Dans péage, il y a payeur !

Les sociétés concessionnaires d’autoroutes payantes (ce qui en France est un pléonasme sauf dans le Nord-Pas de Calais ,merci Charles ) ont entamé un bras de fer avec le gouvernement pour augmenter le tarif des trajets que nous effectuons à la vitesse réglementaire de 130 km/h. Cela tombe bien, dans !e même temps, le gouvernement entamait avec les concessionnaires des autoroutes, un bras de fer pour leur enlever leur concession. Mais pourquoi donc cette brutale montée d’agressivité de par et d’autre entre partenaires habitués de longue date à faire affaire ensemble, sur les autoroutes, dans le bâtiment, les travaux publics, les constructions de lignes TGV ou la gestion d’aéroports pour certaines d’entre elles ?

Voici les raisons invoquées par les unes et l’autre. Commençons par les sociétés fermières qui, comme les fermiers généraux de l’Ancien Régime, perçoivent les octrois pour voies rapides. Elles vont devoir faire face à des charges de gestion plus lourdes voire même à des investissements de maintenance et pour cela, elles ont besoin de rentrées supplémentaires. L’argument peut s’entendre sauf que, d’une part, cela fait partie du contrat qu’elles ont signé et c’est un peu le risque d’entreprise que d’assumer ceci et d’autre part, elles ont des marges d’exploitation qui feraient rêver n’importe lequel des petits chefs d’entreprise : 20%. L’argument ne tient donc pas mais depuis tant d’années qu’il leur suffisait de demander une rallonge pour l’obtenir , cela est devenu une habitude , la petite gâterie de Noël, quand ce n’est pas de Noël et de l’été. Difficile de s’en passer, un peu comme les marrons glacés après Noël .

Du côté de l’Etat, les raisons sont plus nobles : justement parce que ces sociétés font des bénéfices exorbitants, il est devenu urgent que cela revienne dans le giron de l’Etat que la gestion des autoroutes n’aurait jamais dû quitter. Incidemment, si cette récupération se fait dans des conditions aussi avantageuses que se font les cessions d’aéroports, cela permettrait de reconstituer un peu les capacités d’autofinancement de l’Etat. L’autre solution aurait été d’instaurer une taxe exceptionnelle sur les surprofits des sociétés concessionnaires mais cela risquait de ne pas plaire à Bruxelles, voire au Conseil d’Etat, très sourcilleux sur le respect de l’égalité de traitement quand il s’agit de tels monstres économiques.

A deux jours de l’échéance, on se doute que le bras de fer n’ira pas à son terme, justement parce que ces vieux partenaires en affaire ne peuvent pas se fâcher aussi violemment. On ira donc vers un compromis. Certains avance l’idée que ce compromis serait en fait la mise en place d’un tarif différencié selon le type de véhicules. Et le raisonnement se veut vertueux et on favorisera les véhicules dits « écologiques » au détriment des autres. Certains parlent même de pénaliser les véhicules diesel. Mauvaise pioche, ai-je envie de dire. En effet, si les charges des entreprises d’autoroutes augmentent, c’est peut-être parce que les voies se détériorent plus vite et si elles se détériorent plus vite, c’est parce que des poids lourds y circulent à des tarifs sans commune mesure avec les dégâts qu’ils occasionnent. Instaurer une taxe poids lourds aurait été une bonne solution. Le Parlement unanime l’avait même voté, on l’avait injustement appelé « écotaxe ». On aurait dû d’ailleurs l’appeler « pollutaxe ». Si l’hypothèse de la taxe différenciée selon le carburant était vérifiée, reconnaissons quand même aux têtes d’œuf de Bercy et du ministère des transports, une certaine constance dans le raisonnement puisque c’est chaque fois la peinture verte qui servirait à masquer ce qui en fin de compte serait un hold-up supplémentaire.

En effet analysons ce qu’on dit ; tarif réduit pour les véhicules électrique et les véhicules hybrides, pour le covoiturage, et tarif augmenté pour les véhicules diesel.

Véhicules électriques : compte tenu de l’autonomie actuelle de ces véhicules et de la durée de rechargement des batteries, quel est l’automobiliste assez aventureux pour s’engager sur un long trajet autoroutier, où il n’est pas même pas sûr de trouver une prise de secours.

Véhicules hybrides : compte tenu de leur prix de vente, devinez à qui cela va profiter !

Favoriser le co-voiturage : ah Ouiche ! mais comment identifier un co-voitureur occasionnel ? faudrait-il pour être identifié, être un co-voitureur professionnel ? Cela porte un nom et il y a même une entreprise mondiale qui a fait beaucoup parler d’elle ces dernières semaines et fait sortir les chauffeurs de taxi de leurs gonds !

Les tarifs bonifiés serait donc une mauvaise idée.Soit ce serait inutile, soit, ce serait aller au devant de nouveaux ennuis pour un gouvernement qui n’en a pas besoin.

Resteraient les véhicules diesel : là c’est plus simple, ils sont plus facilement identifiables mais cela resterait quand même une gageure de repérer à un péage un modèle essence d’un modèle diesel sauf à leur coller un puce d’identification sur le pare-brise. Tiens voilà une idée qu’elle serait bonne. Cela aiderait Madame Hidalgo à mettre en œuvre son usine à gaz (sans jeu de mot) visant à interdir ces véhicules dans Paris à partir de 2020. Mais supposons cette difficulté résolue. Que resterait-il ?

La majorité des véhicules verraient le tarif du péage augmenter. N’est-ce pas en fait ce qu’espéreraient les entreprises concessionnaires. Mais les apparences seraient sauves : le tarif de base resterait inchangé, les « vertueux » seraient récompensées et les « pollueurs » punis.

D’après vous dans ce bras de fer qui aurait eu le bras de fer et qui aurait eu le bras un peu mou ?

Les seuls vrais perdants seraient alors la majorité des automobilistes qui, cédant aux sirènes des marchands de bagnoles, ont acquis un véhicules dont on leur dit maintenant, à juste raison mais un peu tard, que ce sont des vrais saletés pour nos poumons . Un peu plus ponctionnés mais en plus culpabilisés parce que « gros dégueulasses » !

Comme quoi, dans un bras de fer, il n’est jamais bon d’être la noix dans le poing des deux lutteurs !

Dans péage, il y a payeur, mais dans pillage qu’y a-t-il ?

 

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