Oui Monsieur Hutin, « La mer est l’avenir de l’homme ! »

Quel plaisir de lire que le patron du premier groupe de presse régional prend fait et cause pour la défense de l’océan contre les agressions qu’il subit tous les jours du fait de l’avidité des hommes. http://www.entreprises.ouest-france.fr/article/editorial-par-francois-regis-hutin-mer-est-notre-avenir-02-12-2014-174568

Editorial par François Régis Hutin. La mer est notre avenir

Voilà donc une prise de position très forte et qui mérite qu’on s’y arrête un instant. Les mots utilisés par un patron de presse, qui connaît le poids des mots, sont lourds de sens :  « maltraiter » « salir » « épuiser par un pillage extrême ». A certains moments, on dirait un communiqué de presse d’une de ces associations de plus en plus nombreuses qui essaient de s’opposer aux appétits d’entreprises pour qui la nature n’est qu’une ressource qu’on peut exploiter à satiété tant que cela permet d’accroître les bénéfices que génère cette exploitation.

Il est d’ailleurs curieux de constater que ce patron de presse, plutôt conservateur dans ces choix politiques, et totalement libéral dans ces choix économiques ne cite que deux personnes, Raimbaud, ce jeune poète maudit et Mélenchon, ce vieux contempteur du système capitaliste. Cela prouve peut-être que l’avenir de la mer est un tel enjeu qu’il faille transcender les clivages idéologiques Mais dans ce cas il faut aller jusqu’au bout du raisonnement.

L’exploitation et la dégradation de l’océan, ce ne sont pas que les marées noires, ni que le sixième continent plastique, ni même la surexploitation de la ressource halieutique par des navires-usines qui pêchent de plus en plus profondément avec des engins de plus en plus grands. La surexploitation de la mer, c’est aussi ces entreprises qui sucent les fonds sableux, sans discernement, pour alimenter en sables coquilliers une filière d’amendement des sols agricoles. La surexploitation des mers, c’est aussi les arrière-pensées de ceux qui pensent que les algues doivent être cultivées comme on cultive les choux-fleurs ou le maïshttp://www.entreprises.ouest-france.fr/article/mer-bretagne-vaste-champ-dalgues-cultiver-02-12-2014-174590

Algues. La Bretagne, un vaste champ à cultiver

700 espèces poussent dans les eaux bretonnes. Un gisement exceptionnel, mais insuffisant pour une filière en plein essor.

Dans cet article, paru dans le même numéro de Ouest France, ce qui peut inquiéter, ce n’est pas tant l’analyse du potentiel économique des algues que cette petite phrases « …un gisement exceptionnel, mais insuffisant… » Insuffisant jusqu’où ? Insuffisant pour qui et pour quoi ?

La pollution des mers, c’est aussi la pollution du littoral et en Bretagne, on ne peut pas faire l’impasse sur la question des envahissements de baies entières par des algues vertes, dont la nocivité est de plus en plus avérée. L’activité agricole n’est pas innocente dans cette prolifération et des exemples commencent à apparaître qu’une réduction des effluents a un effet sur la densité des algues.

La surexploitation des mers, c’est aussi , peut-être demain si nous y prêtons pas garde, le suréquipement de certaines zones littorales en installations de production électrique d’origine marine. http://www.entreprises.ouest-france.fr/article/energie-renouvelables-brest-joue-fond-carte-energies-marines-02-12-2014-174747

Energie renouvelables. Brest joue à fond la carte des énergies marines

http://www.entreprises.ouest-france.fr/article/saint-nazaire-port-prepare-terrain-pour-leolien-offshore-02-12-2014-174558

Saint-Nazaire. Le port prépare le terrain pour l’éolien offshore

 

J’ai pris à dessein ces quelques exemples parce que le journal que dirige monsieur Hutin en parle régulièrement et parce que prises dans l’absolu, ces pistes de développement de l’activité humaine sont plutôt un progrès par rapport à ce qui existe actuellement mais l’histoire des hommes depuis deux siècles nous montre hélas que, sans garde-fou, les entreprenants ont tendance à aller jusqu’au bout de la logique d’exploitation du filon qu’ils ont découvert jusqu’à épuisement.

Monsieur Hutin a donc raison de tirer le signal d’alarme en début de son éditorial, mais il a finalement tort de le terminer par une ode à la puissance économique. Car en fin de compte, c’est ce puissant ressort de l’activité humaine, la volonté de puissance, qui est la cause des dérives dont je parlais plus haut : « toujours plus » était une nouvelle frontière qui pouvait faire rêver il y a cinquante ans. Cela peut être notre cauchemar demain. Si la mer doit être notre avenir, il faut la respecter et le meilleur moyen et de ne pas en abuser. Le contraire donc de ce à quoi nous invite la conclusion de l’éditorial. La sobriété, choisie, est le corollaire inéluctable de ce respect. Travailler mieux, indubitablement c’est aussi considérer que la mer en tant que tel, est un bien et que ce bien doit être préservé, coûte que coûte, si je peux dire.

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