Economie Sociale et Solidaire : DIES Irae…

Au Journal officiel du 13 décembre 2015, un décret transfère la fonction de délégué à l’économie sociale et solidaire de la direction générale de la cohésion sociale (DGCS)  à la direction générale du trésor (DGT). http://www.lagazettedescommunes.com/422337/institution-dun-delegue-a-leconomie-sociale-et-solidaire/ Institution d’un délégué à l’économie sociale et solidaire. Ces transferts d’une direction à l’autre sont monnaie courante dans l’administration française; cela ne les rend pas plus anodin pour autant. De fait, ce glissement est significatif d’une évolution de la perception de l’économie sociale et solidaire par le pouvoir politique et sa haute administration. Il convient d’abord de corriger une petite erreur dans le titre de l’article de la gazette. En effet, il ne s’agit pas de « l’institution » d’un délégué à l’économie sociale et solidaire  mais plutôt de son déplacement car depuis 2010 existe au sein de la DGCS un délégué à l’économie sociale et solidaire puisque la création de cette grande direction générale, fruit du grand mouvement de concentration dans les administrations centrales qu’on a appelé RGPP, avait permis le regroupement de plusieurs entités indépendantes et souvent à vocation interministérielle, dont  la délégation interministérielle à l’innovation, à l’expérimentation sociale et à l’économie sociale (DIIESES) http://www.social-sante.gouv.fr/le-ministere,149/presentation-et-organigrammes,294/la-direction-generale-de-la,12601.html La direction générale de la cohésion sociale (DGCS) Or, cette DIIESES est la lointaine descendante de la Délégation Interministérielle à l’Economie Sociale, la DIES, créée en 1981 et rattachée directement au Premier Ministre.  http://www.alternatives-economiques.fr/delegation-interministerielle-a-l-innovation-sociale-et-a-l-economie-sociale-dies-_fr_art_223_31194.html Délégation interministérielle à l’innovation sociale et à l’économie sociale (Dies) L’institution de cette DIES s’est faite dans la foulée de l’arrivée de l’Union de la gauche au pouvoir et visait à faire reconnaitre qu’entre l’économie de marché et l’économie étatisée, il existait une troisième voie. Sa place auprès du Premier Ministre avait du sens. Son rattachement aux ministères sociaux puis au ministère en charge de la vie associative puis de nouveau aux ministères sociaux traduisait une certaine indécision du pouvoir politique et administratif face à un univers qu’il a du mal à appréhender donc à comprendre. Cette mutation vers Bercy n’est que le dernier avatar de ces relations un peu chaotiques entre l’administration et ce qu’on appelait avant 1981 « le tiers secteurs ».

La justification principale de ce rattachement à la direction générale du trésor est définie par l’alinéa premier  de l’article 2 du décret du 13 décembre 2015 définissant les missions du délégué : « De soutenir et de promouvoir au niveau national le développement de l’économie sociale et solidaire. A ce titre, il étudie, propose et coordonne, dans son champ de compétence, des mesures de soutien aux entreprises de l’économie sociale et solidaire au sens de l’article 1er de la loi du 31 juillet 2014 susvisée et est associé à l’élaboration et au suivi des dispositifs de soutien public au financement de ces entreprises » La vie des entreprises de l’ESS ce sera donc désormais d’abord des financements. Pour ceux qui, comme moi ont, pendant des années, pesté contre les difficultés que rencontrent les coopératives, mutuelles associations et fondations à financer leur développement, cela apparaît à première vue comme une bonne nouvelle. Toutefois, quand on connaît la logique de fonctionnement des administrations de Bercy et singulièrement de la direction générale du trésor, on a de quoi être inquiet.

Ce positionnement administratif ne fait en fait que souligner une dérive d’une partie de l’Economie Sociale et Solidaire, caractérisée par le Mouvement des entreprises Sociales (MOUVES) et son leader historique qui résume très bien sa philosophie dans cet entretien accordé à un journal dont la tasse de thé est plus souvent le CAC 40 qu’ATD-Quart-Monde  http://www.lesechos.fr/thema/RSE-COP21/021530551739-jean-marc-borello-des-outils-pour-fideliser-salaries-clients-actionnaires-et-marches-1184987.php Jean-Marc Borello : Des outils pour fidéliser salariés, clients, actionnaires et marchés Chacun appréciera les jugements péremptoires qui y sont assenés ainsi que les improbables approximations sur lesquelles il étaye sa croyance au « business model » qu’il défend, car il ne s’agit en fait que de cela : un modèle d’entreprise un peu plus futé que les autres, pas une façon différente d’envisager les rapports de production et d’échange qui sont le fondement de l’économie sociale et solidaire. Et quand je dis cela, je ne le dis pas à la légère et pour reprendre les expressions de cette interview, car si je suis « un vieux crocodile »  ,  je n’ai pas pour autant appris la gestion d’entreprise dans un « que sais-je ? » mais à l’ESSEC et qu’après avoir été haut fonctionnaire, et depuis que je suis à la retraite, je m’éclate de nouveau dans l’ESS avec un plaisir qui dure depuis….1981 .Tiens, tiens…

C’est pourquoi, il y a des jours où je suis en colère, « DIES Irae »

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2 commentaires pour Economie Sociale et Solidaire : DIES Irae…

  1. roscoff dit :

    Economie : pour moi c’est comment gagner le plus d’argent possible
    Sociale : remonter le niveau de vie des plus défavorisés, des moins favorisés et des middle class.
    Solidaire : c’était tout un village dans les Côtes-du-Nord qui allait de ferme en ferme faire la moisson sans échange d’argent. C’est aussi les SEL ( existent-ils encore ?)
    Sinon l’ESS c’est un trou noir.
    Amitiés à vous deux. Guinaouec n’arrive à ensemencer la Blanche.5 T’es ben trop petit mon Ouessanti)

    • Désolé de ne pas être d’accord avec toi mon vuex Tadorne. Mais normalement tu devrais avoir des éléments de réponse dans le billet que je publierai demain sous le titre « qu’est-ce que l’économie du partage? »
      Quand à Guinnaouec rappelles lui cette maxime « Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour perséverer » qui est peut-être un peu stupide mais l’aidera à mieux vivre sa morphologie

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