Les limites de la pensée sociale-démocrate

Quand j’ai lu le titre de cet article http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/la-decroissance-nous-conduirait-tout-droit-a-la-guerre-civile-michel-rocard-479945.html« La décroissance nous conduirait tout droit à la guerre civile » Michel Rocard, j’ai aussitôt voulu écrire un billet que j’aurais intitulé « Rocky, le combat de trop » en référence à la fois à la série de film ayant mis en vedette Sylvester Stallone mais aussi à un de mes billets publié en 2010 ROCKY CXXX (lire 80) : le retour !! où je m’émerveillais de la lucidité de celui qui reste pour moi le seul bon Premier ministre que le PS ait donné à la France, malgré Strauss-Kahn, malgré Bérégovoy.

L’homme est toujours aussi brillant et son analyse des blocages de l’économie sous le joug des thèses monétaristes reste très pertinente, du moins si on se limite à une vision purement économiste de l’économie. D’ailleurs cet article aurait pu s’intituler « Vaincre le monétarisme passe par la lutte contre la spéculation. »

Son éloge des thèses keynesiennes est également d’une bonne eau et c’est là justement que le bât blesse car il révèle ainsi les limites de la pensée sociale-démocrate, y compris dans sa version « 2° gauche »comme on disait dans le temps. Il faut dire cependant qu’il est desservi par un titre d’interview qui rend mal compte de son contenu mais qui monte en épingle une opinion qui peut fâcher quelques uns, dont moi.

J’entends bien que dans son schéma de pensée décroissance= guerre civile, car dans le mode de pensée social-démocrate, décroissance, veut dire récession, veut donc dire moins de richesses créées, donc moins de possibilités de partage. Or fondamentalement, la social-démocratie est fondée sur cet axiome qui se vérifie à chaque fois : le modèle social-démocrate ne peut fonctionner que si le volume à partager augmente afin que ceux qui ont peu aient un peu plus sans que ceux qui ont beaucoup aient un peu moins. Et c’est là la limite de la pensée sociale-démocrate : elle ne peut fonctionner que dans une économie en croissance. Or, la croissance durable (c’est-à-dire continue) est un mythe incompatible avec un modèle de développement durable(c’est-à-dire soutenable dans la durée). Il aura beau faire toutes les contorsions qu’il veut en invoquant la crise écologique, s’il n’en tire pas les conclusions en termes conceptuels , sa pensée n’ira pas plus loin que le concept d’économie verte. Confondre croissance avec prospérité, c’est croire que PIB veut dire « Principal Indicateur du Bonheur » et c’est pour cela qu’il y aura toujours un hiatus entre les sociaux-démocrates et les écologistes.

Mais cela vaut aussi pour les « libéraux », qu’ils soient « républicains » ou non , pour qui la croissance, cela veut dire plus de richesses qui par ruissellement (trickle down effect) parviendra jusqu’au bas peuple, comme dans les fontaines à champagne.

Mais cela est vrai également de la gauche radicale, celle qui veut mettre « l’humain au cœur » pour qui plus de richesses veut dire plus à récupérer pour le peuple.

Tout ces courants sont les enfants du matérialisme , qu’il soit historique ou hédoniste.

Mais venant d’un courant de pensée qui porte par ailleurs des valeurs proches des miennes sur la solidarité, le partage, le faire ensemble, la démocratie au quotidien, une telle myopie, venant d’un homme par ailleurs capable de voir très loin ne désole mais me conforte aussi dans l’idée que l’écologie politique, ce n’est pas qu’un supplément de verdure dans un paysage rose et rouge. C’est une pensée autonome dont le champ est bien plus vaste que celui des partis politiques. C’est peut-être cela que voulait dire ce slogan « faire de la politique autrement ».

Or justement au cœur du projet « faire de la politique autrement », il y a la question de la démocratie, comment elle fonctionne  et comment elle peut mieux fonctionner. Hasard du calendrier peut-être mais un des anciens lieutenants de Michel Rocard vient de remettre à la ministre de l’écologie un rapport sur la « démocratie participative et le dialogue environnemental ».  Je n’ai pas lu ce rapport mais ce qui en avait fuité en mai était plutôt décevant. Les réactions de ceux qui l’ont lu confirme ces craintes

http://www.actu-environnement.com/ae/news/rapport-dialogue-environnemental-democratie-participative-24667.php4#xtor=ES-6

Le rapport sur le dialogue environnemental reçoit un accueil contrasté

On en reste là aussi au toilettage de schémas anciens, à l’amélioration de procédures, comme si cela n’était qu’une question de procédure, du moins dans le sens entendu ici. C’est encore une des limites de la pensée social-démocrate de penser que le dialogue environnemental, comme le dialogue social se fait dans le cadre de procédure et de grands messes entre institutions. On ne trouve nulle part dans le rapport et les commentaires qu’il suscite, des notions comme contre-pouvoir, comme expertise indépendante, la généralisation des conférences de consensus, enfin des méthodes basiques qui font que la démocratie n’est pas qu’un jeu d’acteurs mais l’expression de ce que pensent et veulent les citoyens, qu’ils soient directement concernés, parce qu’a proximité d’un projet ou indirectement concernés parce que le projet n’a pas que des impacts vicinaux.

Inutile de répéter ce que j’ai dit plus haut sur les conséquences en termes de tactiques politiques de cet état de fait.

Mais voilà deux exemples pris dans l’actualité pour dire que l’écologie politique est une pensée « autonome et responsable », autonome, parce que responsable mais aussi responsable parce qu’autonome et ceci n’est pas qu’un jeu sur les mots car cette bijectivité ne va pas de soi.

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