Mieux vaut en rire –rubrique inépuisable- n° 106 : embargo, a gogo ou pour gogos ?

« Dépêchons-nous d’en rire aujourd’hui, de peur d’avoir à en pleurer demain. » Beaumarchais

« L’humour est la politesse du désespoir. » Oscar Wilde

« On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui. » Pierre Desproges

« pour ce que rire est le propre de l’homme » Rabelais

La situation est dramatique aux frontières Ouest de la Russie, en Ukraine, en Géorgie, en Biélorussie. Seuls les Etas baltes et la Pologne semblent épargner pour l’instant.

Face à cette situation, les protagonistes réels, la Russie d’un côté, l’Otan de l’autre ont des réponses dérisoires et qui prêteraient à sourire si le contexte n’était pas aussi sanglant.

Accordons-nous pourtant un moment de répit et essayons de sourire de l’absurdité des homme
J’ai du mal, à l’ère des échanges électroniques, de percevoir l’impact que peut avoir l’interdiction du territoire des pays de l’OTAN à quelques dignitaires russes mais c’est parait-il une arme de dissuasion massive. Est-ce les virées sur la Côte d’Azur ou les soirs de grands match à Wembley qui vont manquer aux oligarques russes ? J’en doute. Mais le principal est que les alliés occidentaux le croient et surtout arrivent à nous le faire croire pour masquer leur impuissance, ou plutôt leur aboulie.

Par contre la riposte de Poutine est, elle, bien concrète : l’embargo sur les produits agricoles et cela provoque inévitablement déjà des drames dans les exploitations agricoles françaises au point que la Commission va mettre la main au portefeuille.

http://www.ouest-france.fr/embargo-russe-lue-debloque-125-millions-deuros-pour-les-maraichers-2766513

Embargo russe. L’UE débloque 125 millions d’euros pour les maraîchers

Bien que cela n’ait aucun lien de cause à effet, dans le même temps une association familliale, « famille rurale », fait le constat suivant

http://www.ouest-france.fr/consommation-les-fruits-et-les-legumes-vendus-moins-cher-cet-ete-2770899

Consommation. Les fruits et les légumes vendus moins cher cet été

C’est sûr que l’embargo décidé par le nouveau tsar russe va encore accentuer la tendance. Toutefois, je reste dubitatif  sur les causes de ce désintérêt et sur les constats faits car  une autre étude de consommation, menée par une autre organisation de consommateur la CLCV, donne une explication qui n’est pas forcément que climatique à ce déséquilibre entre l’offre et la demande

http://www.ouest-france.fr/consommation-les-tomates-et-les-fraises-decoivent-les-consommateurs-2730918

Consommation. Les tomates et les fraises déçoivent les consommateurs

Evidemment, si on n’aime pas, on achète moins

Du coup, j’aurai bien une autre explication à cet embargo à l’encontre des produits agricoles et agro-alimentaires européens et nord-américains. Tuyauté par Gégé la bonne bouffe, acteur jadis français et amateur des bonnes choses que produit la terre par ailleurs, le nouveau tsar aurait souhaité préserver la qualité du panier de la baboutchka. C’est ce qu’Obelix appellerait « la guerre psychologique ». Ce qui me conforte dans cette opinion, c’est que dans le même temps plusieurs restaurants d’une chaîne de restauration rapide mondialement connue « pour la qualité » de ses hamburgers viennent de subir une fermeture administrative et parmi eux, celui de la Place Rouge dont l’ouverture fut le signe le plus tangible de la perestroïka

Il n’empêche que les 125 millions d’euros risquent fort de rester en travers de la gorge de beaucoup de contribuables, qui évidemment, n’y comprennent rien à la géostratégie.

Par contre les grands de ce monde, les puissants, eux comprennent tout à ces jeux, d’autant plus qu’ils en tirent les ficelles, au point parfois de prendre des décisions qui si elles n’étaient pas aussi scandaleuses seraient cocasses

L’actualité de la semaine nous en offre quelques exemples :

Le premier sur le mode « J’ai vieilli et je me suis assagi. »

Vous vous souvenez peut-être qu’en juin 1981, un jeune sous-préfet avait bruyamment démissionné de la fonction publique pour protester contre l’arrivée au pouvoir de la « gauche socialo-communiste » . 33 ans  (l’âge du Christ !) après, le voilà prêt à signer un accord avec le nouveau tsar pour promouvoir au-delà des frontières son idéologie réactionnaire

http://www.ouest-france.fr/polemique-le-puy-du-fou-attaque-la-crimee-2767440

Polémique. Le Puy du Fou attaque la Crimée

Certes, ce n’est pas (encore) devenu un crime de commercer avec la Russie mais dans le contexte actuel, implanter un parc de loisir dans un pays qui a changé de souveraineté au mépris de toutes les règles du droit international n’est pas un acte anodin. Mais peut-être que le Vicomte a reconnu dans l’ancien cadre du KGB quelqu’un de sa trempe, un des liquidateurs du bochevisme tant honni et peut-être espère-t-il ainsi , sur un site proche de Yalta (pour le symbole) mais loin tout de même d’Odessa (où s’illustrèrent les marins du Cuirassé Potempkine), recréer un spectacle mettant en valeur la « résistance héroïque des Russes Blancs face à la barbarie des hordes de l’Armée Rouge de Trotski ». Compte tenu du contexte, on peut penser que des banques françaises financeront : elles sont habitués à braver les embargos.

 

Le second sur le mode « à malin, malin et demi »

Comme je le suggère juste au-dessus, qui dit embargo, dit tentative de contourner l’embargo et cela n’a pas tardé mais il vaut quand même mieux le faire intelligemment et non pas comme ceux-ci

http://www.euractiv.fr/sections/leurope-dans-le-monde/des-crevettes-bielorusses-viennent-illustrer-les-limites-de-lembargo?utm_source=EurActiv+Newsletter&utm_campaign=24a340e074-newsletter_derni%C3%A8res_infos&utm_medium=email&utm_term=0_da6c5d4235-24a340e074-55417197

Des crevettes biélorusses viennent illustrer les limites de l’embargo russe

Faut-il être bête, mais c’est vrai que le choix était limité pour les importateurs de crevettes : La Suisse ou le Lichtenstein, n’aurait pas non plus été une bonne origine et quand à regarder du côté des pays insulaires (là il n’y a pas de problème, il y a de la mer tout autour) qui servent aussi de paradis fiscal, le choix était risqué. Ces petites iles sont quand même sous contrôle des grands pays membres de l’OTAN.

Reste que la piste est quand même bonne à creuser pour les petits malins qui veulent vendre par exemple du porc (car il n’y a pas que les légumes qui sont frappés d’embargo). Ces petits malins qui ont déjà découvert qu’à l’Est (en l’occurrence les abattoirs allemands), le monde est plus ensoleillé, n’ont qu’à poursuivre leur route vers le soleil levant et faire comme ceux qui ailleurs dans les anciennes colonies soviétiques , sont en train d’accaparer toutes les terres arables

http://www.atlantico.fr/decryptage/pourquoi-terres-agricoles-europe-est-attirent-autant-lucien-bourgeois-712329.html

Pourquoi les terres agricoles d’Europe de l’est attirent autant ?

Attention toutefois, s’ils veulent y faire naturaliser du porc d’éviter d’investir dans certaine république au Sud de la Russie, à majorité musulmane. Cela manquerait de crédibilité.

 

Le troisième sur le mode « je me tire une balle dans le pied »

Tout le monde a compris, même ceux qui n’y comprennent rien à la géopolitique, que si les sanctions contre la Russie restaient modérées, c’est parce que ce pays détient les vannes du bien le plus précieux actuellement, les hydrocarbures. L’Allemagne est particulièrement sensible à l’argument. C’est pourquoi, il apparait fâcheux que les autorités administratives allemandes autorisent cela

http://www.boursorama.com/actualites/berlin-autorise-la-vente-d-une-filiale-de-rwe-a-un-russe-645f2ff978607b5feced1d42f623f43b

Berlin autorise la vente d’une filiale de RWE à un Russe

Certes la décision était attendue depuis le printemps dernier, mais déjà à cette époque on savait que la situation était compliquée entre la Russie et ses voisins extra-communautaires. Autoriser la vente de la filiale « hydrocarbures » d’un des grands groupes énergétiques n’est peut-être pas la meilleur décision à prendre même si légalement, il n’y avait pas d’autres choix, puisqu’officiellement il n’y a pas d’embargo. Et puis les relations germano-russes dans les hydrocarbures sont une vieille histoire surtout depuis qu’un ex-chancelier s’est vu proposé (et il a accepté) une seconde carrière à la tête d’un groupe gazier russe.

 

Le quatrième sur le mode « je me tire carrément une rafale dans le second pied »

Les Américains ont le monopole du guidage satellitaire grâce à GPS. Les Russes peinent à faire émerger un concurrent et les Européens encore plus avec le projet Galileo, le mal-nomme ( « e pur si muove », « et pourtant elle bouge », elle !). Mais après moult vicissitudes, le projet décollait enfin. Las ! ça n’a pas fonctionné comme prévu

http://www.lefigaro.fr/sciences/2014/08/22/01008-20140822ARTFIG00312-galileo-le-gps-europeen-redecolle.php

Galileo : les satellites n’ont pas atteint la bonne orbite

Quelle idée aussi de confier à un pays potentiellement concurrent le soin d’assurer le lancement des premiers satellites ! Certes me direz-vous, mais la décision a été prise bien avant que les choses se tendent avec la Russie. Mais tout le monde connaissait les projets russes en matière de guidage satellitaire et il aurait fallu se méfier. Le plus triste dans l’histoire est que la suite des lancements sera assurée par une fusée européenne et on pouvait donc s’y prendre autrement. Le plus drôle dans l’histoire est que sur ce coup-là, les deux véritables antagonistes de la crise ukrainienne, la Russie et les Etats-Unis sont et resteront des alliés objectifs pour contrecarrer le projet européen, plus performant que les leurs.

Quitte à se jeter dans la gueule du loup, on pourrait suggérer que pour les lancements suivants, l’agence eurpéenne de l’espace confie le lancement à un Soyouz et le guidage à …GPS ; Compte tenu de ce que cela produit parfois, cela pourrait être cocasse.

Ben voilà, la preuve qu’on peut quand même sourire de ce qui est triste.

Mais n’oublions pas que derrière ce sourire, il va y avoir des tas de gens qui vont souffrir : les consommateurs russes qui n’avaient pas besoin de cela pour se serrer la ceinture, les agriculteurs européens, producteurs de légumes et de fruits, éleveurs de porc et de volaille qui, notamment en Bretagne n’avaient pas besoin de cela pour en crever et qui n’ont pas la possibilité, ni la volonté, eux, de contourner l’embargo.

Comme quoi mes vieux compères Beaumarchais, Oscar Wilde et Pierre Desproges ont raison :  derrière les rires, il y a souvent des larmes mais ce n’est pas parce qu’il y a des larmes qu’il ne faut pas parfois savoir en rire « pour ce que rire est le propre de l’Homme. » comme le disait François Rabelais que je rajoute à ma liste.

 

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