Uberpop : économie du partage ou économie du saccage ?

Dans la presse économique, c’est le sujet à la mode . L’économie du Net est en train d’envahir l’économie tout court et même d’en saccager les règles du jeu. Je ne sais pas quel est le communicant inventif qui a trouvé cette expression mais elle fait florès, de l’Usine Nouvelle » aux « Echos », ils parlent tous des « barbares ».

Et en effet, il s’agit bien de barbares au sens où l’Histoire les a défini en parlant des « invasions barbares », l’archétype en étant Attila et ses Huns, dont on disait qu’ « après eux, même l’herbe ne repoussait pas ».

Pourrait-on également dire que ce sont des barbares au sens étymologique du terme, c’est-à-dire  « l’étranger » chez les Grecs ?

En effet si on considère le capitalisme hérité du XX° siècle comme le paradigme, ces nouvelles sociétés ne lui sont  pas si étrangères que cela . Les mêmes ressorts fonctionnent dans le capitalisme mondialisé et sa répartition des tâches à l’échelle de la planète, pour ce qui est de la sphère de la production de biens ; ce sont  la recherche systématique et même obsessionnelle de la réduction des coûts et une  logique purement financière de maximisation du profit d’une part , et d’autre part deux autres  obsessions, la réduction de toutes les contraintes normatives et la soustraction aux règles (fiscales, sociales, environnementales, etc…) fixées par les Etats-Nation

En fait, cette « blitzkrieg » des barbares, c’est le triomphe de la société du service sur la société de la production

http://blogs.lesechos.fr/internetactu-net/les-barbares-attaquent-comment-le-numerique-redistribue-la-puissance-a14563.html

Les barbares attaquent : comment le numérique redistribue la puissance économique

Alors, au-delà de cela, quoi de neuf ?

Le capitalisme du XX° siècle comme celui du XIX°,  c’était « l’exploitation de l’homme par l’homme » et contrairement au communisme dont on disait par dérision que c’était exactement l’inverse , le capitalisme du XXI° siècle pour ces barbares, c’est autre chose, c’est « l’exploitation de l’homme par lui-même ».

En effet, si on considère attentivement le modèle économique de Google, Facebook, Twitter, tout est apparemment gratuit et pourtant ces entreprises sont en capacité après 10 ans d’existence de brasser des dizaines de milliards de dollar. Or il n’y a rien à vendre.  Quand c’est gratuit et qu’il n’y a rien à vendre, « c’est que le produit c’est vous »

Pour les autres sociétés cités dans cet article, l’analyse est plus simple. En effet, quand il s’agit d’un travail, car véhiculer une personne est un travail, celui-ci est présenté comme une recette marginale et donc il est payé au prix marginal c’est-à-dire largement en-dessous du coût réel . Quand il s’agit de louer un bien qu’on possède , la logique est la même : comme c’est un revenu marginal, le prix de location est également marginal

C’est la mise en œuvre du concept inventé par Michel Foucault « l’homme entrepreneur de lui-même », qu’il s’agisse de sa force de travail ou de la valorisation de ses investissements

En France, une brèche avait été ouverte, lors du quinquennat précédent par le statut d’auto-entrepreneur, présenté comme l’antichambre de la création d’entreprise alors que le plus souvent ce n’est qu’une externalisation du risque lié au recrutement. Mais au moins, ce statut avait été  un peu encadré en fixant un maximum d’activité possible.

D’où l’idée d’encadrer l’activité de ces barbares comme le suggère cet article

http://www.huffingtonpost.fr/karima-delli/legislation-uberpop-uber_b_7651776.html?utm_hp_ref=tw

UberPop: halte à l’attentisme politique

Cela ne suffira hélas pas car l’objectif de ces gens c’est d’imposer leur modèle et de capter ainsi à leur seul profit la pus grosse partie de la plus-value dégagée par cette mise sur le marché à des prix non marginaux d’un service acheté à coût marginal.. mais présenter ainsi  ce modèle d’entreprise aurait été  trop violent,  et c’est pourquoi on l’a habillé de couleurs chaleureuses, comme économie du partage ou économie collaborative, histoire de surfer sur une autre vague, l’économie du don. Mais tout cela n’est que mensonge habilement orchestré.  De l’aveu même des promoteurs de ces « entreprises », dès le départ leur projet est bien la rapine et à l’échelle mondiale. Pour séduire les financeurs, c’est-à-dire les vrais maîtres du jeu, ces fameux fonds de placement, que personne ne connait dont personne ne connait les comptes et les profits, ils ont d’emblée vendu ce qu’ils appellent un business model à l’échelle mondiale et pour lequel semble avoir été inventer le concept de scalabitity, c’est à dire la capacité de passer sans coup férir et sans déraper du stade bricolage de garage à entreprise mondiale. Blablacar, qui pactise avec Vinci pour tenter de créer un monopole du co-voiturage sur les autoroutes de France a très peu à voir avec la convivialité du partage d’un voyage mais semble parfaitement en phase avec les valeurs de l’économie capitaliste traditionnelle dont Vinci est justement un fleuron.

Donc exit l’économie du partage. De fait, poser vous la question pour toutes ces entreprises citées dans les deux articles ci-dessus : « Partage de quoi avec qui ? »

Mais exit aussi l’économie collaborative car pour les mêmes on pourrait également de poser  la question suivante : « Collaboration de qui avec qui pour faire quoi ? »

Par contre, leurs pratiques font des dégâts

Vivant dans la stratosphère du cloud, ces entreprises ne connaissent pas la territorialité fiscale et en fait paient rarement des impôts et qui dit fiscalité par terre, dit Etat par terre. or faire peser la charge fiscale sur les seuls individus, au titre de leurs revenus ou de leurs consommations, c’est le meilleur moyen de de rendre le peuple, le « demos » grec réticent à la démocratie comme le montre ce film http://www.telerama.fr/cinema/films/le-prix-a-payer,495345.php

Vivant en marge du salariat mais aussi de l’entrepreneuriat, ces entreprises ne paient aucune charges sociales et qui dit charges sociales par terre, dit  protection sociale par terre. Or la protection sociale, sous des formes variées, reste le socle du pacte social qui est le ciment des Etats  occidentaux, héritiers du welfare state.

Deux des piliers de nos sociétés développées sont ainsi sapés sans qu’il n’y ait aucun profit, par ailleurs, pour ces sociétés. En effet, la première conséquence de ces initiatives barbares, ce sont des entreprises par terre mais c’est sûrement ce que Schumpeter aurait appelé la « destruction créative »!

Mais me direz-vous, pour l’instant cela ne concerne que quelques activités de services où des règles d’un autre temps auraient permis que se perpétuent des monopoles anachroniques

Voire. Car rien n’est moins sûr. Petit état des lieux fait par le Monde

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/06/26/de-quoi-l-uberisation-est-elle-le-nom_4662261_4355770.html

De quoi l’« uberisation » est-elle le nom ?

Certes, il ne s’agit là encore que de services, de plus en plus sophistiqués mais de services tout de même.

La sphère de la production de biens serait-elle préservée ? Ce serait moindre mal car si l’organisation du travail au niveau mondial reste ce qu’elle est depuis la fin des années 80, les outils pour la contrer commence à se forger. Or même dans cette sphère-là, ce qu’on appelle des bruits bas commencent à se faire entendre. Prenons par exemple l’impression en trois dimensions, la fameuse impression 3D et ses « fab lab ». De quoi s’agit-il en fait ? Le principe de ces fab lab est qu’on devient le producteurs de ses propres consommations et c’est génial car c’et individualisable sauf que pour produire il ne suffit pas d’avoir un outil informatique même très sophistiqué mais il faut aussi et surtout des matières premières ou si vous préférez des ingrédients pour que ce qui n’est au départ qu’un schéma en trois dimensions deviennent un objet palpable. Cela veut dire que si cette innovation prospère, cela se traduira en fin de compte par une  captation de la valeur de ce que vous auriez produit  via l’imposition de droits d’auteur sur la propriété intellectuelle du logiciel permettant ces prouesses  et  évidemment aussi sur la fourniture des matières et ingrédients chimiques Cela ne vous rappelle rien ? Eh oui,  cela existe déjà, c’est le modèle agricole français, du moins pour ce qu’on appelle l’agriculture conventionnelle.

L’agriculteur, via sa coopérative ou autrement, paye une taxe sur la propriété des semences s’il cultive, ou paye pour ses animaux en bas âge s’il élève. Via sa coopérative ou non, il paye des intrants, engrais, produits phyto-sanitaires et autres poudres de perlinpimpin, inutiles souvent, nuisibles parfois, mais préconisés par les techniciens sans lesquels rien ne se feraient dans ce modèle agricole. Il y a la captation de la valeur ajoutée que ces agriculteurs ont produit  par les fournisseurs en amont et par la distribution en aval. Le producteur de base au milieu est de ce fait mal rémunéré mais le pire est que le plus souvent, il prend tous les risques, financiers mais aussi sanitaires.

Les taxis sont dans la rue, les paysans aussi mais ils se trompent de cible mais ceci est une autre histoire.

Mais comment en est-on arrivé là avec des bonnes idées au départ comme mobilisation de ressources disponibles, rationalisation de l’utilisation des investissements, défense de la planète ?

La réponse tient en trois mots : argent, avidité et misère humaine.

En effet, sans échange monétaire, ces modèles fondés au départ sur le schéma du don et du contre-don  n’auraient pas dérapé

Avidité, car c’est justement parce qu’il y avait possibilité d’échanges monétaires que certains se sont précipités pour en ramasser la plus grosse part.

Misère humaine, parce que justement c’est dur de joindre les deux bouts dans un monde où les richesses sont de plus en plus mal réparties et que la perspective de grappiller quelques miettes anesthésie beaucoup le sens moral.

Alors ces nouveaux barbares, « économie du partage » comme le serine depuis près de deux ans la rédaction  du Figaro

19 mai 2015 http://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/2015/05/19/32001-20150519ARTFIG00006-l-economie-du-partage-eldorado-des-entrepreneurs.php

28 novembre 2014 http://www.lefigaro.fr/conso/2014/11/27/05007-20141127ARTFIG00006-les-francais-sont-fans-de-consommation-collaborative-parfois-sans-le-savoir.php

4 janvier 2014 http://madame.lefigaro.fr/societe/partage-cest-chic-040114-636956

http://video.lefigaro.fr/figaro/video/kisskissbankbank-et-ouicar-misent-sur-l-economie-collaborative-adrien-aumont-et-benoit-sineau-(1-3)/4306412106001/

http://plus.lefigaro.fr/tag/economie-de-partage

ou économie du saccage ?

C’est incontestablement un  saccage dans tous les sens du terme, y compris celui de la « mise à sac », ce qui nous ramène aux « invasions barbares ».

Cela aurait pu être de l’économie du partage, de l’économie collaborative mais cela aurait supposé un changement des mentalités. C’est pourquoi si vous voulez trouver de l’économie du partage, il vaut mieux aller regarder de ce côté  http://www.terraeco.net/a60251.html   Une nouvelle économie fait sa révolution
iMême si c’est payant car rappelez vous que si c’est gratuit souvent c’est parce  que le produit, c’est vous

Vous pouvez plus modestement aller voir également ici http://www.eco-bretons.info/ C’est gratuit…. pour le moment

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