Illusions et désillusions de l’économie sociale et solidaire

Le mouvement de l’économie sociale s’est bâti à la fin des années 70 et dans les années 80 sur la constatation qu’il existait  entre les entreprises du modèle capitaliste et le secteur public-étatique, une troisième variété d’organisations dont les principes ne relevaient d’aucune de ces deux logiques, c’est-à-dire qui ne tirent leur légitimité ni du montant de capital apporté, ni de la puissance étatique mais exclusivement de la volonté individuelle de personnes qui ont décidé de s’associer de coopérer ou de mutualiser leurs efforts. On l’appela dans un premier temps « le Tiers Secteur » pour cette raison et cela devint l’Economie Sociale quand l’ensemble de ces acteurs voulurent affirmer qu’ils étaient une force économique. Enfin quand je dis l’ensemble, je veux dire les poids lourds de l’économie sociale, ceux que Patrick Viveret appelait en 1986 « les éléphants » car pour ce qui est des tous petits, les associations à 0 ou 1 salariés, les micro-SCOP, ceux que le même Patrick Viveret appelait les « souris » leur exigence était moindre. Ils souhaitaient simplement que fût reconnu leur utilité sociale et leur rôle en matière d’animation et de développement des territoires.

L’évolution de l’économie sociale en 20 ans a démontré que ce clivage existe toujours. Malgré la création d’un éphémère Secrétariat d’Etat en 2000-2001, force a été de constater que, dans la « ménagerie ES », la mayonnaise avait toujours du mal à prendre. On rajouta même un « S » comme solidaire à la  fin tant certains pachydermes coopératifs ou mutualistes avaient du mal à faire croire  qu’ils étaient encore socialement légitimes, à force de vouloir être économiquement performants

Le vote de la loi qu’on devra appeler loi Hamon, tant c’est sous son ministère qu’elle a été élaborée, rebat un peu les cartes et remet au goût du jour les principes qui sont à l’origine du mouvement sans pour autant lever toutes es ambiguïtés. Mais cela suffit à raviver l’enthousiasme de certains. Manifestement les jeunes « kiffent » l’ESS mais il n’est pas sûr que l’enseignement supérieur  apporte une réponse adéquate à leurs aspirations généreuses

http://www.letudiant.fr/educpros/actualite/economie-sociale-et-solidaire-ce-que-proposent-les-etablissements-du-superieur.html

Économie sociale et solidaire : ce que proposent les établissements du supérieur

Certes la loi reconnait que toute entreprise qui respecterait les principes suivants « but social autre que le seul partage des bénéfices, lucrativité encadrée, gouvernance démocratique et participative »  mais quand on y regarde de près, ce sont des principes dont se réclament aussi des entreprises qui revendiquent d’être Responsable Socialement et Environnementalement (RSE) gouvernance mise à part. En voulant reconnaître d’autres pratiques manageriales, le législateur brouille en fait un peu plus les lignes mais surtout, il ne reconnait encore une fois que le seul secteur des « éléphants » et c’est pour travailler dans ces grosses entreprises de l’ESS que va former l’Université. Les souris sont trop petites pour intéresser réellement l’enseignement supérieur. Et pourtant…

Certains étudiants vont donc au devant de quelques désillusions.

Mais il y a quand même des raisons d’espérer

Il se passe dans le sanctuaire du système capitaliste, la sphère financière, des petits mouvements discrets qui peuvent faire bouger les lignes.

Supplément Économie sociale et solidaire : L’éthique et la solidarité à l’assaut de la finance

L’éthique et la solidarité à l’assaut de la finance

Que ceux qui veulent agiter le cocotier se revendiquent de l’ESS, il n’y a rien de plus normal et cela laisse des espoirs à nos jeunes diplômés de « s’éclater » dans la finance tout en pouvant se regarder dans la glace tous les jours. Mais cela reste encore marginal. Drainer moins de 0,5% du patrimoine des ménages et des entreprises montre les limites actuelles de ce secteur et ses capacités à accueillir en masse les diplômés issus des 72 formations actuellement recensés.

Mais où sont donc les 90.000 recrutements de cadres dont parle l’article de l’étudiant ? La réponse est simple : ils sont dans ce fameux 10% de l’économie dont se gargarisent les tenants de l’ESS institutionnelles. Toutes ses structures (associations, mutuelles, coopératives, fondations) sont toutes reconnues d’ESS A PRIORI sans qu’il leur soit besoin de démontrer leur réelle vertu. Et pourtant….

Quand on lit ça : http://www.ouest-france.fr/banques-credit-mutuel-arkea-declare-la-guerre-la-federation-nationale-2881677?utm_source=of_alerte-generale&utm_medium=email&utm_campaign=of_alerte-generale&utm_content=20141006&vid=040032044041061035060111042044040038059044034033035018038035034044035123038060057

Banque. Crédit Mutuel Arkéa veut divorcer de sa fédération nationale

On peut être dubitatif. Que le litige porte sur des conflits d’intérêt importe peu. Il montre que la gouvernance laisse à désirer au moins au niveau fédéral. Si on se souvient que la plaignante Arkéa fut au cœur d’un conflit dur avec le personnel il y a quelques années, qu’à l’occasion de ce conflit les syndicats aient découvert qu’une filiale avait été créée , de statut ni mutuel, ni coopératif, pour permettre notamment des rémunérations accessoires de dirigeants, on se dit que parfois il faudrait aller regarder derrière le statut pour vérifier que ces entreprises légitimées par leurs statuts le sont aussi par leurs pratiques au non de ce qu’on demande a minima à celles qui n’ont pas ce statut mais s’en revendique au nom de principes de gestion. Si on rajoute enfin qu’un dirigeant de cette banque coopérative aurait dénié à un sociétaire le droit d’être même candidat à une fonction d’administrateur au seul motif que « ses dépôts étaient insuffisants » et « qu’à moins de 20.000 euros de dépôt ce n’était pas sérieux de vouloir être administrateur même d’une caisse locale », on peut alors penser que le divorce est consommé. C’est d’ailleurs ce que dit à sa façon cet article :

Pour un nouveau modèle socio-économique : le Coopératisme

Pour un nouveau modèle socio-économique : le Coopératisme

En s’appuyant notamment sur le contrexemple complet que représente le secteur bancaire coopératif et mutualiste.

Les principes évoqués dans cet article devraient permettre de relégitimer le VRAI secteur de l’Economie sociale et solidaire. C’est d’autant plus nécessaire que la troisième famille , le monde associatif, est actuellement en proie au doute, notamment sous la pression financière…des pouvoirs publics.

Dans un mois se déroule le mois de l’ESS : c’est sûrement le moment de poser sérieusement ces questions et d’arrêter les hypocrisies liées aux postures, et les impostures statistiques (les fameux 10%) liées au seul statut.

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4 commentaires pour Illusions et désillusions de l’économie sociale et solidaire

  1. Ping : Illusions et désillusions de l’&ea...

  2. Michel Abhervé dit :

    Vous écrivez « C’est pour travailler dans ces grosses entreprises de l’ESS que va former l’Université. »
    C’est pour le moins une simplification
    Participant depuis dix ans à une licence professionnelle Management des organisations de l’Economie sociale à l’Université Paris Est Marne la Vallée, je peux vous assurer que nombre des étudiants travaillent dans de petites structures, où il ont parfois fait leur stage ou leur apprentissage, et que les grosses structures recrutent plutôt dans les grandes écoles de commerce

    • Je n’en doute pas et c’est tant mieux. Cela prouve que nombre de ces étudiants ont suivi leurs aspirations initiales. Mais en toute honnêteté, pouvez-vous considérer que le contenu de tout ce que vous avez appris au long de votre cursus est parfaitement adapté à la réalité de ces petites structures? Si tel est le cas je fais amende honorable et ne pourrais qu’avoir des regrets d’avoir été jeune trop tôt. A l’inverse, cela conforterait le titre que j’ai voulu donné à cet article.

      • Quand j’écris « vous avez appris », je voulais naturellement dire « vous avez enseigné » puisque en fait ce message était une défense de tout ce que vous défendez au sein de l’Université.

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