La queue des crépidules

Bien évidemment les crépidules non pas de queue puisque ce sont des coquillages. Non, si j ’ai choisi ce titre un peu paradoxal c’est pour corriger l’impression que j’avais d’avoir laissé un texte, Les crépidules, drôle de bidule qui nous laisse incrédule ! ,qui finissait en queue de poisson.

En prenant ces deux exemples, bretons, de tentatives de transformer une pollution en opportunités commerciales, je voulais montrer l’intérêt de négliger aucune piste permettant de réduire l’impact de l’activité humaine sur son environnement tout en augmentant ou en diversifiant les moyens de satisfaire aux besoins vitaux de cette même humanité. Mais je voulais aussi montrer que le mode de pensée de la plupart des chefs d’entreprise est ainsi fait qu’en partant d’une bonne intention, de graves dérives sont le plus souvent inévitables.

Prenons d’abord le cas des ulves, ces fameuses algues vertes qui, après nous avoir foutu la paix en 2014, pour cause de tempêtes hivernales dévastatrices, risquent de revenir en force maintenant que les chaleurs sont de nouveau là. Voilà une usine, financée par une start-up qui réussit dans la transformation des algues à des fins fourragères ou thérapeutiques OLMIX , par une coopérative légumière SICA et par sa filiale spécialisée dans les extractions AGRIVAL  qui se fait fort de transformer cette ordure en or. Mais il y a une faille dans ce raisonnement. En effet, le but des pouvoirs publics est d’éradiquer cette saleté et surtout de tarir la source de cette saleté qui est la pollution des eaux, essentiellement par les excès d’engrais introduits dans les sols sur les conseils des coopératives et des chambres d’agriculture. Cela veut dire, en bonne logique, que dès le départ, ce projet est voué à une extinction rapide , si on prend en compte l’intérêt général et que les pouvoirs publics sont efficaces, bien entendu. Et bien, non! Si les pollutions aux algues vertes se réduisent, qu’à cela ne tienne, les agriculteurs se feront aquaculteurs pour produire la matière première nécessaire à la rentabilité de leur investissement : ils cultiveront des ulves. Et quand on connaît leurs méthodes pour forcer les rendements, on a de quoi être inquiets.

Mais me direz-vous, ceci c’est de la fiction. Que non point ! la folie des hommes en la matière n’a pas de limite comme le prouve ce projet :  http://www.lemarin.fr/secteurs-activites/peche/22075-polynesie-un-projet-aquacole-100-000-tonnesPolynésie : un projet aquacole chinois à 100 000 tonnes

D’ici à ce que les capitaux chinois s’intéressent à nos crépidules, comme ils sont en train de s’intéresser à nos producteurs de lait, on peut cauchemarder de les voir s’installer dans les baies bretonnes pour y faire de gigantesques fermes de berlingots, destinés essentiellement à l’exportation, surtout si le Français continue à être dégoûté par ce coquillage.

Mais d’un autre côté, on peut pousser la même la logique valorisatrice des sous-produits jusqu’au bout : dans la crépidule, il y a la chair et il y a la coquille , qui est du calcaire quasi pur. Comme les frondes se multiplient contre les extractions massives de sable coquillier, utile parait-il pour l’agriculture[1], on peut fort bien imaginer une joint venture entre ces capitaux chinois qui se font actuellement la main sur le lait à Carhaix (chez LE bonnet rouge) et le groupe Roullier, première puissance agro-alimentaire bretonne, qui s’illustre notamment dans l’extractions de sable coquillier en Baie de Morlaix et veut récidiver en Baie de Lannion, entre deux zones Natura 2000, pour transformer ce sous-produit de la crépiduliculture en amendement riche.  Et on pourra avancer les mêmes arguments: en produisant des crépidules, on réduit les extractions de sable, donc on réduit les atteintes à l’environnement. Et hop, ça serait reparti dans la même spirale car après tout on peut faire du fric avec tout. Finalement cette histoire est sans fin, surtout si l’avidité des hommes reste insatiable.

Pour illustrer cette dérive toujours possible de modèles présentés comme vertueux, j’ai un autre exemple en tête, toujours en Bretagne et toujours autour de l’agriculture. L’élevage bovin est en train d’évoluer en Bretagne et tous les modèles cohabitent depuis le »tout maïs », jusqu’au « tout herbe ». Mais quelle n’a pas été ma surprise d’entendre, au détour d’un débat sur l’autre modèle agricole breton, un éleveur qui était passé au régime herbager, nous expliquer qu’un herbage non seulement ça s’entretient, mais ça se nourrit comme une culture pour avoir un meilleur rendement en lait. D’ici à ce que certains passent au tout herbage et gave leurs prairies d’engrais et autres adjuvants pour produire plus, il n’y a qu’un pas que la folie productiviste peut être prête à franchir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] Comme je l’indiquais dans un autre billet sur le site Eco-Bretons : SABLES COQUILLIERS : « MONSIEUR MACRON, IL EXISTE D’AUTRES SOLUTIONS ! » http://www.eco-bretons.info/ecoclub/biodiversite/sables-coquilliers%C2%A0-%C2%AB%C2%A0monsieur-macron-il-existe-d%E2%80%99autres-solutions%C2%A0%C2%A0%C2%BB

 

 

Advertisements
Cet article, publié dans COUPD'GUEULE, développement durable, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s