillé mon attention

http://www.euractiv.fr/sections/leurope-dans-le-monde/les-etats-membres-renvoient-le-dossier-des-gardes-frontieres-la Les États membres renvoient le dossier des gardes-frontières à la présidence néerlandaise

http://www.euractiv.fr/sections/royaume-uni-en-europe/cameron-et-lue-saccordent-pour-regler-leurs-desaccords-en-fevrier Cameron et l’UE s’accordent pour régler leurs désaccords en février

http://www.euractiv.fr/sections/justice-affaires-interieures/les-dirigeants-europeens-negligent-le-risque-dattentats Les dirigeants européens négligent le risque d’attentats chimiques par Daesh

http://www.euractiv.fr/sections/sante-modes-de-vie/les-maladies-dorigine-animale-se-multiplient-dans-lue-320562 Les maladies d’origine animale se multiplient dans l’UE

http://www.euractiv.fr/sections/euro-finances/alexis-tsipras-force-de-renoncer-son-plan-anti-austerite-320579 Alexis Tsipras forcé de renoncer à son plan anti-austérité

Je vous laisse les lire intégralement si vous voulez en savoir plus mais les titres sont suffisamment explicites. Surtout leur juxtaposition explique mieux qu’un long discours les conséquences du blocage institutionnel dans lequel se trouve l’Union Européenne.

Reprenons en effet, ces informations, l’une après l’autre.

Les dossier des gardes-frontières est renvoyé à la présidence néerlandaise, c’est-à-dire au prochain semestre alors que tout le monde sait que dès le printemps les flux migratoires vont reprendre et que si rien n’est fait, des situations humainement insoutenables vont de nouveau apparaître un peu partout en Europe. Les chefs d’Etats et de gouvernements, comme on dit, préfèrent donc reporter  à demain, la décision qu’il leur répugne de prendre aujourd’hui.

La Grande-Bretagne menace de quitter l’Union, ce qui serait le plus beau camouflet porté au Traité de l’Union qui ne prévoit pas cette éventualité et nul ne veut en parler maintenant. Les chefs d’Etats et de gouvernements, comme on dit, préfèrent donc reporter à demain la discussion qu’il leur répugne d’avoir aujourd’hui.

Sans tomber dans la psychose, l’éventualité d’attentats chimiques sur le territoire communautaire ne peut pas être totalement exclue quand on sait comment est composé l’Etat major de l’organisation terroriste et pourtant le Conseil Européen ne veut pas en tenir compte. Les Chefs d’Etats et de gouvernements, comme on dit, préfèrent donc éluder et reporter à plus tard, l’examen d’une situation qu’il leur répugne d’envisager aujourd’hui.

Qu’une décision soit parfois dure à prendre, j’en conviens volontiers, qu’il faille du temps pour faire mûrir un consensus, je n’en disconviens pas. Mais quand systématiquement sur toutes les questions d’importance, on considère qu’il est urgent de ne rien faire tout de suite, ce n’est plus concevable. En psychologie, cela porte un nom, la procrastination dont voici la définition , puisée dans le Grand Larousse Universel : « Tendance à différer, à remettre au lendemain, que l’on rencontre notamment dans la névrose obsessionnelle »

L’Union Européenne serait donc une grande névrosée. Ce n’est guère rassurant pour l’avenir et n’essayons pas de rasséréner en nous disant que cela a toujours été comme cela. Certes, ce n’est pas faux et depuis maintenant deux bonnes décennies, des décisions importantes ont été reportées en période de crise et leur délai a été cause de catastrophes pires que le danger qu’on ne voulait pas voir. L’épisode dit « de la vache folle » est de cela et nous en payons encore les conséquences, du moins si on en croit l’EFSA qui observent une recrudescence des maladies d’origine animale. Faute d’avoir traité les causes mais simplement tenté d’en réduire les conséquences, cela n’est pas près de s’arrêter. A ce propos, j’ouvre une petite parenthèse : si l’EFSA faisait son examen de conscience dans d’autres domaines de la santé publique, comme par exemple les perturbateurs endocriniens, peut-être aurait-elle des avis moins péremptoires sur l’innocuité de ces produits ; je ferme la parenthèse.

Mais m’objecte-t-on, cela a toujours existé! Déjà quand l’Europe se faisait à 6 Etats seulement, il était difficile de prendre des décisions et il n’était pas rare qu’on « arrête les pendules » afin de laisser aux diplomaties nationales le temps de trouver des compromis équilibrés. Et cela est vrai. Mais si cela est inéluctable, cela veut donc dire qu’en situation d’urgence, on se trouve dans l’impossibilité de décider. Exact ! Cela porte aussi un nom. C’est ce qu’on appelle l’impuissance.

Etre la première puissance économique du monde, si du moins le PIB est la bonne unité de mesure, et être réduit à l’impuissance face à des dangers réels ou potentiels, immédiats ou imminents est pour le moins paradoxal.

Alors procrastination ou impuissance ?  Peu importe puisque le résultat est le même, me direz-vous. Pas tout à fait quand même car s’il ne s’agit que de procrastination, c’est-à-dire d’une incapacité névrotique à prendre une décision, il suffira de guérir les institutions européennes de leurs névroses, ce qui passerait vraisemblablement par le remplacement de ceux qui pilotent ces instances. Il est vrai que cette commission est une des pires qu’a connu l’Union.

Mais s’il s’agit d’impuissance, c’est plus grave, car cela veut dire que les institutions elles-mêmes sont inadaptées à la prise de décisions en période de crise et il faudra bien se décider à mettre sur la table la question d’une réforme institutionnelle pour sortir de cette immobilité forcée, née à n’en pas douter d’un élargissement de l’Union, trop rapidement et trop légèrement mené, tant il a semblé urgent à certains d’extraire rapidement de l’orbite russe ce qui restait du glacis soviétique.

Mais du coup, qui peut lancer une telle réforme, puisqu’il s’agit d’un type de décision que, par procrastination ou par impuissance, l’Union ne sait plus prendre?

Changer de Commission avec pour mission à une nouvelle Commission d’enclencher un processus de réforme institutionnelle ? C’est vraisemblablement une bonne voie mais on en voit rapidement les limites. Reste le chamboule-tout et dans ce cas, il serait plus sage de s’appuyer sur l’institution qui, malgré tous ses défauts, garde une certaine légitimité démocratique, le Parlement Européen. Ce serait dans l’équilibre des institutions européennes, une sorte de petite révolution.

Et si dans la situation actuelle, ce n’était pas la seule alternative possible à une asphyxie progressive de l’Union ?

Entre deux, les institutions pour donner l’illusion qu’elles continuent à exister, produit des décisions à tire-larigot, ce qui est un des symptômes de la procrastination : faire mille choses accessoires pour (se) justifier de ne pas faire la seule chose qui importe. C’est ainsi qu’on continue à malmener la Grèce qui ne demandait qu’à  expérimenter un autre traitement que celui qu’on lui impose avec les effets qu’on voie. C’est ainsi qu’on tergiverse sur les questions de quotas de pêche, que la machine à produire des directives et règlements n’a jamais été aussi productive.

Cela porte un nom, c’est ce qu’on appelle la technocratie et c’est de cela aussi que l’Union risque d’étouffer autant que du manque de démocratie.

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