Petits et grands scandales du 23 juillet

Eh, non, ce n’était pas encore la trêve estivale, c’était juste un petit trou d’air dans l’actualité qui m’intéresse, c’est-à-dire les petits faits et les grandes informations qui ont le don de faire monter un peu l’adrénaline

Faut-il tout faire pour défendre l’emploi local. ? …Peut-être pas .

Voici des chantiers navals qui ont le vent en poupe, boostés par des commandes publiques pour les marines de guerre. Installés en Bretagne Sud, à Concarneau, ces chantiers pourraient devenir même un des grands employeurs sur cette partie du littoral

http://www.energiesdelamer.eu/publications/1873-deux-wfsv-piriou-construits-au-vietnam-sont-prets-a-la-vente Deux WFSV Piriou construits au Vietnam sont prêts à la vente.

En effet, le savoir-faire semble éprouvé donc il ne faut pas avoir peur de la concurrence internationale. Les marchés locaux existent puisque les principaux sites d’éoliennes en mer voire même d’hydroliennes sont situés dans les environs immédiats. Mais alors pourquoi aller les construire au Viet-Nam ? Pour aider ce pays à se développer, certainement. Parce que les coûts de main d’œuvre sont notoirement moins élevés, certainement aussi. Parce que les marchés locaux existent ? C’est également indéniable puisque les littoraux de la Mer de Chine n’ont rien à envier aux littoraux atlantiques en matière de vent et que les pays de l’Asie du Sud-Est ne sont pas en retard sur nous quant au développement des énergies renouvelables. Donc ceci est parfaitement justifié dans une entreprise mondialisée. Pas sûr que cela aurait fait plaisir à l’ancien maire de Lorient qui, depuis qu’il est ministre de la défense semble avoir les yeux de Chimène pour cette entreprise dynamique.

Mais dans ce cas, pourquoi faut-il que les entreprises bretonnes brandissent à tour de bras l’argument de l’emploi local, comme si cet argument justifiait tous les débordements et les contournements de la réglementation. Le dernier exemple en date est porté comme un étendard par les tenants du « tout pour l’emploi » de toute la Bretagne

http://www.entreprises.ouest-france.fr/article/laiterie-adieu-abers-sill-sagrandit-guipavas-21-07-2015-220126?utm_source=of-ofe_newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=20150723_local_votreNewsletter Laiterie. Adieu les Abers, la Sill s’agrandit à Guipavas

Mais de quoi s’agit et pourquoi crient-ils au scandale ? Commençons par cette histoire kafkaïenne de loi littoral. La commune d’implantation prévue, Plouvien, avait une façade littorale de quelques dizaines de mètres. Cela a suffi pour que des opposants au projet s’engouffrent dans cette brèche et fassent interdire le projet au nom de la loi littoral. Juridiquement imparable, mais écologiquement était-ce défendable ? Cela se discute mais cela supposerait qu’on ouvre le débat sur les limites et les défauts de la loi littoral. Ce sujet est trop sérieux pour que je le traite à la va-vite. Tout ce que je peux en dire à ce stade est qu’une évaluation des effets de la loi doit être entreprise rapidement car, comme cette loi n’est pas parfaite, ceux qui veulent se débarrasser de cette loi anti-bétonnage, font actuellement le forcing en s’appuyant justement sur ces imperfections pour retrouver la liberté de tout saloper. Qu’à cela ne tienne, la commune, qui tenait à ces 70 emplois, pensait avoir trouvé la parade, en vendant cette frange littorale à sa voisine. Mais cela n’a pas suffi pour fléchir le tribunal administratif de Rennes. Mais alors pourquoi cet acharnement contre ce projet, d’autant que les communes voisines n’en veulent pas non plus ? Il y a sûrement dans le refus d’une partie de la population, un effet NIMBY, mais pas seulement. En effet, quand on voit la taille de ce projet, on peut comprendre que les riverains et les associations de défense de l’environnement aient des craintes. En effet, une installation industrielle de cette taille ne peut pas ne pas peser lourdement sur la qualité de l’environnement local. On se retrouve ici dans des situations analogues à celles que rencontrent tous ces projets gigantesques qui essayent de se justifier par un seul mot, COMPETITIVITE.

Mais les promoteurs de ces projets ont-ils réfléchi un seul instant à ce que ces installations gigantesques impliquent en amont et en aval, en matière de gigantisme des besoins en approvisionnement et en matière de débouchés sur les marchés mondiaux ? Il est tout simplement scandaleux d’utiliser l’argument de 70 emplois pour programmer ainsi les crises des années à venir, crise écologique certainement, car on ne touche jamais impunément aux grands équilibres naturels, crise de surproduction quand on se rendra compte que la demande mondiale ne peut pas absorber la production d’une unité à Guipavas, d’une unité à Carhaix et demain,  de leurs concurrentes en Chine lorsque les savoir-faire auront été captés et que localement rentreront en production des fermes de 10.000 vaches ou plus, programmées dans le cadre d’un accord sino-russe. On ne peut pas reprocher aux entrepreneurs bretons de vouloir entreprendre. On peut juste leur reprocher de ne pas voir plus loin que leurs comptes de résultat des 10 prochaines années.

Mais pour ne pas laisser croire que je ne m’intéresse qu’au cas des entrepreneurs bretons, regardons ce qui se passe aussi ailleurs au nom de l’emploi. Cette fois-ci, c’est aux Etats-Unis que cela se passe, où pourtant la question de l’emploi ne se pose pas officiellement dans les termes aussi dramatiques qu’en France

http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/07/23/uber-remporte-une-victoire-fasse-au-maire-de-new-york_4694653_3234.html

Uber remporte une bataille face au maire de New York

Il n’y a donc pas que Hollande à vouloir s’opposer cette nouvelle multi-nationale. Les pouvoirs publics locaux New-yorkais mais aussi les Californiens veulent mettre un frein à l’explosion exponentielle de cette entreprise fondée sur un ressort imparable : gagner des sous. Qu’Uber aient gagé contre le maire de New-York en dit long sur la puissance de son lobbying . Mais le scandale n’est pas là : il est dans le modèle économique d’Uber. Il se fonde sur le fait que le welfare state a fini par faire peser sur les comptes des entreprises une grande partie du coût de la sécurité et du bien-être qu’il  procure. En s’exonérant de ces contraintes, une entreprise comme celle-là, mais cela est également vrai, de toutes ces entreprises qu’on qualifie d’économie collaborative, peut effectivement se tailler un royaume grâce à une distorsion incroyable de la concurrence. Mais ce faisant, elles laissent aux autres (entreprises classiques et Etats)le soin de continuer à financer la sécurité et le bien-être des sociétés occidentales. Tout le monde voit bien les limites de cette croissance : à un moment donné, tout va basculer puisque personne ne financera plus rien.

Et si encore, cela créait des emplois. Mais rien n’est moins vrai ou alors, il faut considérer que la notion d’emploi elle-même a été pervertie. Peut-être d’ailleurs est-ce le cas ? Comme si être auto-entrepreneur était un emploi quand on sait que 80% ne touchent même pas le SMIC.

 

Sous la plage….les pavés

Tout le monde ne peut pas aller en vacances au bord de la mer. Et c’est ainsi que naquit dans le cerveau fertile des élus parisiens l’idée d’amener la plage au centre ville. Mais qui dit plage, dit sable. Or du sable en bord de Seine, il n’y en a plus guère. Il faut donc l’importer et c’est ce qu’on fait depuis bientôt 20 ans

http://www.entreprises.ouest-france.fr/article/paris-plages-5-000-tonnes-sable-normand-deversees-sur-berges-22-07-2015-220296?utm_source=of-ofe_newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=20150723_local_votreNewsletter

Paris-Plages. 5 000 tonnes de sable normand déversées sur les berges

Quand on sait que le monde est en train de manquer de sable, ce qui est paradoxal quand on voit les étendues sahariennes, un tel gaspillage est scandaleux ! Mais nous dit-on, pour atténuer notre indignation, ce sable a une seconde vie : il sert à alimenter les manèges d’entrainement de la Garde Républicaine. Piètre compensation, vous avouerez. Quoique quand on sait que pour couvrir un tout petit manège, une collectivité territoriale a dépensé 80.000 euros pour acheter du sable suffisamment fin pour être supporté par les jambes des chevaux, on se dit que ces amas de sable sont une vraie aubaine pour le fleuron de la gendarmerie française. Mais pour la planète, quelle gabegie ! En effet, comme cette opération est appelée à se renouveler tous les ans, ce sera donc tous les ans qu’il faudra aller prélever l’équivalent de deux barges dans une réserve que la Nature avait mis des centaines de milliers d’années à constituer. Au fait, puisque cela a lieu tous les ans, ne serait-il pas plus simple de stocker ce sable d’une année sur l’autre ? Ce semble vraiment trop simple pour le cerveau fertile des édiles parisiens.

Difficile de dire….

Il y a pas deux ans, les pêcheurs espagnols et français s’étripaient dans le Golfe de Gascogne pour s’accaparer les maigres quotas d’anchois qu’octroyait la Commission . Mais voilà, deux ans après, on en est là

http://www.lemarin.fr/secteurs-activites/peche/22551-de-lanchois-en-quantite-exceptionnelle-dans-le-golfe-de-gascogneDe l’anchois en quantité exceptionnelle dans le golfe de Gascogne

Je serais pêcheur, j’en aurais gros sur la patate de voir à quel point les décisions d’eurocrates sont capables de vous pourrir la vie et je trouverai assez scandaleux d’être ainsi privé de son gagne-pain par des gens finalement incompétents.

Je serais militant d’ne association de défense de l’environnement, je serais scandalisé que des irresponsables se montrent ainsi peu respectueux des réserves halieutiques, au motif que pour des raisons qu’on ne connaît pas bien, ces petits poissons sont apparemment très abondants.

Je serais un simple citoyen, je serais scandalisé qu’on en sache aussi peu sur la façon dont les stocks de poissons peuvent évoluer. A une époque où on est capable d’aller chercher une planète sœur à des années lumière de chez nous, on reste dans l’impossibilité de savoir comment évolue tout ce qui vit et bouge dans ce qui représente près de trois quarts de la surface de la notre.

Je serais fonctionnaire, je serais scandalisé qu’on me demande de préparer une décision sans pouvoir la fonder sur des données scientifiquement irréfutables ou juridiquement imparables ;

Je serais un décideur politique, je serais scandalisé que la science ne puisse pas me permettre de me cacher derrière sa rationalité pour justifier une décision impopulaire

Comme je suis ou ai été un peu tout cela, je trouve donc beaucoup de raisons d’être un peu scandalisé par cette gestion erratique de la ressource halieutique.

Se tromper de cible ?

Les éleveurs en colère, qui par leurs actions répétées, alimentent régulièrement cette rubrique estivale produisent de la viande de porc, de la viande de porc ou du lait mais pas…. du poisson

http://www.ouest-france.fr/crise-des-eleveurs-les-produits-de-la-scapeche-pris-pour-cibles-3577537

Crise des éleveurs. Les produits de la Scapêche pris pour cible

Alors pourquoi s’en prendre à un camion de transport frigorifique de poissons ? C’est peu de dire que cela a provoqué des réactions scandalisées des pêcheurs et des gens de mer de manière générale.

Il est en outre scandaleux qu’aucune autorité publique n’ait réagi vertement, que le syndicat, qui derrière, orchestre toutes ces actions, ne condamne ces actions aussi stupides qu’inutiles, que les auteurs de ces exactions n’aient pas reconnu leur erreur et présenter des excuses.

Mais peut-être aussi n’est-ce pas une erreur ? Qu’en fait, ce n’était pas tant le contenu du camion qui était mis en cause, mais la société à laquelle appartenait ce camion, qui n’est autre qu’une des grandes enseignes de la grande distribution.

Si tel est le cas, cela aura été une opération d’intimidation selon des méthodes qu’ailleurs on qualifie de maffieuse. Si tel était le cas, ce serait encore plus scandaleux.

Faut quand même pas trop en faire

Un plan de sauvetage de l’agriculture était nécessaire, ne serait-ce que pour calmer ce qui commence à ressembler à une jacquerie, vieille tradition des campagnes françaises. Que des mesures s’avèrent indispensables, c’est évident. Que toutes les mesures soient vraiment indispensables voire même souhaitables, cela reste à démontrer. Mais il en est une sur laquelle je voudrais m’arrêter : l’aide au développement des énergies renouvelables

http://www.actu-environnement.com/ae/news/plan-soutien-elevage-methanisation-loup-photovoltaique-controles-25019.php4#xtor=ES-6

Plan de soutien à l’élevage : les 4 mesures qui touchent l’environnement

Développer les énergies renouvelables, voilà un habillage politiquement très très correct, mais

1° Il faudra quand même se méfier que cela ne produise des effets pervers, le principal étant la course au gigantisme. Sur les effets de celui-ci, voir ce que j’écrivais plus haut sur le gigantisme des installations industrielles.

2° exonérer ces installations de toutes taxes, ce n’est pas forcément aider une exploitation, c’est flatter un penchant très fort dans le monde agricole à considérer que l’Etat est une pompe refoulante mais pas aspirante, faite pour distribuer des subventions et des aides mais pas pour prélever des taxes, que ce soit sur le foncier bâti, sur le carburant ou sur le revenu.

A part ça, c’est bien.

Est-ce vraiment un scandale ?

Cette décision ressemble bien à une amende

http://www.euractiv.fr/sections/concurrence/bruxelles-demande-edf-de-restituer-137-milliard-deuros-daides-detat-316511?utm_source=EurActiv+Newsletter&utm_campaign=ceae285c27-newsletter_derni%C3%A8res_infos&utm_medium=email&utm_term=0_da6c5d4235-ceae285c27-55417197

Bruxelles demande à EDF de restituer 1,37 milliard d’euros d’aides d’Etat

Est-ce une décision scandaleuse ?

Du point de vue de la nouvelle direction d’EDF, sûrement car ils vont payer pour les turpitudes des autres.

Du point de vue des fonctionnaires du ministère de l’écologie ou de Bercy, sûrement aussi car c’est une remise en cause de leurs décisions. Mais étaient-ils réellement dupes de leur propre décision ?

Du point de vue du contribuable, ce n’est pas vraiment un scandale puisque cette manne va venir alimenter le budget de l’Etat et 1.37 milliards c’est autant pour diminuer la dette.

Alors décision scandaleuse ? Pas vraiment. Par contre, ce qui est scandaleux, c’est la façon dont certaines coteries favorisent de façon impudente une entreprise, un peu comme les mêmes ont favorisé dans le cadre des négociations climatiques, une autre entreprise française leader (ex-leader) mondiale dans sa branche. Tiens au fait ces deux entreprises vont fusionner, cela ne fera plus qu’une entreprise à pousser du côté du corps des Mines.

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