Brèves de compteur n° 94 Eolien, géothermie, etc… il en faut pour tous les goûts (coûts ?) !

Dans la presse quotidienne régionale ouest-bretonne, un ingénieur à la retraite s’est fait remarquer par une sortie assez virulente contre l’éolien. Ce n’est pas nouveau, et lui et ses collègues de « Vents de colère » ont décidé que la plus vieille énergie domestiquée par l’homme, le vent qui fait tourner les moulins depuis la plus lointaine antiquité, était quelque chose de ringard.

http://www.letelegramme.fr/finistere/j-p-le-gorgeu-a-contre-courant-06-08-2014-10287410.php

Essayons calmement de répondre à ce monsieur qui manifestement fait une petite fixation contre les pales blanches.

Commençons par rétablir quelques vérités dues, non à son fait, mais à celui du journaliste que nous aiderons ainsi à mieux se documenter :

1° Il n’est  pas tout à fait vrai de dire que « il fait partie d’un groupe d’une dizaine de particuliers qui ont fait condamner l’Etat français pour ses pratiques d’achat obligatoire à prix imposé, assimilable à une subvention proscrite par les règles européennes »

Certes, la France a été condamnée pour ses pratiques tarifaires parce qu’elle était considérée comme une aide d’Etat

http://curia.europa.eu/jcms/upload/docs/application/pdf/2013-12/cp130163fr.pdf

Mais ce que condamne la cour de justice de l’Union Européenne, ce n’est pas l’aide en elle-même mais le fait qu’elle n’ait pas été déclarée comme aide d’Etat, ce qui n’est pas tout à fait la même chose

http://energiesdelamer.blogspot.fr/2013/12/la-cour-de-justice-condamne-les-tarifs.html

Quant à la dizaine de particuliers, il s’agit en fait d’une puissante fédération d’associations qui, à en croire la qualité de son site ne semble pas manquer de moyens

http://www.ventdecolere.org/

2° Je ne suis pas sûr que cela serve l’image de Monsieur  Le Gorgeu de rappeler qu’il a rejoint dès 2006 une association s’appelons « Sauvons le climat ». En effet, le nom de cette association peut faire illusion, mais n’allez pas croire que ce soit là une réunion de grands défenseurs de l’environnement . Il suffit pour s’en convaincre d’aller jeter un œil sur la page de présentation du site de cette organisation

http://www.sauvonsleclimat.org/qui-sommes-nous.html

On retrouve dans les différentes instances tout le gratin de la nucléarocratie industrielle, scientifique et parlementaire, pour qui tout ce qui représente une alternative au « tout-nucléaire » est vécu comme l’ennemi à abattre.

Voici pour ce qui est de rétablir quelques vérités primaires.

Venons en maintenant au fond de l’article et commençons par le principal cheval de bataille du monsieur, les coûts. En matière de coûts, publics notamment, je ne connais pas de meilleurs orfèvres que la Cour des Comptes . Or que nous dit la Cour ? Dans un rapport devenu fameux, elle dit ceci http://www.ccomptes.fr/Actualites/A-la-une/Le-cout-de-production-de-l-electricite-nucleaire

Mais comme je veux vous épargner la peine de lire in extenso ce rapport, voici quelques commentaires qui ont accompagné sa sortie

Le Monde, journal de référence : http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/05/27/facture-du-nucleaire-l-alerte-de-la-cour-des-comptes_4426678_3234.html

Les Echos, journal économique de référence http://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/0203525675416-nucleaire-le-cout-de-production-a-progresse-de-20-6-depuis-2010-674005.php

Puis les réseaux militants

http://www.sortirdunucleaire.org/Couts-du-nucleaire

Tous sont d’accord pour dire que le nucléaire N’EST PAS une électricité bon marché. La zone d’ombre concerne l’avenir, c’est-à-dire aussi bien les nouvelles générations de centrales que le démantèlement. Pour les premières, les exemples de Flamanville et de la centrale finlandaise ne pousse pas à l’optimisme. Quant au démantèlement, il suffit d’observer les difficultés que rencontre EDF pour démanteler une toute petite centrale comme celle de Brennilis pour imaginer ce que va coûter en grandeur réelle le démantèlement des dizaines de réacteurs arrivés en fin de vie. Je me garderai bien d’avancer un chiffre en la matière car personne ne sait, hélas, ce que cela va coûter et c’est bien ce qui est inquiétant.

Deuxième cheval de bataille, l’intermittence de la source. Certes, on ne peut pas souhaiter que le vent souffle en permanence à force 3 à 5 pour assurer la continuité de la ressource mais je voudrais juste signaler à Monsieur Le Gorgeu qu’il y a juste un an, la centrale de Fessenheim tombait en panne et que si on avait fait un relevé de production le 2 juillet 2013, on aurait constaté que sur 900 MW installés, la production de ce jour avait été de 0 Kw. Par décence, je ne parle même pas de Fukushima.

La meilleure réponse à l’intermittence, ce n’est justement pas l’exclusion d’une source mais la combinaison de toutes les sources possibles : éolienne bien sûr, photovoltaïque, biomasse, hydrolienne et..géothermie. Mais toutes ces sources ne sont utilisables avec le même bonheur partout. Il faut donc faire des choix judicieux : la Bretagne, terre de vents, est peut-être plus indiquée pour l’énergie éolienne que pour le photovoltaïque car ce n’est pas tous les ans qu’elle présente un bilan d’ensoleillement à faire pâlir les Catalans. Quant à l’intérêt de la géothermie en, Bretagne ou ailleurs en France, je ne suis pas suffisamment frotté de sciences pour avoir un avis pertinent mais mon bon sens me dit qu’il ne faudrait pas se fonder sur la performance de la géothermie islandaise pour bâtir des châteaux en Espagne dessous nos pieds.

Vous avez peut-être remarqué que dans mes propos, je ne cite ni le fuel, ni le gaz, encore moins le gaz de schiste. C’est que pour moi, il s’agit là des vrais fausses solutions du passé.

A cet égard, je me rallie à l’opinion de mon excellent camarade Gérard Borvon qui dans un communiqué s’étonne que cet excellent défenseur du climat que prétend être Monsieur Le Gorgeu ne s’insurge pas contre le projet de centrale à cycle combiné gaz de Landivisiau qui est le véritable point noir du pacte électrique breton car il contribue fortement à la production de gaz à effet de serre (Imaginez 450 MW crachant à longueur d’année). En outre puisqu’on parle de coûts cachés, on aura du mal à cacher ce coût exorbitant pour la collectivité : une subvention de 40 M€ versée TOUS les ans pendant 20 ans à l’opérateur de la centrale qu’elle fonctionne ou pas ! Si vous trouvez que ce projet est délirant, Monsieur Gorgeu, rejoignez-nous ! C’est avec plaisir que nous accueillerons ce nouveau renfort !

Enfin, dernier point à évoquer. Monsieur Le Gorgeu se demande où sont passé les ingénieurs des Mines. La réponse est pourtant à côté de lui : ils sont nombreux dans les instances de  « Sauvons le climat ! » et peut-être même dans « Vents de colère » mais s’il pensait à leurs activités professionnelles, qu’il aille donc regarder l’organigramme de la Direction Générale de l’Energie et du Climat : ils y règnent en maître du haut en bas de la hiérarchie. Ceci explique peut-être cela et s’ils ne s’intéressent pas à la géothermie, c’est peut-être parce que cela fait longtemps qu’ils ne s’intéressent plus à ce qui se passent sous terre.

Le vrai conflit n’est donc pas entre éolien et géothermie mais entre sources renouvelables et sources fossiles (ce nom, « fossiles » suffit déjà à qualifier la qualité de la source). Or le nucléaire fonctionne à partir d’uranium qui sauf preuve du contraire est un minerai, donc fossile.

 

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