La vie duraille : TGV du rêve au cauchemar

Quand François Mitterand, réalisant le projet de son prédécesseur, inaugurait la ligne TGV Paris-Lyon-Marseille, on pouvait parler de rêve de modernité.  30 ans après, d’autres pays qui aspirent à la même modernité font le même rêve de modernité et pour eux cela rime aussi avec TGV : http://www.ouest-france.fr/le-maghreb-reve-de-son-tgv-3366780 Train. Le Maghreb rêve de son TGV

Mais comme le fait justement remarquer l’auteur de cet article, ce magnifique projet se heurte aux problèmes des frontières. On aurait pu penser que ce problème était résolu pour les TGV transfrontaliers qui circulent en Europe. C’est vrai pour l’Eurostar entre Paris et Londres et le Thalys entre Paris et Bruxelles mais pas tout à fait quand même car les frontières existent encore quoiqu’on dise et elles se rappellent aux bons souvenirs des opérateurs ferroviaires dès qu’on sort des schémas classiques : http://www.ouest-france.fr/une-liaison-va-relier-londres-marseille-lyon-et-avignon-3366786 Eurostar. Une liaison va relier Londres à Marseille, Lyon et Avignon

Il n’y aurait que ce problème de douanes et de frontières, ce serait moindre mal et le rêve pourrait se continuer mais il y a plus sérieux. Economiquement l’exploitation des lignes TGV est loin d’être partout la réussite affichée pour les premières d’entre elles. Au point de vue impact écologique si la comparaison avec l’avion est plutôt flatteuse, il n’en demeure pas moins qu’au sol  l’impact est souvent sévère au point que les nouveaux projets de ligne provoquent des réticences de plus en plus grandes des populations traversées (ou desservies, dans les deux sens du terme) par ces projets, aussi bien dans le Sud-Ouest  de la France et en Espagne que dans le Sud-Est de la France et en Italie, avec toujours la même argumentation : « cela coûte très cher pour un bénéfice temps aléatoire » et surtout « il n’est pas prouvé que le fret rapide sera favorisé. »

Ces opposants n’ont pas tort si on en croit une décision récente du ministre des transports français http://www.ouest-france.fr/le-gouvernement-renonce-lautoroute-ferroviaire-3369379Pas de Calais-Landes. Le gouvernement renonce à l’autoroute ferroviaire . Et pourtant la première autoroute férroviaire mise en œuvre entre la frontière luxembourgeoise et la Catalogne remplit parfaitement sa mission dans des conditions économiques acceptables. Mais il semblerait que la SNCF n’ait plus les moyens de sa politique et que de guerre lasse elle a laissé tomber ce qui a fait sa réputation et sa force pendant des décennies, le transport de marchandises . Le juste à temps et le toujours plus vite qu’imposent les modes de production fractionnés de l’industrie européennes s’accommodent mal  des contraintes du trafic ferroviaire sauf justement …lorsqu’on met en place une autoroute ferroviaire. Incompréhensible donc.

Le « tout pour le TGV » est en train de virer du rêve au cauchemar . Du fait d’une réorganisation ratée, la SNCF démembrée a délaissé les autres liaisons ferroviaires en profitant notamment du transfert aux régions du pilotage des réseaux régionaux. Malgré toute la bonne volonté mise en œuvre par certains Conseils régionaux, la densité du trafic a diminué et la ramification du réseau s’est racornie au point que le train n’est plus autant plébiscité par les usagers qui lui préfèrent leur voiture. Mais le transport ferroviaire, ce n’est pas que le train, c’est aussi ce qui va avec : les gares et dans les gares, les buffets de la gare. Une institution aussi célèbre que le jambon-beurre surnommé le Bayard car « sans peur mais pas sans reproche ». Mais qui dit TGV, dit « gare TGV » et dans les gares TGV, l’espace est géré de façon moderne c’est-à-dire avec le maximum d’efficacité commerciale. Donc exit les buffets de la gare, un peu ringard. Un exemple parmi d’autres, Morlaix : http://www.ouest-france.fr/au-buffet-de-la-gare-lamertume-du-gerant-3366564 Liquidation judiciaire. Au Buffet de la gare, l’amertume du gérant

C’est vrai qu’à côté de la nouvelle passerelle en aile de mouette, ouvrage emblématique du futur pôle multimodal, le buffet de la gare qui n’avait pas changé depuis le train à vapeur faisait un peu tâche. et  nul doute que les marketteurs de la SNCF vont aussi restructurer cet espace pour en faire, un coin cafetaria et un point Relais, qui remplacera le kiosque à journaux et pourquoi pas puisqu’on est en Bretagne, un coin souvenirs et produits locaux. Ce serait moindre mal si cette gare restructurée retrouvait une fonction sociale dans le quartier. Il n’empêche que pour ces commerçants, le TGV ce n’est pas le rêve mais bien la fin de leurs rêves.

Pour en revenir à mon point de départ, les rêves maghrébins de TGV, il ne faudrait que comme en France où dans tous les pays où ils se sont développés, l’arrivée des trains à grande vitesse ne deviennent un outil  de « déménagement du territoire » alors qu’il promettait d’en favoriser l’aménagement plus harmonieux. En d’autres termes, il ne faudrait pas qu’une ligne littorale, empruntée principalement par les classes aisées de vident pas encore plus vite les campagnes de l’intérieur, déjà passablement oubliées par les politiques publiques, au Maghreb, comme ailleurs.

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