Innovation ? Quelle innovation ?

Innover, innover, innover ! ils n’ont plus que ce mot à la bouche. Je ne rentrerais pas dans le débat sémantique sur ce qu’est l’innovation, mais je constate qu’est innovation aussi bien le « téléphone-appareil photo-ordinateur-grille-pain » que le « vélo très lourd qu’on prend à un endroit et qu’on laisse ailleurs parce qu’on est libre » ou encore « si tu me donnes des sous je ferais quelque chose de très chouette et t’en auras une copie gratos ». Donc l’innovation n’est pas que technique, elle peut être commerciale ou sociale. Même les associations, sans but lucratif, sont sommées d’être innovantes si elles veulent bénéficier des subsides publics. C’est donc le concours Lépine permanent.

On se demande bien d’ailleurs ce qui poussent tous ces gens a priori rationnels à vouloir toujours du nouveau quitte à rejeter un « ancien » qui rend encore bien des services. J’avancerais bien quelques pistes personnelles : la compétition internationale ? C’est vrai pour ce qu’on appelle le « business » mais franchement pour une association citoyenne, je vois pas bien. Le besoin d’améliorer le monde tel qu’il est ? Voilà une motivation bien plus passionnante et qui pourrait convenir à tous.

Voyons ce que donne cette grille de lecture à partir de deux cas d’entreprises présentées comme innovantes, situées toutes deux dans le secteur de l’informatique. Il s’agit donc a priori d’innovation technologique.

1984 dans votre ordi

Voici  la première « innovation »:

http://business.lesechos.fr/entrepreneurs/financer-sa-creation/nextuser-la-start-up-francaise-qui-pitche-devant-richard-branson-107881.php#xtor=EPR-21-[entrepreneurs]-20150211-[Prov_]-1681742@2

NextUser : la start-up française qui pitche devant Richard Branson
Si vous avez lu l’article, vous vous êtes peut-être dit , comme moi, en lisant le début : « Wouah ! c’est impressionnant. Un petit Frenchy qui est reçu par un parterre de ce que le monde de l’informatique et du net fait de mieux ». Puis, en fin de lecture, je me suis demandé quelle utilité sociale pouvait bien avoir cette « innovation » .

Pour ceux qui n’ont pas lu, je résume : c’est un machin qui, comme beaucoup d’autres cookies, vous pistent sur internet, mais celui-ci présenterait en plus la particularité de décortiquer votre personnalité à travers vos pérégrinations sur la Toile. Et cela dans le but de permettre à n’importe quel marchand, de trucs plus ou moins utiles, de vous aborder sur vos navigations pour dire combien il vous comprend. Bref, c’est du flicage psychologique, mais à votre insu.

C’est pas nouveau : n’importe quel vendeur a appris dans son école de vente, à déchiffrer les névroses, les angoisses et les envies de ses prospects. Mais là au moins, vous le savez puisque le vendeur est là en train de vous baratiner. Vous pouvez donc résister.

Avec ce machin, cela se fait dans votre dos . Si innovation rime avec espion, alors moi je dis « Non, merci ! »

Mais aurai-je vraiment mon mot à dire ?

La nouvelle pomme est peut-être nantaise

Voici la seconde « innovation » :

http://www.entreprises.ouest-france.fr/article/innovation-jules-lordi-nantais-qui-boude-apple-microsoft-12-02-2015-193162?utm_source=newsletter&utm_medium=OFentreprise&utm_campaign=20150213_local_votreNewsletter

Innovation. Jules, l’ordi nantais qui boude Apple et Microsoft

Cela me rappelle que dans un précédent billet, je me suis gentiment moqué des fans de l’ordi à la pomme et de son univers, du moins de ceux qui tapent sur ce matériel et avec ces logiciels des textes très enflammés et très définitifs contre les « multinationales néolibérales » , contre la « mondialisation inhumaine qui exploite les uns tout en dépouillant les autres », contre « le mythe de la croissance continue qui mine la planète » ou plus simplement contre « l’accumulation de plus en plus de richesses entre des mains de moins en moins nombreuses » sans se rendre que c’est avec ce matériel et ces logiciels que la firme en question a généré, le plus gros bénéfice jamais enregistré en un seul  trimestre par une seule entreprise et qu’à ce titre, elle représente la quintessence de ce qu’ils dénoncent.

Et voilà donc un ordinateur qui répond au fier nom de « Jules », tout équipé de logiciels « libres » qui prétend combattre à lui seul l’oligopole constitué par le duo de la pomme et de la fenêtre. Culotté le projet. Mais après tout lorsqu’ils démarrèrent  leur affaire, les deux Steve avaient aussi comme ambition de mettre fin au monopole de celui qu’on appelait « le grand bleu » et qui au début des années 80 contrôlait 80% du marché mondial des machines informatiques.

Alors proposer un appareil dont tous les logiciels seraient gratuits, qui ne se démoderait pas au fil des années parce que la communauté des utilisateurs génère ses propres améliorations , est-ce vraiment une innovation ? ça, je ne le sais pas mais en tout cas, ce serait socialement bien utile,…. A condition qu’on m’apprenne l’univers Linux.

Alors ? Il y a bien innovation et innovation. Mais  je suis prêt à parier mon vieux HP contre un petit Jules que ces petits Nantais ne seront jamais reçu dans l’ile paradisiaque de celui dont l’entreprise est virginale. Bizarre, non ?

Publicités
Cet article, publié dans l'économie comme on la subit, l'économie comme on la voudrait, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s