Mort ou renaissance du capitalisme ?

Dans mon précédent billet, je parlais de la publication de la liste des hommes et femmes les plus riches du monde. J’y reviens, non pas par fascination morbide vis-à-vis de tout ce qui brille mais parce que l’évolution de cette liste est préoccupante

http://www.lesechos.fr/monde/etats-unis/0204194190652-les-milliardaires-nont-jamais-ete-aussi-riches-et-nombreux-1098067.php

Les milliardaires n’ont jamais été aussi riches et nombreux

Si le cancer ne vous suffit pas….

Mais manifestement cela ne préoccupe pas que ma petite personne puisqu’un éditorialiste d’un des journaux financiers qui publiaient et commentaient cette liste s’interroge de savoir si cette évolution est une bonne ou une mauvaise chose pour le système et cela se terminait quand même par une interrogation : « N’est-ce pas le symptôme que le capitalisme est malade ? »

Mais si, messire, cela est. En effet si on peut me permettre une petite comparaison avec notre anatomie et la façon dont elle se développe plus ou moins bien, comment appelle-t-on une évolution où quelques cellules se développent de façon disproportionnée par  rapport aux autres cellules au point de les détruire et de constituer d’affreuses excroissances plus ou moins visibles, dont la vie de plus en plus autonome affaiblit tellement le corps qu’à la fin il en meurt ? Cela s’appelle un cancer !

Si ma comparaison vaut quelque chose, cela veut dire que ces milliardaires sont le cancer du capitalisme et que si rien n’est fait ce système en mourra, à force d’épuisement du reste du corps social. D’après une étude publiée par une ONG anglaise, ils ont déjà accaparé une grande partie de la richesse mondiale et ce n’est pas près de s’arrêter semble-t-il.

Ce système est donc condamné. Faut-il s’en réjouir? Je n’en sais rien. Mais peut-être que ma comparaison n’est pas bonne et que notre anatomie n’a rien à voir avec le capitalisme qui depuis qu’il existe à toujours réussi à surmonter TOUTES les crises auxquelles il a été confronté.

Si les plantes saprophytes ne l’épuisent pas….

Sauf que au sein de ces corps bouffis, le cerveau a petit à petit perdu sa place et dans ce cerveau, l’âme en particulier. Dans ces organisations-là, car on ne peut plus vraiment les appeler des entreprises, ce qui faisait la justification morale du capitalisme a disparu, au profit du culte exclusif de l’argent. C’est à ce genre de symptôme aussi qu’on se rend compte qu’un corps ou un système social est malade : il a perdu l’esprit, au sens spirituel du mot ici. C’est ce qui permet à certains d’affirmer que le capitalisme est en fin de règne et que ses Trente Glorieuse à lui, qui sont paradoxalement les Trente Piteuses de l’Europe, sont en quelque sorte son chant du cygne. Comme dans toutes les fins de règne, il se trouve toujours un « maire du palais », un « vizir » ou un grand chambellan qui veut devenir calife à la place du calife. Et quel est le meilleur moyen de devenir calife dans un monde où le califat se compte ni en nombre de croyants qu’on commande, ni en nombre de divisions qu’on peut mettre sur le pied de guerre mais au nombre de zéros qu’on aligne au bas de sa déclaration de patrimoine ? Le meilleur moyen est de rentrer dans leur cercle fermé. C’est ce que vient de faire un salarié d’une entreprise dont il n’est ni le propriétaire, ni le fondateur

http://www.ouest-france.fr/etats-unis-690-millions-de-dollars-pour-le-dirigeant-de-blackstone-3224055

États-Unis. 690 millions de dollars pour le dirigeant de Blackstone

Cela illustre à quel point aussi les valeurs fondatrices du capitalisme, valeurs contestables mais valeurs quand même, ce qui est préférable à l’absence totale de valeurs, se sont évaporées. En effet, rien ne justifie qu’une seule personne accapare à son profit exclusif une telle part de la richesse créée par d’autres, ni la propriété du capital, ni la prise de risque, ni rien de ce qui a permis au capitalisme d’imposer son mode de captation des richesses. C’est l’émergence d’une nouvelle forme de pouvoir dans le système capitaliste.

….Le boa constrictor finira par se manger

Mais un nouveau mal guette ces entreprises devenues trop grasses. Comme je ne risquerai plus dans les analogies anatomiques, je vous épargne les références aux affres de l’obésité et du diabète. Non je veux parler de ces entreprises qui ont perdu tellement le sens de l’économie réelle qu’elles ne savent plus que faire de leur argent. Et comme il s’agit de gens rationnels, ils vont pousser le système à ses limites parce que c’est là que se trouve l’accomplissement de leur pensée. A la question qu’ils se posent « Comment peut-on encore maximiser notre revenu ? », la réponse est simple « En réduisant au minimum, le coût de tous les facteurs. » Et parmi ces facteurs, il y a le capital. Le meilleur moyen de réduire ce coût du capital, c’est encore de réduire le montant de ce capital qu’il faut bien rémunérer. Pour ces technocrates du capitalisme, le seul adversaire qui leur reste, ce sont les capitalistes eux-mêmes. Donc le paradoxe auquel ils arrivent et d’aspirer à un capitalisme sans capitaliste et ce par ce biais

http://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/0204193714966-quand-le-capitalisme-en-vient-a-se-mordre-la-queue-1098149.php

Quand le capitalisme en vient à se mordre la queue

On comprend qu’un « croyant » comme l’auteur de cet éditorial soit décontenancé par ces méthodes nouvelles. Dans sa vulgate, en effet, la justification du capitalisme est de permettre à ceux qui ont de l’argent de l’apporter à ceux qui ont des idées mais peu d’argent pour leur permettre de réussir dans leur entreprise. Ici c’est l’inverse : ce serait les entreprises, qui ont de l’argent à ne plus savoir qu’en faire et qui faute d’avoir des idées productives pour l’utiliser souhaitent le rendre à d’autres qui ne savent plus qu’en faire faute d’avoir des idées. Parmi ceux-ci, il y a les fonds de pension, c’est-à-dire l’épargne des générations passées. Or celle-ci a besoin d’être rémunérée, non thésaurisée, pour pouvoir se pérenniser.

C’est un peu le serpent qui se mord la queue, sauf qu’en l’occurrence, il ne se contente pas de se la mordre, il l’avale et finira par ressembler au boa mis en image par Hergé dans son deuxième album des aventures de Tintin. Image tristement ironique.

Alors, moribond le capitalisme ?

Pas vraiment si on en croit la presse, non pas celle qui est branchée sur la mondialisation mais plutôt celle qui est branchée sur les territoires. En effet, on retrouve à ce niveau les réflexes qui ont fait la splendeur du capitalisme : des gens qui ont de l’argent qui le prêtent à ceux qui en ont moins mais qui ont des idées en contrepartie d’une part de la richesse que ces idées vont générer

http://www.entreprises.ouest-france.fr/article/finistere-angels-ont-investi-dans-nombreuses-entreprises-2014-01-03-2015-196622?utm_source=newsletter&utm_medium=OFentreprise&utm_campaign=20150303_local_votreNewsletter

Finistère Angels. Investissement dans de nombreuses entreprises en 2014

Mais manifestement, les deux flux ne sont pas de même intensité. Comparez en effet ce que ces « anges », comme ils s’appellent, sont capables d’investir en un an et ce qu’une seul personne est capable d’accaparer à son seul profit. On voit bien que ces gens-là ne tirent pas dans la même catégorie. Mais pour autant, ils se réclament du même système et de la même idéologie. Cela me fait penser au dialogue que mettait en scène Jack London dans son roman politique prémonitoire « Le Talon de Fer » entre d’un côté des petits patrons et de l’autre un penseur socialiste que j’ai publié sur ce blog il y a plus de quatre ans

Le feuilleton de l’été : le talon de fer Chapitre 6 où nous découvrons que comme dans la mer, ce ne sont jamais les petits poissons qui mangent les gros Publié le juillet 29, 2010

Si vous avez lu ce texte vous constatez que ceux qui sont en quelque sorte la justification morale du capitalisme, au sens où Max Weber disait que le capitalisme était le fruit d’une morale religieuse, apparaissaient donc comme les  victimes de ce système. Reportons-nous aujourd’hui, rien n’a changé et les mêmes causes produisant les mêmes effets, quoiqu’il arrive, ce système, c’est-à-dire le capitalisme, aboutira toujours aux mêmes excès et, comme à chaque phase, les monstres que cela produit sont de plus en plus monstrueux, il arrivera bien un moment où le serpent aura fini d’avaler les grands corps malades à la fois de ses parasites et de leurs proliférations métastatiques.

Tristes perspectives. En effet, comme on n’a rien inventé d’autre, il faudra bien vivre avec. « Rien inventé d’autre ? » Ce n’est pas si sûr. Le socialisme ayant montré ses limites aussi bien dans sa version social-démocrate que dans sa vision communiste, il est disqualifié dans ces deux versions. Reste l’Economie Sociale et Solidaire mais elle aussi à ses propres contradictions à résoudre. Mais ceci est une autre histoire.

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