Mobilité « durable » ! (de lapin?)

Le développement économique des territoires s’accompagnent inévitablement d’un développement des échanges et donc des flux de transport. C’est du moins vrai dans le modèle économique actuel où les tomates sont produites à un endroit, les bœufs élevés dans un autre mais abattus dans un troisième, que le tout est cuisiné dans un autre coin pour devenir ravioli mis en conserve dans une boite métallique venant encore d’ailleurs pour être vendu, on ne sait où. Dans un autre modèle plus rationnel, les choses pourraient être différentes mais pour l’instant, le mouvement de relocalisation des productions n’est pas assez vigoureux pour inverser la tendance.

Dans un tel schéma, on voit donc se dessiner quelques corridors où se concentrent et se renforcent le trafic. Parmi ceux-ci il y a celui qui partant du Sud de l’Angleterre et des rives de la Mer du Nord, rejoint la péninsule ibérique en passant par la face atlantique et l’autre qui partant de la Mer du Nord et de la Rhénanie irrigue à la fois la péninsule italienne et la péninsule ibérique.

Je ne m’intéresserait qu’au premier nommé. Il y a eu pour irriguer cette zone l’autoroute des estuaires qui partant de Dunkerque rejoint Bordeaux puis la côte basque. Une telle autoroute est une aubaine pour les transporteurs routiers et ce n’est pas la reculade du gouvernement actuel sur la redevance poids lourds qui va inverser la tendance. L’une des alternatives était de mettre ces poids lourds sur les rails . C’est le principe même des autoroutes ferroviaires. L’une fonctionne déjà bien entre la frontière luxembourgeoise et la frontière catalane, sur l’autre corridor européen qui traverse la France. A force de présenter et de commenter les chiffres, tout le monde sait la part du trafic routier dans les émissions de gaz à effet de serre mais aussi de particules fines. Alors que nous sommes à un peu plus de six mois du sommet de Paris sur le climat, dont Hollande comme Royal veulent faire un succès, la décision de renoncer à l’autoroute ferroviaire Pas-de-Calais est de ce seul fait incompréhensible http://www.ouest-france.fr/le-gouvernement-renonce-lautoroute-ferroviaire-3369379

Pas de Calais-Landes. Le gouvernement renonce à l’autoroute ferroviaire A droite comme à gauche, cette décision a été assez vertement critiquée et lors de la séance des questions parlementaires qui a suivi, les explications du ministre des transports ont paru plutôt embrouillées. Appelant d’abord à la rescousse les difficultés financières qui ne permettent pas à la SNCF de financer à la fois le fret ferroviaire et la rénovation du réseau secondaire, il a ensuite invoqué la gêne occasionnée aux riverains par les manœuvres de ces grands trains de mille mètres, gêne qui aurait été mises en évidence par l’enquête publique. Ces explications sont à la fois peu crédibles et parfaitement démagogiques et montre surtout que ce gouvernement a plus peur du lobby des routiers que de l’opinion publique, française et internationale. En tout cas ces convictions écologiques sont parfaitement molles donc malléables au gré des dossiers.

Cela dit, il existe une alternative pour soulager le trafic des camions qui descendent par la façade atlantique et c’est un projet cher à l’Union Européenne, les autoroutes de la mer. Vous remarquerez que nos technocrates manquent singulièrement d’imagination puisque dans un cas comme dans l’autre, leur proposition pour réduire le trafic autoroutier est de créer….une autoroute, du fer dans un cas, de la mer dans l’autre. C’est dire si le modèle autoroutier a fortement imprégné les mentalités et le discours des ingénieurs aménageurs du territoire.

Ces navettes cadencées de ferries gros porteurs avaient été mises en œuvre sur la face atlantique entre l’estuaire de la Loire et la côte Nord de l’Espagne mais au bout de quatre ans, le service s’est arrêté, non pas faute de clients mais faute de subventions. Et voilà que moins d’un an après l’interruption on reparle de relancer la ligne Montoir-Gijon, preuve de son utilité  http://www.entreprises.ouest-france.fr/article/transport-lautoroute-mer-nouveau-sur-table-06-05-2015-208644?utm_source=newsletter&utm_medium=OFentreprise&utm_campaign=20150507_local_votreNewsletterTransport. L’autoroute de la mer de nouveau sur la table . Comme il n’est jamais sain qu’une activité soit subventionnée indéfiniment, il sera intéressant de voir comment sera négocié cet appel à manifestation d’intérêt. C’est un autre test de la volonté réelle de ce gouvernement de sortir du tout-routier sur cet axe de communication vital pour toute la partie Ouest de la France mais aussi la péninsule ibérique et au-delà le Nord de l’Afrique.

Voilà deux dossiers qui donnent de la consistance au discours un peu creux, sans cela, autour de la « mobilité durable ». Les mots ne sont pas que des slogans, ils doivent surtout rendre compte d’une réalité, de décisions et d’actes. Sinon comme aurait dit ma grand’mère « c’est de la peau de lapin ».

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