Mondialisation heureuse : c’est qui le patron ?

Le chef d’œuvre du libéralisme économique, lire capitalisme, c’est la mondialisation, voilà un fait entendu ! Evidemment, comme nous sommes dans l’idéologie, cette mondialisation est forcément heureuse, comme auraient dû l’être les lendemains qui chantaient, après la veille du grand soir.

Mais la réalité est têtue. Le monde ne va pas bien et la mondialisation n’est pas heureuse.

Heureusement, se dira-t-on, il reste les Etats, les fameux Etats-Nations qui ont permis au monde de vivre une grande période de démocratie, entrecoupée tout de même par deux guerres mondiales, des guerres de décolonisation mais aussi l’instauration de ce qu’ont a appelé en bon franglais le « Welfare state ».

A force de dénoncer le « tout-Etat » et prôner le « moins d’Etat », les tenants du libéralisme économique, lire capitalisme, ont fini par être entendu. Il faut dire qu’ils ont bien été aidé par les Etats eux-mêmes qui, en considérant que l’argent public était un puits sans fond, ont fini par toucher ce fond et maintenant d’une manière ou d’une autre, ils en payent les additions. La plus cruelle d’entre elles est l’impuissance à faire face aux dangers qui menacent la planète.

Le premier est, je dirais conjoncturel. Il concerne ce que les medias appellent le « terrorisme ». Le terme est juste car effectivement, par leurs méthodes et leur façon de penser et d’agir, ces groupes génèrent un sentiment de terreur. Mais cela va au-delà des attentats lâches puisqu’on y inclut également des actes de guerilla voire de guerre ouverte. Ces mouvements, sous couvert d’idéologie religieuse, entendent imposer une vision du monde orthogonale à ce qui a fait le ciment des sociétés démocratiques que sont une grande partie des Etats Nations. On ne saurait nier que leur démocratie est souvent imparfaite, parfois même caricaturale mais même les pires d’entre elles essaient au moins de respecter des règles de forme, reconnaissant par là la valeur du modèle, même si c’est pour le détourner au profit de quelques uns.

Mais face à ce terrorisme, les Etats sont en partie impuissants puisque leur adversaire, ayant parfaitement compris que la faiblesse des Etats est justement l’argent et le contrôle de celui-ci, utilisent toutes les facilités que les autres adversaires de l’Etat-Nation ont mis en œuvre pour le contourner. En s’adressant aux participants du Forum Economique Mondial (le titre à lui seul est déjà un programme), le président français en tire les conclusions qui s’imposaient

http://www.optionfinance.fr/actualites/bourse/detail/francois-hollande-en-appelle-aux-grandes-entreprises-pour-lutter-contre-le-terrorisme.html

François Hollande en appelle aux grandes entreprises pour lutter contre le terrorisme

Son ennemi est certes la Finance mais il a besoin de la Finance et de ses réseaux pour mener à bien la lutte des Etats Nations contre cette nouvelle gangrène de l’esprit qui a pris la place des totalitarismes idéologiques de la première moitié du siècle précédent.

Cela dit, pour que la mondialisation soit heureuse, le capitalisme, entendez les groupes financiers qui manipulent dans le vide des masses financières aussi colossales que virtuelles, a besoin de sérénité, besoin que les consommateurs consomment, que les épargnants épargnent . D’avoir pris la place des Etats lui donnent donc des responsabilités nouvelles dans la conduite du monde. Pour un démocrate comme moi, c’est un constat amer mais c’est aussi une réalité que ne peuvent plus ignorer, cette petite poignée de femmes et d’hommes qui disposent des moyens dont ne disposent plus les Etats (en l’occurrence, le contrôle sur la monnaie et les circuits financiers entre autres) peuvent contribuer à faire bouger les choses.

Vouloir être les maîtres du monde, c’est aussi un responsabilité. Il faut donc l’assumer.

Le deuxième danger est lui beaucoup plus structurel. Il est même mortel pour la planète si nous ne faisons rien. Je veux parler des risques environnementaux, bien sûr que d’autres appellent la crise écologique. Et là, il semblerait que devant l’incurie manifeste des Etats-Nations, la même Finance ait décidé de prendre le taureau par les cornes

http://www.novethic.fr/empreinte-terre/climat/isr-rse/davos-les-risques-environnementaux-ont-pris-le-pas-sur-les-risques-economiques-143017.html

DAVOS : les risques environnementaux ont pris le pas sur les risques économiques

Il faut dire qu’ils font vraiment pitié les dirigeants de ces grands pays incapables de régler le moindre problème environnemental, soit parce qu’ils n’arrivent pas à se mettre d’accord sur la méthode, soit parce qu’ils n’arrivent pas à se mettre d’accord sur une réglementation commune, soit enfin parce qu’il n’arrive pas à se donner les moyens d’appliquer la moindre réglementation quand par hasard ils sont arrivés à un consensus mou sur des règles communes.

Comme les problèmes écologiques ne sont pas de ceux qui se règlent avec le temps, les choses ne font que s’aggraver d’année en année et cela commence à se voir que les écologistes, qu’ils soient « politiques » ou « associatifs » avaient raison de tirer le signal d’alarme depuis 4 décennies.

Au cœur du débat, le changement climatique évidemment car de lui découle beaucoup de bouleversements. En effet, si les cycles des saisons sont perturbés, la production agricole va être perturbée et quoiqu’on dise, c’est encore dans l’alimentaire qu’on fait le mieux son beurre. Si tous les continents sont secoués à intervalle de plus en plus rapprochés par des phénomènes météorologique extrêmes, cela va finir par désorganiser les chaînes mondiales de la production qui supportent de moins en moins des retards en un point (« le flux tendu » qu’ils appellent ça, coco !). Si à intervalle régulier les immeubles et les infrastructures sont dévastées, c’est peut-être bon pour le PIB, car reconstruire c’est du PIB en plus, mais il faut bien que quelqu’un paie. Et l’assurance, c’est avec les fonds de pension, la source essentielle de la Finance.

Pour la Finance, il faut donc agir et vite et d’autant plus vite que se précise de nouveau à l’horizon une de ces grandes messes internationales sur le climat, qui aura lieu en décembre à Paris, le COP 21. Sait-on jamais ? Peut-être que, pris d’effroi devant les perspectives apocalyptiques, les chefs d’Etats vont avoir un réflexe salutaire et se mettre d’accord sur un programme ambitieux, devenir des vrais Hommes d’Etat en quelque sorte. On peut en rêver même si j’en doute. Et comme la Finance est avant tout prévoyante, Elle ne peut pas prendre le risque que cet aréopage de pompeux impuissants prennent des mesures susceptibles de réduire Sa liberté d’action. Et pour la finance qui est libérale par essence, réduire Sa liberté est un crime majeur. C’est pourquoi ce Forum a décidé de prendre les choses en main et d’allumer tous les contrefeux nécessaires pour qu’en fin d’année rien de fâcheux n’arrive.

Comme on le voit à travers ces deux exemples, le vrai patron, ce n’est pas Obama, ce n’est pas le président chinois, encore moins le « moi, Président » pour qui l’ennemi c’est la Finance. Non le vrai maître du monde c’est la Finance elle-même. Pour autant, on n’en n’est pas plus rassuré. En effet, il n’est guère rassurant de lire cette conclusion du rapport du Forum Economique Mondial 2015 : « Au cœur du problème: l’approche de gestion des risques fondée sur des mesures prises en réaction aux crises et qui attend que les choses reviennent à la normale par la suite. Cette approche ne répond pas aux risques environnementaux, très complexes et évoluant lentement, tels que le changement climatique. » Les nouveaux tauliers semblent aussi démunis intellectuellement que les anciens. Ça craint !

Advertisements
Cet article, publié dans l'Etat régalien, mondialisation quand tu nous tiens, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s